Monthly Archives: August 2017

L’EI se prépare à l’après-défaite à la manière de Saddam Hussein: Tal Afar libéré, est-ce la fin de l’EI?

 

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Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Tal Afar, une ville au nord de l’Irak, dans la province de Nineveh et à l’ouest de Mossoul, près de la frontière syrienne, vient d’être libérée de la présence du groupe armé « État islamique » (EI -Daech) en moins de huit jours. Cette défaite rapide de Daech est une indication claire que les forces de sécurité irakiennes ont acquis suffisamment d’expérience dans leur lutte contre le groupe terroriste et de connaissances de son style de combat. Elle révèle aussi que la plupart des combattants et des dirigeants de Daech avaient quitté la ville avant que la bataille de Mossoul ne commence (et pendant la bataille), en sachant que leur tour viendrait. Tal Afar avait aussi envoyé à Mossoul de nombreux combattants se joindre à la principale bataille, dans l’espoir (mal calculé) que la ville elle-même, al-Hadbaa’ (Mossoul), ne tomberait pas.

Le territoire occupé par Daech en Irak s’est rétréci à moins de 25 % de ce qu’il était, quelques villes seulement restent encore sous son contrôle : Hawija (la prochaine à être libérée), Ana, Rawa et al-Qaem à la frontière syro-irakienne, où la présence de Daech est la plus forte. Tous les militants qui se retirent de l’Irak et de la Syrie sont en effet en train de se regrouper dans le triangle formé par le désert irakien d’al-Anbar et la zone semi-désertique de la Badia syrienne, là où Daech s’était établi il y a plus d’une décennie (quand Daech s’appelait encore Al-Qaeda en Irak).

La principale question qui se pose est celle-ci : Est-ce vraiment la fin de Daech?

Il ne fait aucun doute que Daech va perdre toutes les villes sous son emprise en Irak et en Syrie au cours des prochains mois (2017-2018). Il restera toutefois présent dans le désert et des cellules dormantes continueront d’exister dans les villes (non seulement au Moyen-Orient, mais partout dans le monde). Daech sera toujours capable de mener des opérations commando contre des positions militaires isolées entre les deux frontières sans nécessairement atteindre d’objectif stratégique, ne serait-ce que pour signaler sa présence.

Daech semble toutefois montrer un réel changement de comportement, en adoptant une « nouvelle politique ». Pour la première fois, Daech a capitulé devant ceux qui, pour ses militants, sont des « rafidis » (littéralement « ceux qui ont rejeté », pour désigner les chiites, qui peuvent être tués sur place), en acceptant de libérer un militant du Hezbollah chiite. Par le passé, Daech refusait de se prêter à des échanges de prisonniers et de cadavres iraniens, même si Téhéran était prêt à payer le prix pour les récupérer. Daech avait aussi l’habitude de donner l’ordre à ses militants de combattre jusqu’à la mort, sans quoi ils allaient être exécutés s’ils abandonnaient leur position de combat, peu importe la raison. Aujourd’hui, Daech a accepté de livrer 335 militants et plus de 620 membres de leurs familles en échange de sept corps de membres du Hezbollah, 1 corp d’un officier Iranian et d’un prisonnier vivant. C’est ce même Daech qui avait refusé toutes les offres de la Jordanie pour qu’il libère le pilote qu’il détenait, Maaz al-Kassasbah, préférant plutôt le brûler vif.

Daech a également ordonné le retrait de 1 800 militants et commandants de Tal Afar avant l’attaque, parce qu’il voulait conserver ses ressources humaines. Contrairement aux batailles antérieures, il n’y avait pas d’ordre de combattre jusqu’à la mort. Daech voulait aussi éviter que la ville de Tal Afar ne soit détruite comme Mossoul, peut-être dans l’espoir de pouvoir revenir un jour dans ces villes irakiennes, après avoir tiré des leçons de ses erreurs et afin de poursuivre sa lutte armée.

Par ailleurs, Daech entraîne de très jeunes adolescents et s’en vante, afin d’envoyer un message clair au reste du monde, à savoir qu’il poursuivra la lutte de génération en génération. Le groupe impose d’ailleurs à cette fin l’utilisation de sa propre monnaie (des dinars d’or, d’argent et de cuivre) dans les villes sous sa domination, qu’il échange contre des devises locales et des dollars. Il se prépare ainsi à cacher son argent en vue de l’ère qui suivra sa défaite dans les principales villes d’Irak et de Syrie. Cela ressemble étrangement à ce que Saddam Hussein a fait en 2003 pendant l’occupation de son pays par les USA, ce qui est loin d’être étonnant vu le nombre d’anciens officiers baasistes parmi les dirigeants de Daech.

Daech a besoin d’argent, car ses ressources se tarissent en même temps que son territoire se rétrécit. Il perçoit moins de taxes, mais a aussi moins d’argent à dépenser. Daech a commis des erreurs fatales en se lançant dans son aventure sanglante. Il a forcé la dose en tuant des musulmans qui s’opposaient à son style, à ses règles et à son extrémisme. Daech a causé la destruction de toutes les villes irakiennes sunnites qu’il a occupées, ces mêmes villes dans lesquelles il espère retourner un de ces jours.

En fait, Daech a grandi dans ces villes du nord et de l’est de l’Irak, où il jouissait d’un grand soutien moral et financier par la population locale. Des documents ont révélé que des responsables irakiens ont contribué au financement de Daech pendant des années avant 2014, dont au moins 125 millions de dollars d’aide gouvernementale destinée aux provinces qui ont été détournés vers le groupe, répartis comme suit :

24 milliards 731 millions de dinars d’al-Anbar;

6 milliards 93 millions de dinars de Diyala;

24 milliards 329 millions de dinars de Salahoddine;

65 milliards du gouverneur de Niniveh.

Daech percevait aussi des taxes mensuelles dans les villes sunnites où il était actif (avant 2014). Les habitants versaient des contributions mensuelles et les échoppes payaient des frais à intervalles réguliers, qui variaient selon la nature de leur commerce. L’argent était manifestement versé pour aider Daech dans sa lutte contre le gouvernement central à Bagdad.

Aujourd’hui, Bagdad est déterminé à empêcher le retour de Daech. Mais le problème va demeurer entier si la population sunnite est encore prête à soutenir Daech, à abriter ses militants et à verser de nouveau des contributions mensuelles pour lui permettre de renaître. C’est ce que nous saurons dans les prochaines années.

 

 

ISIS is using Saddam style preparations for after the defeat: TalAfar is liberated, is this the end of ISIS?

 

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Key words: Iraq, ISIS, Syria

By Elijah J. Magnier – @ejmalrai

The northern Iraqi city of TalAfar, in Nineveh province, west of Mosul and close to the Syrian border, has been liberated from the “Islamic State” group (ISIS) in less than eight days. This fast defeat of ISIS is a clear indication that the Iraqi security forces have become sufficiently experienced in battling the terrorist group and have become knowledgeable in its fighting style. Moreover, it also indicates that most of the ISIS fighters and leadership had left the city before the battle of Mosul began (and during the battle), knowing that their turn would come. TalAfar had also supplied Mosul with many fighters during the biggest battle, in the (miscalculated) hope that the city itself, al-Hadbaa’ (Mosul) would not fall.

