Monthly Archives: November 2017

La guerre froide entre les USA et l’Iran s’annonce chaude en Syrie

30 Novembre 2017

Publié ici:    

Le désert de l’Anbar – Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

La guerre en Syrie tire à sa fin, mais elle sera remplacée bientôt par une guerre d’un tout autre genre, plus précise et plus difficile, une guerre mettant aux prises les pays limitrophes et les pays qui s’activent en territoire syrien. Cette guerre concerne les pays qui ont des intérêts et des ambitions dans le secteur, comme les États‑Unis, la Turquie, l’Iran et Israël.

Ces pays tentent d’établir des équations et des contrepoids leur permettant de rester dans le Levant et d’atteindre leurs objectifs. La différence fondamentale est que seul l’Iran dispose d’un allié indéfectible à l’intérieur de l’équation existante, un allié qui s’est tenu debout pendant toutes ces années de guerre, alors que tous avaient misé sur sa chute quelques semaines et mois à peine après le début du conflit. Cet allié, c’est le président syrien Bachar al-Assad.

Les États-Unis et la Syrie 

Les États-Unis ont clairement défini leur objectif politique en Syrie et vont tenter de l’atteindre, quoique leur chance de succès est bien mince.

À ce moment où la guerre contre le groupe armé « État islamique » (Daech) n’est pas tout à fait terminée, les forces américaines ont établi une sorte de coexistence avec l’organisation terroriste, qui demeure sous leur protection (la Russie n’est pas autorisée à entrer dans la zone opérationnelle des USA). Cette protection est assurée aussi longtemps que Daech ne s’en prendra pas aux forces américaines ou à leurs mandataires kurdes et arabes qui combattent ensemble sous la bannière des « Forces démocratiques syriennes » (FDS).

Les forces américaines ont cessé leurs frappes aériennes dans les secteurs à l’est de l’Euphrate contrôlés par « Daech ». Le groupe ne sera pas attaqué aussi longtemps que ses forces combattantes continueront de planifier leurs attaques essentiellement contre l’armée syrienne et ses alliés. Selon des sources se trouvant à la base de Hameimim, les USA continuent de déployer des drones au-dessus des secteurs à l’est du fleuve afin de surveiller Daech sans gêner ses déplacements dans une zone limitée. À moins qu’une occasion se présente de s’offrir des combattants étrangers considérés comme une prise de valeur (estime la source), les drones américains vont continuer de bourdonner dans le ciel syrien au-dessus de Daech et des alliés syriens dans le secteur.

Ce qui s’est passé ces dernières semaines indique que les USA ont autorisé Daech à circuler librement dans la zone sous le contrôle des USA et à rassembler ses forces pour attaquer les forces syriennes et leurs alliés (Corps des gardiens de la révolution islamique de l’Iran, combattants irakiens d’al-Nujaba et Hezbollah libanais) et ralentir leur progression vers Albu Kamal, en tentant en vain d’empêcher la libération de la ville.

La politique américaine va à l’encontre des objectifs en vertu desquels les forces internationales dirigées par les USA ont atterri en Syrie pour combattre le terrorisme. Washington agit comme une force d’occupation en ne veillant qu’à ses propres intérêts, qui l’amènent parfois à assurer la protection des forces de Daech. Ces dernières peuvent être manipulées et déplacées à l’intérieur de lignes à ne pas franchir sans risquer d’être attaquées. L’élimination du terrorisme ne semble plus être l’objectif des USA et de leurs partenaires européens et arabes actifs en Syrie.

Washington tente d’établir un équilibre avec Damas et Téhéran, en s’imaginant que Daech fait figure de contrepoids au Hezbollah libanais et au Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) en territoire syrien, à cette immense différence près : contrairement aux USA, l’Iran et ses alliés sont sur place à la demande du gouvernement syrien. Ils pourront se retirer quand le danger que représentent Daech et « Al-Qaeda » sera écarté, ou quand Damas sera convaincu qu’il peut défaire le terrorisme et les terroristes et obtenir le retrait de toutes les forces d’occupation.

Toutefois, la politique américaine en Syrie consiste à laisser planer la menace takfirie au-dessus du Bilad al-Cham et de la Mésopotamie à l’est de l’Euphrate et dans le désert de l’Anbar. Daech est actif dans ce secteur depuis 2001 (d’abord sous un nom différent) et possède une connaissance approfondie de sa géographie. Le groupe terroriste pourrait ainsi, comme les forces sur le terrain dans le secteur s’y attendent, frapper les armées syrienne et irakienne régulièrement en causant des pertes à répétition.

Les forces américaines et russes ont divisé l’est et l’ouest de l’Euphrate en zones d’intérêt et de contrôle relevant de chacune des deux superpuissances. Par conséquent, les forces aériennes russes et syriennes ne peuvent violer cet accord sans entrer en confrontation avec les États-Unis.

Les USA ont aussi imposé une règle d’engagement aux forces syriennes et à leurs alliés : si les forces américaines sont attaquées en Syrie, elles vont frapper les forces iraniennes ou pro-iraniennes basées au Levant. Cette situation risque de devenir très dangereuse et laide pour les USA et leurs intérêts en Syrie, en Irak et même dans l’ensemble de la région (il en est question plus loin). Bien des forces irakiennes sont prêtes à s’attaquer aux forces américaines si jamais elles s’en prenaient à « l’axe de la résistance » dont ces groupes irakiens se réclament.

Quant aux Kurdes syriens, ils commencent à se rendre compte que les USA les ont utilisés pour parvenir à propres fins et objectifs politiques. Les USA ne laisseront pas tomber la Turquie, à la fois membre de l’OTAN et ennemi déclaré des Kurdes syriens, juste pour faire plaisir à leurs nouveaux mandataires kurdes. Les USA ne cherchent qu’à s’établir dans une zone non hostile le temps que leurs troupes continuent d’occuper le nord de la Syrie.

La Turquie croit qu’elle a le droit de frapper les Kurdes et tente de pousser ses forces vers Efrin, à la frontière au nord-ouest de la Syrie. La Turquie ne s’en prendra pas aux Kurdes de l’autre côté du fleuve tant que les forces américaines seront déployées dans le secteur.