ISIS’s territory in Iraq is reduced to less than 25%, with few cities remaining under its control: Hawija (next to be liberated), Ana, Rawa and al-Qaem on the Iraqi-Syrian borders, where the largest assembly of ISIS is recorded. All militants escaping from Iraq and Syria are indeed gathering in the triangle of the Iraqi desert of al-Anbar together with the semi Syrian desert of al-Badiya, the home of ISIS for over a decade (the time when ISIS was still called al-Qaeda in Iraq).

The main question remains: is ISIS’s time finally coming to an end?

It is clear that ISIS will lose all cities under its control in Iraq and Syria in the coming months (2017-2018). Nevertheless, its presence in the desert will remain and sleeper cells will be present in cities (not only in the Middle East but also around the world). ISIS will maintain its capability to hit and run against isolated military positions between the two borders without necessarily achieving any strategic objective but just to say: I am still alive.

But ISIS seems to be showing real changes in its behaviour, adopting a “new policy”. This is the first time ISIS surrendered to what its militants consider a “Rafidi” (rejectionist Shia, eligible to be killed at site) and to release a Shia Hezbollah militant. ISIS, in the past, rejected the exchange of Iranian prisoners and corpses despite the readiness of Tehran to pay anything for their release and recovery. Moreover, ISIS used to order its militants to fight to the death or else ISIS itself would kill them if they left their battle position- regardless of the motive. Today, ISIS accepts the surrender of 335 militants and over 620 of their families in exchange for seven Hezbollah and one Iranian corpses, and one prisoner live- the same ISIS that refused all offers from Jordan to release its pilot Maaz al-Kassasbah and preferred to burn him alive.

Moreover, ISIS ordered the retrieval of 1800 militants and commanders from TalAfar before the attack because of its need to conserve human resources: it didn’t order these to fight to the death as in previous battles. Also, ISIS wanted to avoid the destruction of TalAfar city, similar to what happened in Mosul, maybe with the hope that the group could return one day to these Iraqi cities, having learned from its mistakes and in order to continue its armed struggle.

ISIS, on the other hand, is training very young adolescents, and showing off about these, to send a clear message to the world that it will continue fighting through generations to come. For that, the group is imposing the use of its own currency (Golden, Silver and Copper Dinars) in the cities under its control, exchanging it with local currencies and dollars. This move aims to prepare for the era after its defeat in main cities in Iraq and Syria to hide its money. This is very similar to what Saddam Hussein did in 2003 during the US occupation of the country: no wonder, there are many ex-Baathist officers among ISIS leadership.

ISIS needs money because its resources are drying up with such small territories under its control- fewer taxes to collect but also less money to spend. ISIS made many fatal errors during its bloody adventure, exaggerating by killing Muslims who disagreed with its style, ruling and extremism. They have caused the destruction of all Sunni Iraqi cities they occupied. These are the same cities ISIS hopes to return one of these days in the future!

In fact ISIS grew up in these Iraqi cities in the north and east of the country where it found large moral and financial support from the local population. Documents reveal that Iraqi officials contributed in financing ISIS throughout the years, prior to 2014, with at least $125 million from government aid to provinces that was diverted to the group. These are:

24 billion 731 million Dinars from al-Anbar

6 billion 93 million dinars from Diyala

24 billion 329 million dinars from Salahoddine

65 billion from Nineveh governor

Moreover, ISIS was collecting monthly taxes from the Sunni cities he was operating in (before 2014): inhabitants offered monthly contributions and shops paid regular fees depending on their business. The money was clearly offered to ISIS to fight the central government in Baghdad.

Today, Baghdad is determined to prevent the return of ISIS. But the problem remains if the Sunni population is still willing to support ISIS, offer shelter to its militants and pay again the monthly fees, enabling it to grow again. The immediate forthcoming years will carry the answer.

 

 

Netanyahou cherche l’aide de Poutine, qui « mène le bal » en Syrie: Israël n’est pas en mesure de livrer une nouvelle guerre

(photo credit:SPUTNIK/ALEXEI NIKOLSKY/KREMLIN VIA REUTERS)

 

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Par Elijah J. Magnier– @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, s’est rendu à la station balnéaire russe de Sotchi pour y rencontrer le président russe, Vladimir Poutine, considéré comme celui qui « mène le bal » en Syrie, pour tenter en vain de tirer du Kremlin ce qu’il n’a pu obtenir de Washington concernant sa frontière avec la Syrie.

Dans chaque guerre, c’est bien connu, c’est le gagnant qui impose ses conditions au perdant. Le premier ministre israélien a misé sur le mauvais cheval et a cru, à l’instar de bien des dirigeants du monde, que Bachar al-Assad serait renversé en 2012, quelques mois à peine après la guerre imposée à la Syrie. Netanyahou était sûr que « l’axe de la résistance » (Iran – Syrie – Hezbollah) perdrait la guerre et que Damas tomberait sous la coupe des extrémistes takfiris. Au fait, Israël n’a pas d’alliance avec les djihadistes sunnites, si ce n’est qu’ils ont déclaré une guerre sectaire contre les chiites en général et le Hezbollah en particulier, qui devait avoir comme « heureuse conséquence » de couper la voie de ravitaillement vitale entre Téhéran, Damas et Beyrouth.

L’échec du projet extrémiste au Moyen-Orient (Daech et son « État islamique » et Al-Qaeda sous le nom d’emprunt d’al-Nosra ou de Hay’at Tahrir al Sham) a relevé l’indice de danger pour Israël. L’armée de l’air israélienne a bombardé l’armée syrienne à répétition et a fourni un soutien logistique aux combattants d’Al-Qaeda au sud de la Syrie à plusieurs reprises, dans l’espoir qu’ils l’emportent et forment une zone tampon, afin d’empêcher toute présence du Hezbollah et de l’Iran à la frontière même d’Israël. En outre, quand Israël a bombardé des entrepôts iraniens à l’aéroport de Damas, certains d’entre-eux étaient destinés à des groupes actifs dans le secteur du Golan. L’armée de l’air israélienne a aussi tué à Damas une personnalité du Hezbollah, Samir al-Kintar, qui était chargé du recrutement dans le secteur du Golan.

Les opérations israéliennes ont rendu Damas et ses alliés (Hezbollah et Iran) encore plus déterminés à subjuguer et à vaincre Al-Qaeda au sud de la Syrie. Le secrétaire général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, a déclaré que le front face à Israël s’étend de Naqoura (au sud du Liban) aux hauteurs du Golan occupé (en Syrie), qui constitue pour ses militants un même cadre opérationnel contre Israël.

La crainte et la préoccupation d’Israël concernant le Hezbollah et l’Iran sont-elles réalistes? Le président syrien a déclaré à de nombreuses reprises son intention de récupérer l’ensemble du territoire syrien. Il n’en demeure pas moins que la réalité sur le terrain rend cet objectif plutôt difficile à accomplir dans un proche avenir :

1.Au nord-est, les forces américaines ont établi 12 bases militaires dans le secteur contrôlé par les Kurdes, dont deux aéroports militaires. Ce qui laisse présager que les USA ont l’intention de rester en Syrie pour longtemps. Bref, leur départ est loin d’être imminent. Pour leur part, les Kurdes veulent se doter d’un État indépendant ou d’une fédération dans cette partie du pays sous la protection des USA. Ce qui conduira inévitablement à une longue négociation avec Damas en vue de trouver un compromis ou un terrain d’entente pour empêcher la partition de la Syrie.

2.La Turquie maintient une présence armée dans le nord et occupe plusieurs villes, afin d’empêcher la création d’un « État du Rojava » (de al-Hasaka jusqu’à Efrin) élargi à sa frontière et de disposer d’un bastion en Syrie, en ayant recruté des milliers de mandataires syriens pour y parvenir. La Turquie maintient aussi une présence armée à Bachiqa en Irak et refuse toujours de retirer ses troupes après deux ans de négociations avec Bagdad. La négociation d’un retrait par Ankara ne sera donc pas une mince tâche pour Assad.

3.La bataille contre Daech se poursuit. Des villes importantes comme Deir Ezzor, al-Mayadin, Abou Kamal et Al-Qaem ne seront pas libérées en un rien de temps, même si le destin de Daech a été scellé et qu’il devrait être défait pendant l’année qui vient des deux côtés de la frontière (Syrie et Irak).

4.Al-Qaeda (front al-Nosra ou Hay’at Tahrir al-Sham) exerce un contrôle absolu sur la ville d’Idlib au nord, appelée à devenir la quatrième ville à être englobée dans la zone de désescalade russo-turco-iranienne. La délocalisation, la fusion ou la dissolution d’Al-Qaeda à l’intérieur d’autres groupes de rebelles syriens exigeront beaucoup d’efforts de la Turquie, qui devraient se traduire aussi par une augmentation de l’influence turque en Syrie et par une présence continuelle d’Al-Qaeda, quoique sous une autre forme.

5.Assad et ses alliés agissent en fonction de leurs priorités. De 2013 à 2016, la priorité était d’ignorer Daech et de s’en prendre à Al-Qaeda et aux rebelles syriens qui recevaient une aide financière et de l’équipement militaire de l’Occident et des pays de la région. Ils représentaient le plus grand danger pour Assad et Damas, la capitale. À la suite de l’intervention russe, des accords sur la désescalade, du différend entre le Qatar et l’Arabie saoudite (les fournisseurs des rebelles et d’Al-Qaeda) et de la mise au rencart du programme de formation de la CIA et de sa fourniture d’armes à Al-Qaeda et aux rebelles, la priorité s’est tournée vers Daech, devenu depuis un orphelin qui a perdu son soutien régional et international. Israël n’est donc pas la priorité d’Assad aujourd’hui, mais il pourrait en être autrement demain.

 

En fait, la longue guerre syrienne a enseigné à Assad qu’il devait se résoudre à accepter la destruction de l’infrastructure et la perte d’hommes pour défendre la cause de l’unité (encore partielle) du pays et assurer la défaite des idéologues extrémistes (Daech et Al-Qaeda), ce qu’il n’aurait pas accepté avant 2011. Ainsi, le président syrien, avec l’appui de l’Iran et du Hezbollah, a formé un nouveau groupe appelé le « Hezbollah syrien » et d’autres groupes motivés par une idéologie similaire appelés à combattre Israël pour reprendre le territoire occupé que sont les hauteurs du Golan. Assad, tout comme le Hezbollah d’ailleurs, n’entend pas prendre l’initiative d’attaquer Israël, car il n’a aucune revendication en territoire israélien. Assad et le Hezbollah ont toutefois l’intention de reprendre les territoires occupés au Liban et en Syrie et vont probablement choisir la lutte armée pour parvenir à leurs objectifs.

Aujourd’hui, Israël sait qu’Assad ne renoncera pas au Golan et que l’expérience militaire unique et intensive que lui et ses alliés ont acquise après plus de six ans de guerre peut causer et causera des maux de tête à Israël, qui sera forcé de riposter et de finir par abandonner les hauteurs du Golan. Le seul objectif recherché par Netanyahou auprès de Poutine, c’est de maintenir sa prise sur le Golan, ce que le Kremlin ne peut lui accorder. C’est également la raison pour laquelle Israël a rejeté l’accord de désescalade entre la Russie et les USA dans le sud, car il n’offre pas de garantie à Israël à propos du Golan et ne prévoit aucun engagement de la Russie dans le conflit opposant Israël au Hezbollah.

La visite de Netanyahou à Sotchi a été un échec, car la Russie ne répondra pas favorablement aux exigences suivantes :

1.Israël veut mettre fin à toute présence iranienne à sa frontière. Moscou ne peut accueillir cette demande, en raison de la relation stratégique et de la collaboration énergétique établies entre la Russie et l’Iran. En outre, l’intervention russe dans la guerre syrienne a certes été décisive pour assurer la victoire d’Assad, mais celle-ci n’aurait pas été possible sans la présence de forces terrestres iraniennes (et des alliés) sur le terrain, qui ont aussi livré bataille en zones urbaines.

2.Convaincre la Russie de faire cesser la fourniture d’armes au Hezbollah par l’Iran est impossible. L’Iran a investi massivement en Syrie pour soutenir Assad et aussi pour maintenir la voie de ravitaillement avec le Hezbollah intacte. Quand Israël détruit des armes du Hezbollah, la Russie n’intervient pas. Elle n’intervient pas plus lorsque l’Iran fournit des armes au Hezbollah.

3.Netanyahou a parlé de coordination entre les forces aériennes russes et israéliennes au sud de la Syrie. Une fois la guerre terminée (elle est en voie de l’être), il n’y aura plus aucune raison pour l’aviation israélienne d’effectuer sa promenade habituelle dans le ciel syrien.

 

La victoire de « l’axe de la résistance » a ainsi donné lieu à un nouvel équilibre en défaveur d’Israël qui s’en soucie. Il est vrai que l’armée syrienne, le Hezbollah et l’Iran reprennent en main chaque ville où Daech est défait, ce qui inquiète vivement Tel-Aviv.

Netanyahou n’est donc pas en mesure de livrer une guerre ouverte contre le Hezbollah ou la Syrie, pour les raisons suivantes :

-parce que son front intérieur n’est pas préparé en vue d’une guerre

-parce que le Hezbollah syrien et d’autres groupes similaires ont acquis, à l’instar du Hezbollah, beaucoup d’expérience pendant la guerre, la vitesse et l’efficacité avec lesquelles ces forces combattent Al-Qaeda et Daech en étant l’illustration éloquente;

-parce que le Hezbollah a obtenu des armes perfectionnées (il en a utilisé certaines et en cache encore d’autres);

-parce que la guerre au Moyen-Orient tire à sa fin.

Israël devrait se préparer à s’adapter à cette nouvelle réalité : les deux superpuissances sont dorénavant à sa frontière et il a perdu l’exclusivité du ciel syrien et libanais. Le moment est d’ailleurs bien choisi pour accepter la nouvelle situation et la présence des nouvelles puissances à sa frontière que sont « l’axe de la résistance » et la Russie.

 

Netanyahu seeks help from Putin, the “owner of the house” in Syria: Israel is not prepared for a future war

(photo credit:SPUTNIK/ALEXEI NIKOLSKY/KREMLIN VIA REUTERS)

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Key words: Syria, Russia, Israel, Iran, Turkey, Hezbollah, ISIS, al-Qaeda.

By Elijah J. Magnier– @ejmalrai

Israel Prime Minister Benyamin Netanyahu travelled to the Russian resort of Sochito meet the Russian President Vladimir Putin, considered to be the “owner of the house” in Syria, in a failed attempt to extract from the Kremlin what could not be obtained from Washington, on its borders with Syria.