Le dernier point à ce sujet est l’intention de Washington d’exploiter la présence de 11 ou 12 millions de réfugiés syriens à l’étranger et de personnes déplacées à l’intérieur du pays aux prochaines élections présidentielles. Les USA ont demandé à l’ONU à se tenir prête à superviser les élections en y jouant un rôle de surveillance. Par conséquent, tous les pays (en particulier le Liban et la Jordanie) sont priés de garder les réfugiés syriens et les empêcher de retourner voter chez-eux. Les USA et l’UE croient qu’ils peuvent influencer le résultat des élections présidentielles et gagner par la voix des urnes ce qu’ils n’ont pu obtenir sur le champ de bataille (un changement de régime).

 

L’Iran et les États-Unis en Syrie

L’Iran n’hésitera pas à annoncer le retrait de ses forces de la Syrie pour nuire aux règles d’engagement et aux objectifs des USA. L’Iran maintient la présence d’environ 250 conseillers militaires en Syrie et a envoyé quelques milliers de soldats combattre en Syrie depuis 2013. Ces derniers ont joué un rôle de premier plan, notamment lors des batailles d’Alep, d’Hama et de la Badia (steppes syriennes), de pair avec d’autres forces alliées.

L’Iran a cependant des conseillers et des bureaux en Syrie depuis 1982 (invasion israélienne au Liban), en ayant obtenu la bénédiction des dirigeants syriens lorsque le président Hafez al-Assad était au pouvoir. Cette présence se poursuit parce que la Syrie et l’Iran (ainsi que le Hezbollah) font partie de « l’axe de la résistance », qui est devenu beaucoup plus puissant que lors de sa création en 2010, en réaction aux propos de George W. Bush qui avait qualifié l’Iran et l’Irak (plus la Corée du Nord) « d’axe du mal ».

L’Iran ne fournira aucune excuse pour amener les USA à s’en prendre à ses troupes directement parce que les deux protagonistes, les USA et l’Iran, savent que les forces américaines seront visées directement au Moyen-Orient dans les années à venir, aussi longtemps qu’elles seront perçues comme une force occupante en Syrie.

Il est donc peu probable que l’Iran prenne directement pour cible les forces américaines. L’Iran soutient le président Bachar al-Assad et dispose de nombreux alliés, qui ne demandent pas mieux que de s’attaquer aux forces américaines si elles restent en Syrie ou tentent de frapper les alliés syriens.

Pour ce qui est du Hezbollah, les États-Unis n’oseront jamais s’attaquer à ses forces terrestres ou à ses bases en Syrie (et au Liban). S’ils le font, les missiles stratégiques du Hezbollah vont assurément frapper Israël. Les dirigeants du Hezbollah ont déjà pris cette décision et la mettront en pratique si jamais Israël attaquait les positions du Hezbollah en Syrie.

Le Hezbollah et les forces iraniennes ont également isolé le passage frontalier d’al-Tanaf, où se trouvent des forces américaines et britanniques qui ont établi un paramètre de sécurité de 55 kilomètres pour empêcher l’armée syrienne et ses alliés de l’atteindre. En outre, les forces irakiennes ont avancé du côté irakien d’al-Tanaf, afin de compléter l’encerclement des forces américano-britanniques.

Ces forces sont plutôt en mauvaise posture. Leur occupation du passage frontalier d’al-Tanaf les oblige à s’occuper de quelque 40 000 familles syriennes déplacées dans le secteur, dont la seule voie de ravitaillement se fait du haut des airs ou en traversant le désert irakien. Il y a également de nombreux groupes à Hassaké qui ont appris à se servir d’engins explosifs improvisés perfectionnés et camouflés de façon à ce que les USA comprennent ce message : soyez prêts à ce que le coût de votre présence en Syrie se paie en vies humaines.

Assad soutient également des tribus arabes présentes à Raqqa et à Hassaké pour qu’elles se tiennent prêtes en tant que forces de la résistance. Assad est déterminé à récupérer tous les gisements pétroliers et gaziers à l’est de l’Euphrate, y compris ceux encore sous le contrôle de Daech et sous protection des USA. La Russie pourra toutefois commencer à effectuer des forages pour trouver du pétrole et du gaz (ainsi qu’au large de la côte méditerranéenne) afin de sécuriser davantage l’approvisionnement du gouvernement syrien.

En prenant de vitesse les forces américaines à Albu Kamal, les forces de Damas et leurs alliés ont réussi à prendre le contrôle de toutes les villes syriennes de la région à l’exception de Raqqa, qui a été complètement dévastée par les bombardements américains. Damas ne voit pas d’objection à ce que les USA et l’UE reconstruisent ce qu’ils ont détruit, tant qu’ils quittent ensuite le Levant une fois pour toutes.

Pour en revenir aux élections présidentielles, le président al-Assad n’acceptera pas de fixer de date précise tant que les personnes déplacées à l’intérieur du pays et que les réfugiés ne seront pas revenus à la maison, surtout depuis que la majeure partie de la « Syrie utile » a été libérée (à l’exception d’Idlib et de Daraa). Ainsi, Assad surveille attentivement les choses, en étant pleinement conscient que le plan des USA, de l’UE et de l’ONU visant à le faire renverser (par la voix des urnes) n’est qu’un vœu pieux irréaliste de l’Occident.

Par ailleurs, la Turquie parle déjà de rétablir ses relations avec Assad. Les Kurdes syriens dont les forces sont sous le commandement des États-Unis ouvrent aussi de nombreux canaux de communication avec Damas, car ils sont conscients du fait que les USA les laisseront tomber à la moindre occasion, une fois qu’ils ne serviront plus leurs intérêts. Les Kurdes veulent un État fédéral, une demande qui ne sera pas comblée par Damas. Assad ne veut discuter d’aucune réforme tant que la Syrie reste occupée (comme elle l’est par la Turquie et les USA).