As it is well known in every war, the winner imposes the conditions on the loser: the Israeli Prime Minister backed a losing horse and believed – like many world leaders – that Bashar al-Assad would fall in 2012, a few months after the war imposed on Syria. Netanyahu was confident that the “axis of the resistance” (Iran – Syria – Hezbollah) would lose the war and that Damascus would fall under the control of Takfiri-extremists. In fact Israel has no alliance with Sunni jihadists, it’s just because these have declared a sectarian war on the Shia in general and Hezbollah in particular, and therefore the vital supply line between Tehran-Damascus-Beirut was supposed to be – happily- interrupted.

The failure of the extremist project in the Middle East – the “Islamic State” ISIS and al Qaeda under al-Nusra or Hay’atTahrir al Sham – increased the level of danger to Israel. The Israeli Air Force repetitively bombed the Syrian Army and offered logistic support to al-Qaeda in the south of Syria on several occasions with the hope these could prevail and form a buffer zone, preventing Hezbollah and Iran from immediate contact with the Israeli borders. Moreover, when Israel bombed Iranian warehouses at Damascus airport, some of these were designated for groups operating in the Golan area. Also, the Israeli Air Force killed a Hezbollah figure, Samir al-Kintar, in Damascus, in charge of recruitment in the Golan area.

The Israeli efforts increased the determination of Damascus and its ally Hezbollah-Iran to invest more efforts to overwhelm al-Qaeda in the south of Syria and defeat them. The secretary general of Hezbollah Sayed Hasan Nasrallah declared that the front with Israel starts from Naqoura (south of Lebanon) to the occupied Golan height (Syria) as one complete operational stage for his militants against Israel.

Is the Israeli fear and concern of the Hezbollah-Iran danger realistic? The Syrian President declared on many occasions his intention to recover the entire Syrian territory. Nevertheless, the reality on the ground may render this objective quite difficult to achieve in the near future:

1.In the north-east, the US forces have established 12 military bases in the Kurdish controlled area including two military airports. This indicates an intentionally long US presence in Syria: its departure is certainly not expected any time soon. The Kurds on the other hand are claiming an independent state or a Federation in that US-protected part of the country. This will trigger a long negotiation with Damascus so as to find a way of compromising, or common ground to prevent the partition of Syria

2.Turkey sustains forces in the north and occupies several cities to prevent a larger Turkish “Rojava state” (or Federation) on its borders from Efrin to al-Hasaka and to keep a stronghold in Syria, having recruited thousands of Syrian proxies. Turkey maintains forces in Iraq Ba’shiqa and has refused to pull out these forces despite two years of negotiation with Baghdad. Therefore, it won’t be an easy task for Assad to negotiate a withdrawal by Ankara.

3.The battle against ISIS is still going on: main cities like Deir al-Zour, al-Mayadeen, albu Kamal and Al-Qaem won’t be easy to liberate in a short time even if the fate of ISIS has been sealed and it should be defeated sometime next year on both sides of the borders (Syria and Iraq).

4.Al-Qaeda (Nusra or Hay’at Tahrir al-Sham) is in full control of the northern city of Idlib, a city that is expected to become the fourth city to be included in the Russian-Turkish-Iranian de-confliction zone. The dislodging, merger or dissolution of al-Qaeda within the other Syrian rebel groups requires major effort from Turkey, which also means the increase of Turkish influence in Syria and the continuous presence of al-Qaeda, albeit under another form.

5.Assad and his allies work by priority: between 2013 until 2016, the priority was to disregard ISIS and attack al-Qaeda and the Syrian rebels who were receiving finance and military supply from the west and the countries of the region. They represented the biggest danger to Assad and the capital Damascus. Following the Russian intervention, the de-confliction agreement(s), the Qatar-Saudi Arabia (rebels and al-Qaeda suppliers) dispute, and the cessation of the CIA training program and arms supply to al-Qaeda and rebels, the priority turned towards ISIS, by then becoming orphaned and without regional or international support. Therefore, Assad’s priority is not Israel today even if it will be sometime in the future.

 

Indeed, the long war in Syria taught Assad to accept the destruction of the infrastructure and the loss of men for the cause of unity (today only partial) of the country and the defeat of the extremists ideologists (ISIS and al-Qaeda)-which he would not have accepted prior to 2011. Therefore, the Syrian President – supported by Iran and Hezbollah – formed a new group called “Hezbollah Syria” and other similarly ideologically motivated groups to fight Israel for the recovery of that occupied land: the Golan heights. Assad, like Hezbollah, has no plans to take the initiative to attack Israel because these have no claim on Israeli territory. Nevertheless, both Assad and Hezbollah have claims to recover occupied territories in both Lebanon and Syria and will probably opt for the armed struggle to reach their objectives.

Today Israel is aware Assad won’t give up on the Golan and that the unique and intensive military experiences he and his allies have acquired in over 6 years of war can and will create a read headache for Israel, forcing it to fight back and ultimately give up the Golan heights. The only objective Netanyahu is trying to reach with Putin is to secure a grip over the Golan- a reassurance the Kremlin can’t give. This is also why Israel rejected the de-confliction deal between Russia and the US in the south: it offers no guarantee for Israel to keep the Golan Heights, nor can Russia be part of the Israeli-Hezbollah conflict.

Netanyahu’s visit to Sochi was unsuccessful: Russia won’t deliver the following demands:

1.Israel wants to end the Iranian presence on its borders: Moscow can’t accommodate Israel due to the Russian-Iranian strategic relationship and energy collaboration. Moreover, the Russian intervention in the Syrian war was decisive in the victory of Assad but would not have succeeded without the Iranian (and allies) ground troops to occupy the territory and fight the urban wars.

2.Convince Russia to cease the Iranian supply of weapons to Hezbollah: Impossible to achieve because Iran invested heavily in Syria to support Assad but also to keep the supply line with Hezbollah flowing. Moreover, Russia doesn’t intervene neither in the Israeli destruction of Hezbollah weapons nor in the Iranian supply of weapons.

3.Netanyahu discussed the coordination of Russian and Israeli Air Forces in the south of Syria: once the war is over (on the way), there will be no need for the Israeli Air Force to carry out its usual promenade in the sky over Syria.

 

Therefore, the victory of the “axis of the resistance” has created a negative balance a very worried Israel. It is true that in every city ISIS is defeated: the Syrian Army, Hezbollah and Iran takes it back, creating a serious worry for Tel Aviv.

Nevertheless, Netanyahu can’t wage open war against Hezbollah nor Syria for the following reasons:

– Because his internal front is unprepared for a war;

– Because the Syrian Hezbollah and similar groups have gathered, along with Hezbollah, important experiences during the war clearly manifested in the speed and effectiveness of these forces against al-Qaeda and ISIS;

– Because Hezbollah has obtained advanced weapons (they have used some and are still hiding others); and finally

– Because the war in the Middle East is coming to an end.

Israel should prepare itself to adapt and live with a new reality where the two superpowers are now at its borders, that the sky in Syria and Lebanon is no longer its exclusivity, and that it is the right moment to accept the new situation and powers on its borders: the “axis of the resistance” and with it Russia.

La plus grande bataille est en cours pour renverser Assad. L’arme privilégiée : les réfugiés.

 

La bataille de Deir Ezzor : Qui sera le premier à arriver?

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Par Elijah J. Magnier :@ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Les USA et leurs alliés régionaux et occidentaux, qui se sont évertués à alimenter la guerre en Syrie, ont perdu la bataille visant à changer le régime par des moyens militaires. Mais ils sont loin d’avoir lâché prise. Bien au contraire, ils s’apprêtent à livrer la plus grande bataille d’entre toutes : faire tomber le président syrien Bachar al-Assad par la voie des urnes, plus particulièrement en comptant sur les votes des millions de réfugiés dispersés à l’extérieur du pays, loin du contrôle du gouvernement central à Damas.

Selon les Nations Unies, il y aurait environ 6 millions de réfugiés déplacés à l’intérieur du territoire syrien et 5,1 millions à l’extérieur de la Syrie (surtout en Turquie, au Liban, en Jordanie et en Irak), plus environ un million en Europe.

Les pays abritant des réfugiés syriens se font constamment recommander de garder ces réfugiés où ils sont et de les empêcher de retourner en Syrie, surtout dans les secteurs libérés par l’armée syrienne. Des pays comme le Liban ont été avertis sans ambages que le retour des réfugiés syriens constitue une « ligne rouge » et qu’il doit être évité coûte que coûte (apparemment parce que « ce n’est pas encore leur moment d’entrer en scène »).

Les recommandations liées au retour des réfugiés syriens reposaient sous trois conditions : ce devrait être un retour volontaire, dans un environnement sûr et qui ne constituait pas une menace à la sécurité nationale.

Ces trois conditions peuvent-elles être remplies? Premièrement, le retour volontaire des réfugiés se complique lorsqu’ils bénéficient d’une aide financière substantielle dans le pays hôte (qui représente une fortune comparativement à ce qu’ils peuvent gagner chez eux). Deuxièmement, la guerre en Syrie n’est pas encore terminée, rendant ainsi impossible un retour en toute sécurité de l’ensemble des réfugiés. Troisièmement, la plupart des réfugiés à l’extérieur de la Syrie sont considérés comme hostiles par le gouvernement de Damas, qui craint donc leur retour malgré le programme de réconciliation en cours mis sur pied par Damas ces dernières années, qui invite tous les éléments antigouvernementaux à retourner chez eux sans craindre pour leur sécurité.

La communauté internationale se prépare en vue des prochaines élections présidentielles anticipées en Syrie, dont la supervision internationale exigée par l’entremise des Nations Unies se ferait non seulement en Syrie, mais aussi à l’extérieur de la Syrie, où des millions de réfugiés pourront démontrer qu’Assad n’a pas l’appui de millions de Syriens. Pour sa part, Damas est bien conscient de ces préparatifs et rejettera tout ce qu’il soupçonne de violer sa souveraineté. Le gouvernement syrien se méfie de la manipulation et de la corruption d’élections précédemment observées au Liban voisin, où l’Arabie saoudite a investi deux milliards de dollars pour obtenir quelques sièges supplémentaires au parlement libanais pour ses mandataires, le « mouvement Avenir » dirigé par Saad Hariri, le premier ministre national actuel qui possède la double nationalité. Damas ne va certainement pas perdre par la voie des urnes ce qu’il a gagné après plus de six ans de guerre, au moment même où les pays de la région ont déjà perdu les centaines de milliards de dollars qu’ils ont investis en armes et en aide financière pour renverser le régime syrien.

 

La bataille de Deir Ezzor

Par ailleurs, la course vers Deir Ezzor (au nord-est de la Syrie) à laquelle se livrent la Russie, les États-Unis et leurs alliés respectifs sur le terrain est maintenant bien engagée.

Des sources haut placées en Syrie croient que lorsque les forces armées des deux superpuissances arrivent dans un même territoire, il y a toujours un compromis. Les USA et la Russie tiennent compte des avantages mutuels de l’un et de l’autre et parviennent à un compromis au lieu de s’affronter, comme en fait foi l’accord conclu dans le sud syrien, au grand dam de leurs alliés respectifs. Mais Deir‑Ezzor est un cas spécial, pour les raisons suivantes :

1.Le pétrole et le gaz naturel découverts en 1930 pendant le mandat français constituent les actifs les plus importants de l’économie syrienne, ses réserves de pétrole étant estimées à 2,5 mille millions de barils et sa production totale à 400 000 barils par jour (b/j) (avant 2011). Quand Daech occupait une partie importante du pays, il contrôlait 80 % des gisements et produisait environ 65 000 b/j; Damas en contrôlait 8 % et produisait 10 000 b/j; et les Unités de protection du peuple kurdes (YPG) en contrôlaient 12 % et produisaient 25 000 b/j (soit 1 322 puits de pétrole – la plupart sont hors service aujourd’hui – connectés à la raffinerie de Homs et 25 puits de gaz). La Syrie a exporté une partie de sa production pétrolière, soit l’équivalent de 30 % (4,5 milliards de dollars) de ses recettes générales, même si de nombreux gisements pétroliers et gaziers sont encore inexploités.

La production pétrolière de la Syrie provient en majeure partie de la province de Deir Ezzor et de la Badia. À Deir Ezzor seulement, le gisement pétrolier le plus important de l’Euphrate est celui d’Omar, à 45 km au sud‑est de Deir Ezzor, découvert en 1987, dont la production s’élève à 80 000 b/j (en déclin à bien des égards en raison d’une gestion déficiente depuis des années). Les autres gisements pétroliers de la région, soit Tayyem, Ward, Maleh, Qahar, al-Qarrata, Derro, Sijan, Azraq, Tanak et Jafar (qui produit à lui seul 60 000 b/j), étaient tous sous le contrôle de Daech, ce qui a entraîné une réduction de la production pétrolière (due aux conditions des raffineries et de l’équipement désuets en place) d’environ 40 000 à 42 000 b/j provenant de Deir Ezzor seulement.

2.Depuis que Deir Ezzor est encerclé, l’armée syrienne, les forces de défense nationale et le Hezbollah sont présents dans la ville et la défendent contre les attaques de Daech.

 

Par conséquent, la course vers Deir Ezzor est à l’avantage de la Russie et de ses alliés, qui disposent de ressources humaines et de troupes, qui progressent sur trois fronts en direction de la ville encerclée, et qui ne sont qu’à quelques dizaines de kilomètres de son aéroport, qui sert de base à Daech. Pour leur part, les forces américaines ne disposent pas d’un nombre suffisant de mandataires sur le terrain et de ressources humaines pour étendre leur contrôle en direction de Deir Ezzor et de ses gisements pétroliers (l’objectif principal, car il s’agit davantage d’une course pour le pétrole que pour le territoire). Les Kurdes (qui combattent sous le commandement et les conseils des USA) ne voient aucune raison de subir des pertes en vie humaine dans une ville déjà occupée par l’armée syrienne, où les Kurdes ne forment pas la majorité, et qu’ils seront forcés de remettre à Damas et aux tribus arabes qui contrôlent la région par la suite.

L’occupation du nord-est de la Syrie par les USA fera long feu une fois Daech expulsé du secteur, faute d’excuse légitime. Le Département d’État des USA a affirmé que ses forces quitteraient le pays après la défaite de Daech. N’empêche que tous les spécialistes du terrorisme et du contre-terrorisme s’entendent pour dire que le terrorisme ne peut être défait, mais seulement contenu (et ses sources de financement taries), qu’il disposera toujours de cellules capables de frapper partout dans le monde, tant qu’il pourra recruter ou trouver des partisans prêts à se joindre à des groupes terroristes (les raisons pour ce faire ne manquent pas).