Quant à Israël, il est devenu le maillon faible entre les USA et le Hezbollah, car il paie le prix pour sa tentative de changement de régime en Syrie et en raison de la dynamique qui a changé sur le terrain. Le Hezbollah et l’Iran ne quitteront pas la Syrie et ne se soumettront à aucune distance de sécurité, tant qu’ils seront sur le territoire syrien et qu’Israël continuera d’occuper les hauteurs du Golan. Ce qui est plus important encore, c’est que le président Assad est prêt à laisser le champ libre à la résistance syrienne pour qu’elle reprenne le Golan et impose une nouvelle règle d’engagement à Israël en réponse à tout viol de l’espace aérien ou frappe aérienne.

La présence américaine en Syrie ne sera pas une partie de plaisir. Il va sans dire que la suite des choses promet d’être intéressante.

The American – Iranian Cold War gets off to a hot start in Syria

Photo taken on the Syrian-Iraqi borders close to ISIS position

Published here:  via

30 November  2017

The Anbar Desert – by Elijah J. Magnier: @ejmalrai

The Syrian war is coming to an end but is soon to be replaced by a war of another kind, more precise and difficult, a war between the neighbouring countries and those countries operating on Syrian territory. This concerns countries with interests and ambitions in the area, such as the United States, Turkey, Iran and Israel.

These countries are trying to establish equations and balances that enable them in an attempt to remain in the Levant to achieve their goals. The fundamental difference is that only Iran has a strong ally within this equation, an ally that stood tall through many years of war when everyone had bet on his fall in the first weeks or months: the Syrian President Bashar al-Assad.

America and Syria:

The United States has clearly defined its policy in Syria, and will try to achieve it but it has slim chances of success.

As the war did not completely end against the “Islamic State” (ISIS) group in Syria, US forces have installed a state of coexistence with this terrorist organisation, remaining under US protection (Russia is not allowed to cross the US operational area). This is possible as long as ISIS doesn’t attack the US forces or their proxy Kurds and Arabs fighting together under the “Syrian Democratic Forces” (SDF) flag.

The US forces have halted strikes over the areas east of the Euphrates River, controlled by “ISIS”. The group will not be attacked as long as its forces are planning assaults only in the direction of the Syrian army and its allies. However, the US has kept its drones – according to sources at the Hameimim base – over areas east of the river to monitor ISIS without interfering in its movement within a limited area. Unless the occasion presents itself to hit identified foreign fighters considered a valuable catch (estimate the source), US drones will keep circling the sky of Syria over ISIS and the Syrian allies in the area.

What has happened in recent weeks indicates that the US has allowed ISIS to move freely within the area under US control and gather its forces to attack and slow down the advance of the Syrian forces and its allies (Iranian IRGC, Iraqi Nujaba’ and Lebanese Hezbollah) towards Albu Kamal and try in vane to stop the liberation of the city.

The US policy contradicts the objectives for which the US-led multinational forces landed in Syria to fight terrorism. Washington is acting as an occupation force in accordance with its own interests: this sometimes requires the protection of ISIS forces. These can be manipulated and directed by delineating red lines and lines through which it can move without being attacked. The elimination of terrorism seems no longer to be the objective of the US and its European and Arab partners working in Syria.

Washington is trying to create a balance with Damascus and Tehran, imagining ISIS as a sort of balancing force to cancel out the Lebanese Hezbollah and the other Iranian Revolutionary Guard Forces (IRGC) on Syrian soil. However, there is a great difference in the US approach because, unlike the US, Iran and its allies are present at the request of the Syrian government. They can withdraw when the danger of ISIS and “Al Qaeda” disappears, or when Damascus feels confident it can defeat terrorism and terrorists and obtain the withdrawal of all occupation forces.

Nevertheless, the US policy in Syria maintains the Takfiri danger over Bilad al-Sham and Mesopotamia in the eastern area of the Euphrates and the Anbar desert. ISIS has been operating in this area since 2001 (under a different name) and has deep knowledge of the geography. This would allow – as forces on the ground in the area expect – the terrorist group to hit the Syrian and the Iraqi armies regularly, creating ongoing casualties.

The US and the Russian forces have divided the east and west of the Euphrates into areas of interest and control for each of the two superpowers. Therefore, neither the Russian nor the Syrian Air Forces can violate this agreement without clashing with the United States.

Also, the US is imposing a Rule Of Engagement (ROE) over the Syrian forces and its allies: if attacked in Syria, US forces will strike Iranian and pro-Iranian forces based in the Levant. This might turn out to be a very dangerous and ugly situation for the US and its interests in Syria, Iraq and indeed the whole region (as we shall see later in this article). There are many Iraqi forces willing to hit the US forces if ever these position themselves against the “axis of the resistance”, as many Iraqi forces feel part of it.

As for the Syrian Kurds they have begun to realise that the US has used them for its own political purposes and objectives. The US won’t let go of Turkey, a NATO member and a declared enemy of the Syrian Kurds, only to please its new Syrian proxies. The Kurds have, strategically, little to contribute to US objectives in the Middle East. The US only needs a non-hostile area to position itself in for as long as its troops need to stay and occupy northern Syria.

Turkey believes it has the right to strike the Kurds and is trying to push its forces towards Efrin, on the north-western borders. Turkey won’t hit the Kurds on the other side as long as the US forces are deployed in this specific area.

The last point in the context is Washington’s plan to exploit the presence of some 11-12 million Syrian refugees and internally displaced persons in the forthcoming presidential elections. The US has asked the UN to be ready to organise its supervision of the election to play a monitoring role. Therefore, all countries (especially Lebanon and Jordan) become a force to hang on to the Syrian refugees and prevent these from returning to vote at home. The US and the EU believe they can influence the outcome of the presidential elections and obtain through ballot what they have failed to reach on the battlefield (regime change!).

Iran and America in Syria

Iran will not hesitate to announce the withdrawal of its forces from Syria to disrupt the US ROE and upset the US’s objectives. Iran maintains about 250 Iranian military advisers and a few thousand troops it has brought from Iran to fight in Syria since 2013. These played a key role especially in the battles of Aleppo, Hama and al-Badia (the Syrian Steppe) along with other allies.