Dans l’intervalle, l’armée syrienne et ses alliés, avec l’appui des forces aériennes russes, progressent vers Deir Ezzor, dernier château fort de Daech, vers al‑Mayadin puis d’Abou-Kamal, et aussi vers al-Qaem, à la frontière syro-irakienne. Sous la pression irakienne et syrienne, les forces de Daech se replient dans le secteur, où ils livreront leur dernière bataille le long de l’Euphrate. La bataille ultime sera (inévitablement) coordonnée entre Damas, Bagdad et l’Iran, la Russie et les USA, afin d’empêcher Daech de traverser d’un côté ou de l’autre de la frontière quand il sera traqué, une fois privé de la dernière partie du territoire qu’il occupait des deux côtés (probablement à l’été 2018). Daech perd graduellement tout son territoire et en même temps tout espoir de former un « État ». Il perd aussi tout le soutien régional dont il disposait en 2014 et en 2015. Mais avant tout, le corps social qui l’a accueilli et protégé l’a laissé tomber, en raison de sa mauvaise gouvernance et du règne sanglant imposé à la population.

La chute de Saddam Hussein et l’occupation de l’Irak en 2003 ont fourni un soutien énorme à Daech (appelé au départ Ansar al-Islam, puis Al-Qaïda en Irak, pour ensuite prendre d’autres noms). Bon nombre de sunnites irakiens et syriens ont sympathisé avec cette idéologie extrémiste wahabo-takfiriste. Chose certaine, l’étude de ce phénomène va se poursuivre pendant des années, afin de mieux comprendre sa popularité, son succès et les raisons derrière son échec et sa chute.

Les guerres au Moyen-Orient arrivent à terme et en seront à leur dernier souffle cette année et pendant une partie de l’année qui vient. Cependant, toutes ces années de guerre ont donné naissance à de nombreux groupes terroristes qui se fondent graduellement dans la société ou qui prennent le maquis pour poursuivre leur lutte armée inutile, avec une absence totale d’objectif stratégique pouvant être atteint « un jour ». Les peuples du Moyen-Orient ne sont pas habitués à s’asseoir autour d’une table et à accepter leurs différences sans conspirer les uns contre les autres, sans utiliser le pouvoir de la finance pour soutenir les guerres, tuer les leurs, détruire leurs biens et même déplacer physiquement la nouvelle génération, elle-même élevée pour qu’elle commémore et même fasse revivre la mémoire de la guerre et de la destruction. Les superpuissances maintiendront donc leur contrôle sur les territoires, au‑dessus de la mêlée, en veillant à leurs propres intérêts au Moyen-Orient et en assurant leur domination sur la majorité de la population, qui ne semble apparemment pas encore assez mature pour se diriger elle-même et régler ses problèmes toute seule.

 

The biggest battle to remove Assad is under way from the refugee angle

The battle of Deir al-Zour: who will get there first?

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Key words: Syria, US, Russia, ISIS

By Elijah J. Magnier: @ejmalrai

The US and their regional and western allies who were heavily involved in fuelling the war in Syria have lost the battle to change the regime by military means. Nevertheless their attempts are not over: on the contrary, they are preparing for the biggest battle of all- to remove Syrian President Bashar al-Assad through the ballot and more specifically by using the votes of millions of refugees spread outside the country and away from the control of central government in Damascus.

According to the United Nations, there are around 6 million internally displaced refugees and 5.1 millions outside Syria (mainly in Turkey, Lebanon, Jordan and Iraq), plus around 1 million in Europe.

Nations hosting Syrian receive constant recommendations to keep these refugees where they are and prevent them from returning to Syria, and particularly to the areas liberated by the Syrian Army. Countries like Lebanon received serious warning that the return of Syrian refugees is a “red line” and cannot happen at any cost (apparently because “their role hasn’t come yet”.)

The recommendations for the return of Syrian refugees were set under three conditions: they should return voluntarily, in a safe environment and without national threat at home.

How can these three conditions be met? Firstly, no refugee would willingly return home when substantial financial help is offered in the host country (which represents a fortune in comparison to what they can earn back home). Secondly, the war in Syria hasn’t ended yet, making a safe return for all refugees impossible. Thirdly, most refugees outside Syria are considered hostile by the government in Damascus, therefore they fear for their return despite the ongoing reconciliation program established by Damascus in the last few years, calling for all anti-government elements to return home safely.

The international community is preparing for the forthcoming early presidential election in Syria, with international supervision requested through the United Nations in and particularly outside of Syria where millions of refugees are a way to show that Assad is not supported by millions of Syrians. Damascus, on the other hand, is aware of these preparations and will reject any hint of violation of its sovereignty. The Syrian government is wary of previously established experience in election manipulation and corruption in neighbouring Lebanon, when Saudi Arabia invested two billion dollars to gain a few extra seats at the Lebanese parliament for its proxy “the Future Movement” led by the current dual national Prime Minister Saad Hariri. Damascus will therefore certainly not give way in the ballot what is has won after more than six years of war, particularly since the countries of the region have already lost their investment of hundreds of billions of dollars in weapons and finance to bring about change in the Syrian regime.

 

The battle of Deir al-Zour:

On the other hand, the race towards the northern-eastern city of Deir al-Zour between Russia and the United States and their respective allies on the ground in Syria is now clearly under way.

High ranking sources in Syria believe that whenever the forces of the two superpower countries meet on one common territory, there is always a compromise: the US and Russia take into consideration each other’s mutual benefit and rather compromise instead of clashing, like the deal in south Syria that was concluded to the dislike of respective allies. But Deir al-Zour is a special case for the following reasons:

1.Oil and gas were discovered in 1930 during the French mandate and are the most important components of the Syrian economy with oil reserves of 2.5 thousand million barrels and a total production of 400.000 barrels per day (b/d) (prior 2011). When ISIS occupied a big part of the country, it has controlled 80% of the fields with a production of around 65.000 b/d while Damascus controlled 8% with 10.000 b/d and the YPG Kurds 12% with 25.000 b/d (with 1322 oil wells – most of these not working today – connected to Homs refinery and 25 gas wells). Syria exported part of its oil production accounting for 30% ($4.5billion) of its general revenues even though many oil and gas fields are not yet exploited.

Syria’s main oil production comes from eastern Deir al-Zour province and al-Badiya. In Deir al-Zour alone, the most important oil field in the Euphrates is the Omar field, 45 km southeast of Deir al-Zour, discovered in 1987, and producing 80.000 b/d (declining in several stages due to mismanagement over the years). Other oil fields in the same region, Tayyem, Ward, Maleh, Qahar, al-Qarrata, Derro, Sijan, Azraq, Tanak and Jafar (alone producing 60.000 b/d), all these were under ISIS control with reduced oil production (due to the condition of existing and primitive equipment and refineries) of around 40000-42000 b/d from Deir al-Zour only.

2.Since Deir al-Zour was surrounded, the Syrian Army, the National Defence forces and Hezbollah are present in the city and defending it against ISIS attacks.

Therefore the race towards Deir Al-Zour is to Russia and its allies’ advantage because it has human resources and troops, advancing from three fronts towards the surrounded city and is a few dozen kilometres away from its airport where ISIS is based, while the US forces are lacking sufficient proxies on the ground and human power to expand their control towards Deir al-Zour and its oil fields (the primary target because it is a race for oil rather than territory). The Kurds (fighting under US command and guidance) see no reason to invest casualties in a city already occupied by the Syrian Army and its allies, having no Kurdish majority in it, and forced later to deliver it to Damascus and to the Arab tribes controlling the region.

The US occupation of the north-eastern Syria can’t last for long after expelling ISIS from the area for lack of legal excuses. The US State Department said its forces wouldn’t stay in the country after defeating ISIS. Nevertheless, all terrorism and counter terrorism researchers agree that terrorism can’t be defeated but only contained, (and its finances dried up,) and it will always keep cells capable of hitting anywhere in the world as long as it can recruit or find followers ready to join terrorist groups- those reasons are not lacking.

Meanwhile, the Syrian Army and its allies, supported by the Russian Air Force, are advancing towards Deir al-Zour where the last ISIS stronghold began, down to al-Mayadeen to reach albu-Kamal, and also towards al-Qaem, the Syrian-Iraqi borders. ISIS forces under pressure from Iraq and Syria are gathering in the area, where it will offer its last battle on the Euphrates. The last battle will (inevitably) be coordinated between Damascus, Baghdad and Iran, Russia and the US to prevent ISIS from crossing the borders on one side or the other when hunted down, when it will be deprived of the last piece of territory on both sides of the border (expected in the Summer 2018). ISIS is gradually losing all territory and with it, its strategy to form a “state”. It is also losing all the regional support it enjoyed in 2014 and 2015, and, above all, the society that held it and protected it is giving up on ISIS, following the bad governance and bloody rule inflicted on the population.

The fall of Saddam Hussein and the occupation of Iraq in 2003 gave great support to ISIS (called at the start Ansar al-Islam, then Al-Qaida in Iraq and other names later). Many Sunni in Iraq and Syria followed on with this extremist takfiri and Wahabi-originated ideology. Nevertheless, the study of this phenomenon will continue for years to come, in order to understand its popularity, its success and the reasons behind its failure and collapse.

Wars in the Middle East are coming to an end and is exhaling its last breath this year and part of the following year. However, throughout the years of war, it gave birth to many terrorist groups that are gradually melting today within the society or going underground to continue their useless armed struggle with a total absence of any strategic objective that could ever be reached “one day”. Middle Eastern people are not used to sitting around a table, accepting one another’s differences without conspiring one against another, and without using the power of finance to support wars, kill their own people, destroy their belongings and even physically displace the next generation, itself raised to hold and even relive the memory of war and destruction. But the superpowers will remain in control of territories, above the ground, looking after their own interest in the Middle East and ruling most of the population that is still apparently immature to rule itself and solve its own problems among themselves.

 

Trump châtie l’Iran pour sa victoire en Syrie et en Irak et Rohani rétorque

La position de Washington à l’égard de Téhéran divise le camp européo-américain.

Trump met en péril l’accord sur le nucléaire iranien et transforme Rohani en « faucon ».

Publié ici : alrai.li/jyfjnf5  via @AlraiMediaGroup

Mots-clés : UE, Iran, USA, Syrie, Irakq, Russie.

Par Elijah J. Magnier : @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Les États-Unis ont avalé de travers la victoire de la République islamique d’Iran, qui occupe une position dominante sur l’échiquier syrien et irakien, où la guerre est sur le point de se terminer, plus tôt que tard. Aujourd’hui sur ces fronts militaires, il n’y a plus rien à l’horizon pour les groupes extrémistes. La défaite de « l’État islamique » (Daech), dont le territoire est réduit à moins du quart de ce qu’il était en 2014, en est la preuve éloquente. Qui plus est, Al-Qaeda en Syrie (front Nosra ou Hay’at Tahrir al-Sham) se prépare en vue des choix limités qui lui restent à Idlib quant à son destin : se dissoudre, accepter la domination absolue de la Turquie, ou se battre jusqu’à la mort.

Plus personne ne parle du départ du président syrien Bachar al-Assad ou de changement de régime en Syrie. Tous les acteurs (dans la région ainsi que dans l’UE et aux USA) se sont inclinés devant la domination presque totale de la Russie au Levant et la victoire du gouvernement irakien contre Daech. Le « projet » de morceler la Mésopotamie s’est retrouvé dans les poubelles de l’histoire. Même les Kurdes du Kurdistan songent sérieusement à reporter ou à geler le « référendum sur l’indépendance » prévu le 25 septembre. Sinon, Erbil sait déjà qu’il est le seul à appuyer ce projet qui arrive à un bien mauvais moment.

Ainsi, la victoire des gouvernements de Bagdad et de Damas, alliés de la Russie et de l’Iran, la défaite du projet daesho-takfiri et la capacité et le savoir-faire grandissants du Hezbollah en Syrie et sur plus d’un front au Moyen-Orient (Irak et Yémen) font de l’Iran un vainqueur incontestable. Son énorme investissement financier en Syrie a servi principalement à soutenir la campagne militaire, ainsi que l’armée et les institutions syriennes. Téhéran ne peut dorénavant plus être tenu à l’écart des pourparlers de négociation – la carte de tout le Moyen-Orient en est l’illustration éloquente.

Cependant, malgré l’occupation américaine d’une position géographique au nord-est de la Syrie (provinces d’Hassaké et de Raqqa) et l’absence d’horizon stratégique pour leur présence militaire auprès des forces formées de Kurdes syriens et de quelques tribus locales, ce qui ressort de la situation actuelle, c’est une décote considérable des USA et de leurs alliés au Moyen-Orient, qui ont investi massivement pour faire tomber le gouvernement syrien.

Il est par conséquent devenu nécessaire d’inverser la vapeur et de discréditer l’Iran en lui imposant encore plus de sanctions, en s’opposant à l’accord sur le nucléaire iranien (y compris aux alliés des USA sur le vieux continent) et en accusant Téhéran de « ne pas respecter l’esprit de l’accord sur le nucléaire », afin de « justifier » l’imposition de nouvelles sanctions économiques à divers titres et sous différents prétextes dans les prochains mois.

L’Europe n’acceptera toutefois pas cela, ni rester les bras croisés, d’autant plus que son économie, qui subit une forte pression, souffrirait énormément si de nouvelles sanctions étaient imposées à l’Iran. L’Europe lorgne le marché iranien (en particulier les projets dans les secteurs des produits pétroliers, de l’aviation, de la technologie, de la pétrochimie, de l’automobile et d’autres secteurs industriels), qui suscite de grands espoirs de stimuler l’économie de l’UE. La France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont signé l’accord sur le nucléaire et assurent une surveillance et un contrôle de l’engagement iranien qui les satisfont. L’Europe ne voit pas l’utilité de nouvelles pénalités américaines, qui visent directement ou indirectement à faire dérailler l’accord en imposant des sanctions financières et bancaires limitant la coopération de l’Iran sur le plan économique et avec les banques étrangères.

Tout cela a amené le président Hassan Rohani, considéré comme le dirigeant des « colombes » iraniennes, qui ont maille à partir avec les partisans de la ligne dure depuis des années, à défendre son accord avec les USA, puis à menacer d’y mettre un terme et de reprendre l’activité nucléaire militaire en l’espace de « quelques heures », si l’esprit de l’accord n’est plus respecté et qu’il n’y a plus de gains économiques et financiers à en tirer. Trump a réussi là où le camp du guide spirituel, l’ayatollah Ali Khamenei, avait échoué, à savoir transformer le président iranien Rohani en faucon en ce qui concerne les USA. Rohani comprend dorénavant l’attitude ultra prudente de Sayed Ali Khamenei et son manque de confiance total, en lui accordant le mérite d’avoir toujours dit de ne « jamais faire confiance à l’administration américaine, quelle qu’elle soit ».