However, Iran has had advisers and offices in Syria since 1982 (the Israeli invasion to Lebanon) with the approval of the Syrian authority under the rule of the late President Hafez al-Assad. This presence will remain because Syria and Iran (and Hezbollah) are part of the “axis of resistance” which has become much stronger than in the days of its creation in 2010, when it opposed President George W. Bush who had called all these elements (plus North Korea) the “axis of evil.”

Iran will not leave any excuse for the US to strike its troops directly because the two – America and Iran – know that US forces will be directly hit in the Middle East in years to come as long as it is declared to be an occupying force in Syria.

It is however unlikely that Iran will target US forces directly. Iran supports President Bashar al-Assad and therefore enjoys many allies, all eager to hit the US forces if these remain in Syria or try to hit Syrian allies.

As for Hezbollah, the United States will never dare to attack its ground forces or bases in Syria (and Lebanon). If it does, Hezbollah’s strategic missiles will certainly hit Israel. Hezbollah leadership already took this decision and will also implement it if ever Israel attacks Hezbollah positions in Syria.

Also, Hezbollah and Iranian forces have isolated the al-Tanf crossing where US and British forces are located and has established a 55 kilometres safety parameter, preventing any Syrian or its allies from breaking it. Moreover, the Iraqi forces pushed troops on the al-Tanaf Iraqi side, to completing the circle around the US-British forces.

The US forces are not in a brilliant position. Their occupation of al-Tanaf crossing commits them to supporting some 40,000 Syrian families displaced in the area, where the only supply route would be by air or through the Iraqi desert. Also, there are many groups in al-Hasaka who have learned the use of sophisticated and camouflaged IEDs so that the US understands the message: your presence in Syria will cost you human lives, be ready.

Assad is also supporting Arab tribes operating in al-Raqqah and al-Hasaka, to be ready as a resistance forces. Assad is determine to recover all energy (oil and gas) fields east of the Euphrates, including those still under ISIS control and US protection, but Russia will be able to start drilling for oil and gas (also off the Mediterranean coast) to secure additional supplies for the Syrian government.

By preceding the US forces to the nearby Albu Kamal, Damascus forces and its allies control all the Syrian cities in the region except for the city of Al-Raqqah, which was completely devastated by the US bombing. Damascus wouldn’t mind seeing the US and the EU reconstructing what they have destroyed, and then leaving the Levant forever.

As for the presidential elections, President al-Assad will not accept fixing a specific date unless internally displaced persons and refugees return home, particularly since most of “useful Syria” is liberated (with the exception of Idlib and Daraa). Thus, Assad is carefully watching, very much aware that the US-EU-UN plan to overthrow him (through the ballot box) is the West’s unrealisable wishful thinking.

On the other hand, Turkey is already talking about re-establishing its relationship with Assad. Also, the Syrian Kurdish forces operating under the United States are opening many channels with Damascus, aware the US will drop them at the first opportunity, once they no longer serve their purpose. The Kurds are asking for a federal state, a request that won’t be fulfilled by Damascus. Assad is not willing to discuss any reforms so long as Syria is occupied (as it is by the US and Turkey).

As far as Israel is concerned, it has become the weakest link between the US and Hezbollah, paying a price for the attempt to change the regime in Syria and for any change of dynamic on the ground. Hezbollah and Iran won’t leave Syria and will not abide by any security distance, as long as it is on Syrian territory and Israel maintains an occupation of the Golan Heights. But more importantly, President Assad is prepared to open the door to the Syrian resistance to regain the Golan and impose new ROE with Israel to respond to any air breach or air strike.

The US presence in Syria is not going to be a walkover, interesting days ahead.

Zone tampon US au nord-est de la Syrie et pont terrestre de Téhéran à Beyrouth

 

Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

La victoire de l’armée syrienne et de ses alliés contre le groupe armé « État islamique » dans la ville d’Albu Kamal, au nord-est du pays, ouvre pour la première fois la route reliant Téhéran, Bagdad, Damas et Beyrouth depuis l’annonce de la création de la République islamique d’Iran en 1979, car elle est dorénavant sûre et non hostile pour les quatre capitales et leurs dirigeants.

Les États-Unis ont tenté de bloquer cette route entre Téhéran et Beyrouth à la hauteur d’Albu Kamal, en poussant les forces kurdes à s’engager dans une course effrénée, mais Washingon n’a pu atteindre ses objectifs.

L’armée syrienne et ses alliés (le Hezbollah libanais, la Garde révolutionnaire iranienne et le Harakat al-Nujaba’ irakien) ont libéré la ville et ouvert la frontière avec l’Irak au passage de Qa’im. Les militants de Daech se sont enfuis dans le désert de l’Anbar irakien et à l’est de l’Euphrate, où les forces américaines et kurdes s’activent.

Les États-Unis ont établi de nouvelles règles d’engagement à l’est de l’Euphrate, en informant les forces russes qu’ils ne toléreront la présence d’aucune force terrestre (l’armée syrienne et ses alliés) à l’est de l’Euphrate et qu’ils bombarderont toute cible s’approchant de l’est du fleuve, même si l’objectif de ces forces terrestres est de pourchasser des combattants de Daech.

Les USA imposent ainsi une nouvelle zone d’exclusion aérienne non déclarée, sans même se soucier de nier qu’elle sera à l’avantage des forces de Daech en leur offrant une forme de protection à l’est de l’Euphrate. D’autant plus que les bombardements de la coalition internationale dirigée par les USA ont considérablement diminué.

En lançant cet avertissement, Washington rend effective la présence d’une force d’occupation en Syrie, puisque la présence de la coalition était liée à la lutte contre Daech, comme on l’avait annoncé précédemment. Aujourd’hui, Daech a perdu toutes les villes qu’il occupait depuis juillet 2014 en Irak et même avant en Syrie. La présence des forces américaines au Levant ne repose donc sur aucun motif légal.

En devenant une force d’occupation, les militaires américains et leurs mandataires kurdes sous leur commandement s’exposent à des attaques similaires à celle qu’ils ont subie en Irak et à celle qui les a frappés au Liban en 1982, pendant l’invasion israélienne.

Les États-Unis ne pourront plus bloquer la route irako-syrienne (Al-Qaim-Albu Kamal), car elle est liée à la souveraineté de deux pays. Ce qui ne veut pas dire que Téhéran utilisera cette route pour transporter des armes qui passeront par Bagdad et Damas à l’intention du Hezbollah au Liban, et ce, pour deux raisons :

Premièrement, l’Irak est un pays souverain et le premier ministre Haider Abadi ne permettra à aucun parti armé irakien de garder son arsenal, car ce sont les forces armées irakiennes qui sont chargées de maintenir la sécurité du pays, surtout depuis la défaite de Daech dans toutes les villes.

La prochaine étape d’Abadi sera de désarmer tous les mouvements et organisations de l’Irak en 2018, probablement après les prochaines élections qui se tiendront en mai. Selon des sources bien informées, l’Iran et la Marjaiya à Nadjaf (et la majorité des partis irakiens) souhaitent qu’Abadi soit réélu pour un autre mandat.

Cela signifie que l’Irak ne permettra pas que son territoire serve à financer des acteurs qui ne relèvent pas de l’État, même s’ils ont contribué à l’élimination de Daech. Il ne permettra pas non plus que transitent par le pays des armes destinées à un allié qui a combattu avec les forces irakiennes, comme le Hezbollah, parce que l’Irak n’a pas pris position contre les États-Unis et les pays de la région. Cette bataille n’est pas celle de l’Irak.

Deuxièmement, le Hezbollah n’a pas besoin de cette voie terrestre entre Téhéran et Beyrouth, parce que les liens maritimes et aériens avec Téhéran sont ouverts jusqu’en Syrie puis, de là, jusqu’au Liban. De plus, le Hezbollah n’a plus besoin d’armes supplémentaires au Liban, surtout depuis que le front libano-syrien ne fait qu’un en cas de guerre à venir contre Israël.

En ce qui concerne la Syrie, les préparatifs en vue des rondes de négociation difficiles et complexes visant à ouvrir la voie à des pourparlers politiques ont maintenant commencé à Sotchi, en Russie. Il est clair que ces pourparlers seront difficiles, car les États-Unis ont des demandes, tout comme la Turquie, qui a fait part de son intention de prolonger son séjour au nord de la Syrie.

C’est dans ce contexte que le président syrien Bachar al-Assad se prépare en vue de l’établissement d’une nouvelle constitution, dont les travaux s’y rapportant ont commencé il y a plusieurs mois. Des spécialistes syriens et internationaux des droits de la personne et du droit en général tiennent des discussions avec divers groupes sur la façon de jeter de nouvelles bases constitutionnelles en Syrie, afin d’amener les nombreuses factions opposées à Damas à déposer leurs armes et à joindre les négociations sur l’avenir de la Syrie.

Le seul problème qui reste, c’est la présence d’al-Qaeda dans le Bilad al-Cham et de milliers de combattants étrangers à Idlib, qui attendent les résultats des négociations turco-syriennes.

La guerre a été longue et complexe, principalement en raison des renversements d’alliances. Mais la paix sera tout aussi complexe à instaurer si l’on veut éviter de nouvelles guerres reposant sur la vengeance et un désir cupide de conquérir des territoires.

 

 

A US buffer zone in north-eastern Syria and a land-Bridge from Tehran to Beirut

Published here:   via

23 November 2017

By Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Following the victory of the Syrian army and its allies over the “Islamic State” group in the town of Albu Kamal in the north-east of the country, the road has been opened for the first time since the declaration of the Islamic Republic of Iran in 1979 between Tehran, Baghdad, Damascus and Beirut and become safe and non-hostile to the four capitals and their rulers.

The United States tried to block the road between Tehran and Beirut at the level of Albu Kamal by forcing the Kurdish forces into a frantic race, but Washington failed to achieve its goals.

The Syrian Army along with allied forces (the Lebanese Hezbollah, the Iranian Revolutionary Guards and the Iraqi Harakat al-Nujaba’) liberated the city, opening the border with Iraq at al-Qa’im crossing. ISIS militants fled to the Iraqi al-Anbar desert and east of the Euphrates River where US and Kurdish forces are operating.

The United States established a new rule of engagement in the east of the Euphrates, informing the Russian forces that it will not accept any ground forces (the Syrian army and its allies) east of the Euphrates River and that it will bomb any target approaching the east of the river even if the objective of the ground forces was to pursue ISIS.

Thus, the US is establishing a new undeclared no-fly-zone without bothering to deny that this can serve ISIS forces east of the Euphrates and offer the terrorists a kind of protection. Moreover, the US-led international coalition air bombing against ISIS has reduced noticeably.

With this US warning, it is clear that Washington is declaring the presence of an occupying force in Syria, particularly as the presence of the coalition was linked to fighting ISIS as previously announced. Today ISIS has lost all cities under its occupation since July 2014 in Iraq and before this date in Syria. Therefore there is no legal reason for the presence of the US forces in the Levant.

By becoming an occupation force, the US troops expose themselves, along with the proxy Kurds operating under its command, to attacks similar to the one in Iraq and the one in Lebanon in 1982 during the Israeli invasion.

The United States will no longer be able to block the Iraqi-Syrian road (Al-Qaim-Albu Kamal) because it is related to the sovereignty of the two countries. But this does not mean Tehran will use this route to send weapons across Baghdad and Damascus to Hezbollah in Lebanon, for two reasons:

First, Iraq has sovereignty and the Prime Minister Haider Abadi will not allow any Iraqi armed party to keep its weapons because the Iraqi armed forces are responsible for holding security, especially after the defeat of ISIS in all cities.

Abadi’s next step will be to disarm all Iraqi movements and organizations by the year 2018 and most likely after the forthcoming elections in May. According to well-informed sources Iran and the Marjaiya in Najaf (and the majority of the Iraqi parties) want Abadi to be re-elected for another term.