Sayed Ali Khamenei a déjà dit à ses visiteurs (en privé, loin des médias) que « les États-Unis sont malhonnêtes, ils veulent prendre sans rien donner ou échanger : si vous leur donnez un doigt, ils demanderont la main au complet; si vous acceptez de la donner, ce sera au tour du bras, puis de tout le corps si vous consentez. Une fois que vous aurez satisfait à toutes leurs exigences, ils s’en prendront à vous parce qu’ils ne sont pas fiables et ne le seront jamais ».

Le président Rohani avait pourtant réussi à convaincre Sayed Ali Khamenei de tenter un nouvel essai, à la réception d’une lettre provenant des USA par l’entremise d’Oman pendant la présidence d’Ahmadinejad, qui révélait que l’administration américaine cherchait vraiment à négocier un accord sur le nucléaire. Khamenei a autorisé les premières prises de contact qui ont ensuite été interrompues, pour reprendre seulement sous l’administration Obama, à condition qu’aucun autre dossier que celui du nucléaire ne soit abordé. Ce que le président Barack Obama a qualifié « d’accord historique » a été vivement critiqué par le président Donald Trump pendant sa campagne électorale et tout de suite après son entrée en fonction comme président des USA.

N’empêche qu’il y a une division nette entre les positions américaines et européennes en ce qui concerne l’accord sur le nucléaire iranien. Cette divergence découle de deux principes :

Premièrement, l’Europe adhère à un principe de droit sans contournement illicite. Les pays européens ont signé l’accord sur le nucléaire une fois rassurés que l’Iran allait réduire sa production, suivre les modalités de l’accord à la lettre et recevoir les rapports de l’équipe d’inspection de l’ONU à la suite de visites répétées de tous les emplacements mentionnés dans l’accord. Voilà pourquoi l’Europe n’aime pas tellement la manœuvre américaine consistant à évoquer « l’esprit de l’accord » sans preuve concrète ou explications précises. Cependant, la CIA est bien capable de forger des éléments de preuve à l’intention du Congrès des USA en octobre prochain, au moment du vote d’une deuxième série de sanctions contre l’Iran. La fabrication d’un dossier similaire à celui des « armes de destructions massives » utilisé pour justifier l’invasion de l’Irak pourrait être le prétexte tout désigné pour amener Trump à faire dérailler l’accord et à imposer de nouvelles sanctions contre l’Iran.

Deuxièmement, l’Europe est consciente que la raison principale de la ligne dure de Trump concernant l’entente sur le nucléaire est liée à la finance et à la sécurité. Sur le plan financier, l’administration américaine ne veut pas libérer les actifs iraniens. Si elle le fait, Téhéran se tournera vers des entreprises européennes, russes et asiatiques plutôt qu’américaines pour dépenser son argent. Trump s’oppose donc à l’Europe en ce qui a trait aux contrats iraniens à venir et le continent européen est bien au fait des manœuvres et des intentions américaines. Le président des USA se sert aussi de l’Iran pour faire chanter les pays du Moyen-Orient (principalement l’Arabie saoudite et le Bahreïn), afin de les forcer à lui verser de l’argent sous le prétexte que son pays se tient en première ligne devant l’Iran, « leur ennemi juré ».

Sur le plan de la sécurité, le président des USA veut défendre Israël et protéger ses intérêts en imposant des sanctions à l’Iran, qui a renforcé sa position à la frontière d’Israël en Syrie et au Liban, par l’entremise de ses alliés (le Hezbollah et les groupes de la résistance syrienne nouvellement créés). Par conséquent, cette « victoire iranienne » ne peut être célébrée par Téhéran sans que des sanctions américaines ramènent la confrontation diplomatique et économique au premier plan et viennent troubler la fête en Syrie. Les Européens refusent d’entrer dans le jeu de Trump qui nuit à leurs intérêts, d’autant plus que l’Iran n’a pas violé l’accord sur le nucléaire et que son programme de missiles balistiques n’a jamais fait partie de l’accord sur le nucléaire conclu avec les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, plus l’Allemagne.

Des sources officielles m’ont révélé que « Téhéran ne mettrait pas fin à l’accord, à moins que les sanctions américaines n’atteignent un niveau dangereux, à un point tel qu’il perdrait sa raison-d’être, sa substance et ses avantages ». Mais un retrait iranien est dorénavant une possibilité et la menace du président Rohani, loin d’être une manœuvre, est un avertissement sérieux, d’autant plus que l’équipe qui entoure Trump est généralement hostile à l’Iran et capable de convaincre ce président des USA néophyte de n’importe quoi.

La déclaration de Rohani fixe de « nouvelles règles d’engagement » et rejoint la position européenne, à savoir que les décisions des États-Unis font fi des frontières et ne tiennent pas compte des intérêts de toutes les parties qui ont accepté et signé l’accord sur le nucléaire. L’Europe considère que l’hostilité des USA envers Téhéran était prévisible et que les sanctions de Trump imposées contre 18 personnes et entités constituent une violation flagrante de l’accord.

De toute évidence, l’Iran a troublé le « club des puissances spatiales » en lançant un satellite dans l’espace et en mettant à l’essai des missiles intercontinentaux. Il s’agit cependant de mesures défensives, l’Iran n’ayant pas attaqué de pays du Moyen-Orient depuis l’établissement de la République islamique en 1979, et ce, malgré les dizaines de milliards insufflés dans les budgets consacrés à l’armement au Moyen-Orient en réponse à la « menace iranienne » que les Américains ont laissé planer parmi leurs alliés des pays arabes et du Golfe. L’annonce par Téhéran d’un budget de 500 millions de dollars consacré au programme de missiles de la Garde révolutionnaire voulait démontrer au reste du monde que l’Iran n’est pas faible, et que si on l’attaquait directement, le monde arabe et les États-Unis en paieraient le prix.

Il est évident que ce que l’ONU considérait comme l’une des plus grandes réalisations de son histoire pourrait devenir cliniquement mort au cours des prochains mois si Trump continue d’ajouter des sanctions. Il est tout aussi clair que le dossier nucléaire sera le premier clou dans le cercueil des relations américano-européennes depuis la Deuxième Guerre mondiale, car l’Europe ne se considère pas responsable du projet de loi et de la position unilatérale des Américains, qui violent un accord respecté par tous, à l’exception de Trump et de son administration.

Il est tout naturel que les USA ne puissent accepter leur défaite au Levant et en Mésopotamie à l’avantage de l’Iran. Il est tout aussi inévitable que l’administration américaine s’organisera pour que les choses se détériorent graduellement.

Les sanctions ne visent pas seulement l’Iran, mais aussi Moscou, notamment son oléoduc qui alimente l’Europe, car les mesures américaines vont aussi frapper toute société européenne faisant affaire avec la Russie. L’oléoduc vers l’Europe est l’une des raisons pour lesquelles le Kremlin s’est engagé militairement en Syrie et est intervenu en Ukraine, car l’économie russe en dépend (à 70 %). Si les USA imposent de nouvelles sanctions en octobre, elles frapperont la Russie et l’Iran, deux alliés en Syrie que la politique de Trump a poussés dans les bras l’un de l’autre. Ainsi, malgré la fin prochaine de la guerre en Syrie, ses conséquences se font encore sentir dans le monde et il en sera ainsi pour bien des années encore.