This means that Iraq will not allow its territory to be used to finance non-state actors, even if these have taken part in the elimination of ISIS. Neither will he allow weapons to cross his country to an ally that fought alongside the Iraqi forces – such as Hezbollah – because he is not positioning himself against the United States and the countries of the region. This is not Iraq’s battle.

Secondly, Hezbollah does not need the land route from Tehran to Beirut because the sea and air links with Tehran are open through Syria and from it to Lebanon. Moreover, Hezbollah is no longer in need of additional weapons in Lebanon, especially since the Lebanese-Syrian front is unified against any possible future Israeli war.

As for Syria, the preparations for starting the challenging and complex rounds of negotiation to open the way for political talks have begun in Sochi, Russia. Naturally, these talks are difficult because the United States has demands, as does Turkey, which has shown its intention to stay for a very long in the north of Syria.

In this context, Syrian President Bashar al-Assad is ready to prepare for a new constitution, on which work began several months ago. Syrian and international human rights experts and law specialists have been discussing with various groups how to establish new constitutional foundations for Syria, aiming to invite the numerous anti-Damascus parties to lay down their arms and join in the negotiations for the future of Syria.

The only problem remains with al-Qaeda in Bilad al-Sham, and the thousands of foreign fighters in Idlib, waiting for the results of the Turkish-Syrian negotiation.

The war was long and complex, mainly because of shifting alliances. But the peace will be no less complex to construct if future wars based on revenge and a greedy desire for territory are to be avoided.

 

 

No war on Lebanon or Iran or Hezbollah but preliminary moves towards a Saudi-Israeli relationship

21 November 2017

By Elijah J. Magnier –

“It is not a question of war against Hezbollah, Iran or Lebanon, it is a preliminary preparation for an overt Saudi Arabia and Israel relationship”. This is what a decision maker related to the Israeli-Arab-Iran struggle said.

In Yemen, Hezbollah was never present with large numbers: a few dozen advisors were in the country to offer training and shared their long experience gathered during many years of war against Israel and in Syria. Those who formed the Hezbollah special forces were present in Yemen to teach Zaydi Houthi how to defend themselves against the US led coalition and the Saudi continuous aggression. It is the duty of Muslims to defend those oppressed (Mustad’afeen) in the same way that the Imam Khomeini supported the Lebanese during the 1982 Israeli invasion. Iran’s religious duty dictated its obligation to support Iraq against the occupation forces in 2003 and supported the Afghan resistance as well. “Today Yemeni are being exterminated and the world is watching, impotent and numb, allowing Saudi Arabia to destroy the country and kill.”

However, today there is less need for Hezbollah expertise in Yemen. The resistance has acquireded enough experience and training, fighting in a different environment than Lebanon, Syria or Iraq. There is no need for Hezbollah to stay in Yemen or in Iraq where the “Islamic State” group (ISIS) has been defeated and expelled from every Iraqi city. Today the Iraqis have enough men, advance equipment and huge experience to stand against any danger. Therefore there is no need any more for Iran or Hezbollah or even for the US forces to remain in Mesopotamia.

As for Syria, the source believes that “Hezbollah is in the Levant by the request of the Syrian President Bashar al-Assad to fight rejectionist Takfiri, and terrorism. With the city of Albu Kamal under Syria Army control, ISIS has lost the last city in Syria though it still exists east of the Euphrates, in al-Badiya (Syrian Steppe) and in a few pockets on the Syrian southern borders. There are still thousands of al-Qaeda in Idlib and around al-Hajar al-Aswad and the south of Syria. Therefore, it is only by direct request from the Syrian President that Hezbollah can stay or leave the country. No matter how loud the US, the Israelis and the Arabs scream, Hezbollah’s presence in Syria is linked to the Syrian government and to no one else”.

For Lebanon, the Prime Minister Saad Hariri has been liberated from his Saudi Arabia golden jail and is expected to return to Lebanon in the coming hours. According to the source “there is no Arab war against Iran in the region or an Israeli war against Lebanon. That doesn’t mean Hezbollah can go home and cease any preparation for a possible future war.

The return of Hariri is obviously linked to a Saudi agenda where he will ask Hezbollah to pull out of Syria, Yemen and Iraq and put down its weapons. It should be noted that Hezbollah supported Hariri’s freedom because he was illegally detained by Saudi Arabia and because he is the Prime Minister of Lebanon. Saudi Arabia cannot be allowed to deal with the Lebanon as if it were a Saudi province. And for Hariri it is illusory to believe he is returning to Lebanon as a hero to dictate Saudi policy, that he can implement Saudi Arabia’s wishes, and that he can achieve what the US, Israel and Saudi Arabia failed to obtain. If indeed he insists on the Saudi agenda, he can return home to Saudi Arabia this time as a defeated former Prime Minister. Saudi Arabia’s vision of the Middle East simply doesn’t apply to the multi-ethnicity and conviviality in Lebanon between all religions and the various political groups and their representations”.

It is therefore not a question of Iran or the weapon reserves of Hezbollah or its regional military intervention. The war in Syria was won by the “Axis of the Resistance” and the other side (US, EU, Qatar, Jordan, Turkey and Saudi Arabia) has failed to change the regime, to destroy the multi-ethnic culture in Syria, and to tie the hands of the extremists. It is simply a question of Saudi Arabia preparing a wider, overt relationship with Israel.

Saudi Arabia is acting as if it needs this scenario to cover up its future relationship with Israel. Every day, we see Saudi academics, writers and even officials using the excuse “fighting Iran, the common enemy” to justify the forthcoming relationship with Israel In point of fact Israeli public opinion is ready to welcome Saudi Arabia, and vice versa.

This new Saudi project is clear and won’t fool the Arab in the street. The Arab countries have promised to establish an official relationship with Israel in exchange for the heads of Hezbollah and Iran on a plate. In return the US and Israel promised to engage positively with the Israeli-Arab conflict.

This is no solution for the Israeli-Arab conflict, and Trump can certainly not fulfil his promises. Israel won’t give up to the Arabs what it is getting for free (the relationship with the Gulf countries). Those running to establish ties with Tel Aviv are coming of their own free will in order to use Israel as a bridge to the US. On the other hand, even the new US-Saudi-Israel alliance will be unable to deliver those heads of Iran and Hezbollah without engulfing the region in a global war. Are these countries ready for such a war where the costs outweigh the benefits?

Guerre contre le Liban, l’Iran ou le Hezbollah? Non. Seulement des préparatifs en vue de l’établissement de relations entre l’Arabie saoudite et Israël

21 Novembre 2017

Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

« Ce n’est pas d’une guerre contre le Hezbollah, l’Iran ou le Liban qu’il s’agit, mais de préparatifs en vue de l’établissement de relations ouvertes entre l’Arabie saoudite et Israël. » C’est du moins ce qu’affirme un décideur engagé dans la lutte que se livrent Israéliens, Arabes et Iraniens.

Au Yémen, le Hezbollah n’a jamais eu de présence forte, quelques dizaines de conseillers seulement y sont allés pour proposer un entraînement et partager leur longue expérience acquise durant les nombreuses années de guerre contre Israël et en Syrie. Ces membres des forces spéciales du Hezbollah étaient présents au Yémen pour montrer aux Houthis comment se défendre contre la coalition dirigée par les USA et l’agression saoudienne continuelle. C’est le devoir des Musulmans de défendre les opprimés (Mustad’afeen), comme l’Imam Khomeiny l’a fait en soutenant les Libanais pendant l’invasion israélienne de 1982. Ce même devoir religieux a amené également l’Iran à soutenir l’Irak contre les forces d’occupation en 2003 ainsi que la résistance afghane. « Aujourd’hui, les Yéménites sont exterminés pendant que le monde regarde, impuissant et paralysé, en laissant l’Arabie saoudite détruire le pays et tuer sa population. »

Mais le savoir-faire du Hezbollah est moins en demande qu’avant au Yémen. La résistance a acquis suffisamment d’expérience et d’entraînement en combattant dans un environnement différent de celui du Liban, de la Syrie ou de l’Irak. La présence du Hezbollah n’est plus requise au Yémen ou en Irak, où le groupe armé « État islamique » (Daech) a été défait et expulsé de toutes les villes irakiennes. Aujourd’hui, les Irakiens disposent d’assez d’hommes, d’équipement perfectionné et d’expérience pour affronter tous les dangers. Par conséquent, les forces de l’Iran, du Hezbollah et même des USA n’ont plus leur raison d’être en Mésopotamie.

En Syrie, la source croit que « le Hezbollah est au Levant à la demande du président syrien Bachar al-Assad, afin de combattre les takfiris inconditionnels du refus et le terrorisme. Avec la prise de contrôle d’Albu Kamal par l’armée syrienne, Daech a perdu la dernière ville qu’il détenait en Syrie, bien qu’il maintienne encore une présence à l’est de l’Euphrate, dans la Badia (steppe syrienne) et dans quelques poches à la frontière sud de la Syrie. Des milliers de militants d’al-Qaeda sont toujours à Idlib, dans le secteur d’al-Hajar al-Aswad et au sud de la Syrie. Par conséquent, c’est seulement à la demande du président syrien que le Hezbollah peut rester ou quitter le pays. Les Américains, les Israéliens et les Arabes auront beau crier aussi fort qu’ils le peuvent, la présence du Hezbollah en Syrie dépend exclusivement du gouvernement syrien. »

Pour ce qui est du Liban, le premier ministre Saad Hariri a été libéré de sa prison dorée en Arabie saoudite et devrait retourner en terre libanaise dans les prochaines heures. Selon la source, « il n’y a pas de guerre arabe contre l’Iran dans la région ou de guerre israélienne contre le Liban. Ce qui ne veut pas dire que le Hezbollah peut rentrer à la maison et cesser ses préparatifs en vue d’une guerre à venir possible. Le retour d’Hariri au Liban est manifestement lié à un programme saoudien, où il demandera au Hezbollah de se retirer de la Syrie, du Yémen et de l’Irak, et de remettre ses armes. Il convient de noter que le Hezbollah a soutenu la mise en liberté d’Hariri parce qu’il était détenu illégalement en Arabie saoudite et qu’il est le premier ministre du Liban. On ne peut permettre à l’Arabie saoudite de faire comme si le Liban était une province saoudienne. Quant à Hariri, il est illusoire de croire qu’il va retourner au Liban en héros capable de dicter la politique saoudienne, qu’il peut concrétiser les désirs de l’Arabie saoudite et qu’il parviendra à ce que les USA, Israël et l’Arabie saoudite n’ont pu obtenir. S’il insiste pour imposer le programme saoudien, il pourra retourner en Arabie saoudite, cette fois à titre d’ancien premier ministre défait. Le Moyen-Orient comme le perçoit l’Arabie saoudite ne convient tout simplement pas à la multiethnicité et à la convivialité qui existe au Liban entre les religions, les divers groupes politiques et leurs représentants ».

La question en cause n’est donc pas l’Iran, les réserves d’armes du Hezbollah ou son intervention militaire régionale. La guerre en Syrie a été remportée par « l’axe de la résistance », car la partie adverse (USA, UE, Qatar, Jordanie, Turquie et Arabie saoudite) n’a pas réussi à renverser le régime, à détruire la culture multiethnique de la Syrie et à lier les mains des extrémistes. Il s’agit tout simplement de l’Arabie saoudite qui prépare le terrain en vue d’établir des relations ouvertes avec Israël.

L’Arabie saoudite agit comme s’il lui fallait ce scénario pour couvrir ses relations à venir avec Israël. Pas un jour ne se passe sans que des universitaires, des rédacteurs et même des responsables saoudiens se servent du prétexte de « combattre l’Iran, l’ennemi commun » pour justifier l’établissement de relations avec Israël. En fait, l’opinion publique israélienne est prête à accueillir l’Arabie saoudite, et vice versa.

Ce nouveau projet saoudien est limpide et ne bernera pas l’Arabe de la rue. Les pays arabes ont promis d’établir des relations officielles avec Israël en échange des têtes dirigeantes du Hezbollah et de l’Iran servies sur un plateau d’argent. En contrepartie, les USA et Israël ont promis de s’engager de façon positive dans le conflit israélo-arabe.

Mais cela ne réglera en rien le conflit israélo-arabe et Trump pourrait très bien ne pas remplir ses promesses. Israël n’abandonnera rien aux Arabes en échange de ce qu’il obtient gratuitement (l’établissement de relations avec les pays du Golfe). Ceux qui se précipitent pour créer des liens avec Tel-Aviv le font de leur propre gré pour se servir d’Israël pour jeter des ponts vers les USA. La nouvelle alliance entre les USA, l’Arabie saoudite et Israël ne parviendra toutefois pas à livrer les têtes dirigeantes de l’Iran et du Hezbollah sans précipiter la région dans une guerre généralisée. Ces pays sont-ils prêts à se lancer dans une telle guerre dont le prix à payer dépassera largement les bénéfices?

 

Le Hezbollah a mis fin au transfert d’armes de la Syrie au Liban

IMG_5363

18 Novembre 2017

Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Ces derniers jours, le Hezbollah a accru son état de préparation militaire sur l’ensemble du territoire libanais et il a mis ses forces armées sur un pied d’alerte à la suite des menaces proférées par un certain nombre de pays, notamment d’Israël et de l’Arabie saoudite. Les forces du Hezbollah se sont mobilisées en vue d’une activité hostile possible à la frontière ou dans le pays, en dépit du fait que ses dirigeants sont convaincus qu’Israël n’engagera pas une guerre dans un avenir proche ou lointain.

Selon des sources bien informées, le Hezbollah craint l’assassinat possible d’une personnalité libanaise sunnite ou chrétienne bien connue, qui ne serait pas sans rappeler l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafik Hariri en 2005. Le but serait de mélanger les pions sur l’échiquier libanais, d’accuser le Hezbollah et de mettre dans l’embarras le président Michel Aoun.

Aoun a relevé le défi de Riyad pendant les événements récents liés à la démission télévisée du premier ministre Saad Hariri. Il a accusé l’Arabie saoudite de retenir Hariri en otage (pendant plus de deux semaines), en qualifiant la soumission du premier ministre comme étant « inconstitutionnelle et illégitime ».

Qui plus est, le Hezbollah, en coordination avec l’Iran, a donné l’ordre de ne pas transférer les armes envoyées à son intention de l’Iran au Liban en passant par la Syrie pour des motifs dûment motivés :

-Il n’y a plus de raison d’entreposer des armes au Liban, parce que le front libano-syrien est dorénavant uni. Le Hezbollah devra maintenir la présence de missiles à longue portée de haute précision en Syrie, confirmant ainsi les propos du secrétaire général du Hezbollah Sayyed Hassan Nasrallah et du président syrien Bachar al-Assad, voulant que « la Syrie et le Liban forment un même front contre Israël dans la prochaine guerre ».

– Le Hezbollah dispose d’un énorme stock d’armes au Liban, ses entrepôts débordent. Le Hezbollah peut donc soutenir une longue guerre si Israël décide d’attaquer le Liban, en plus de posséder la capacité de lancer des centaines de roquettes et missiles chaque jour.

Il ressort clairement de cela que le président Bachar al-Assad est sorti plus fort de la guerre qui se prolonge depuis plus de six ans dans son pays. Son attention est maintenant tournée vers la menace israélienne, en phase avec le Hezbollah, pour faire comprendre à l’Arabie saoudite et à Israël que le Hezbollah ne sera pas laissé à lui-même dans toute lutte à venir, parce que le front qui s’étend de Naqoura au Golan est dorénavant uni. Assad est déterminé et capable de répondre à toute violation israélienne, à la suite de la défaite totale du groupe armé « État islamique » dans toutes les villes syriennes.

Assad a ainsi vécu la guerre, a survécu à cette guerre et a appris à accepter les pertes. Pendant les temps difficiles de la guerre, le nombre de soldats tués lors de certaines batailles se dénombrait par centaines. Les dirigeants syriens sont mieux préparés à accepter les conséquences de toute guerre à venir contre Israël, tant que les buts sont atteints malgré les sacrifices requis.

Mais Assad ne sera pas le seul à répondre à toute attaque à venir contre le Hezbollah. Des milliers de combattants provenant des pays avoisinants se trouvent en Syrie à la demande du gouvernement syrien. Ces combattants ne resteront sûrement pas les bras croisés dans une prochaine guerre contre Israël si jamais elle se produisait.

Damas veillera à ne pas provoquer les États-Unis directement dans une prochaine guerre contre Israël, mais il laissera le champ libre à la résistance syrienne si jamais les USA décident d’occuper le nord-est de la Syrie.

La présence de militaires russes au Levant pourrait empêcher l’ensemble des belligérants de se laisser entraîner dans une grande guerre touchant de nombreuses frontières, ou même dans une troisième guerre mondiale. Jusqu’à maintenant, Israël a montré des signes que ses forces armées sont conscientes du danger et qu’elles ne se laisseront pas entraîner dans une guerre régionale malgré le soutien financier offert par l’Arabie saoudite. Les Saoudiens sont responsables d’avoir enlevé le premier ministre libanais Saad Hariri (il a été libéré aujourd’hui), dans le but de rendre le Liban plus vulnérable et d’amener Israël, en vain, à attaquer ce que le Royaume définit comme « le bras de l’Iran » au Moyen-Orient.

La Russie n’a pas conclu d’accord avec Israël en ce qui concerne la présence de forces armées iraniennes et loyales à l’Iran en Syrie, notamment à la frontière avec Israël. La disposition du territoire syrien n’est pas négociable pour le Kremlin, car c’est l’affaire du gouvernement syrien, qui a l’intention de récupérer le Golan occupé une fois que la menace que représentent Daech et al-Qaeda, ces extrémistes takfiris, s’estompera en Syrie.

 

En Anglais: 

En Arabe:  via