Les Kurdes d’Irak et de Syrie : cheval de Troie pour diviser le Moyen-Orient

 

 

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Mots clé: Kurdes, Rojava, Kurdistan, Masoud Barzani, Irak, Syrie, Iran, Turkey, US, Russie, Arabie Saudite.

Titres:

Les Kurdes d’Irak et de Syrie servent de cheval de Troie dans le but de diviser le Moyen-Orient.

L’Iran, la Syrie et l’Irak croient que les USA et Israël s’organisent pour tirer parti des Kurdes en Syrie et en Irak.

Les pays de la région croient qu’il est prématuré de déclarer l’indépendance du Kurdistan, qui ne fera qu’accroître leurs graves difficultés.

Téhéran, Bagdad et Damas croient à tort que la stratégie des USA en Syrie et en Irak n’est pas claire.

Pour bien des raisons, les USA ont intérêt à déstabiliser Ankara, même si la Turquie est membre de l’OTAN.

Erdogan est considéré comme « hors de l’orbite des USA » depuis le coup d’État avorté et l’appui des USA à un Rojava indépendant.

La Turquie ne combattra pas les YPG qui sont sous la protection des USA, mais luttera contre les Kurdes à Afrin (de l’autre côté du Rojava).

Les USA appuient les Kurdes en Syrie et en Irak simultanément, pour voir qui créera un État en premier.

Le plan des USA de créer un État kurde en Irak et en Syrie ouvre la voie à la création d’un État sunnite en Irak, pays perçu comme un gouvernorat iranien.

Massoud exclut une proclamation immédiate d’indépendance et voit les choses comme le début d’un long dialogue pacifique avec Bagdad.

Les Kurdes ne survivront pas dans un État pouvant être encerclé par voie terrestre ou aérienne, qui n’a pas non plus d’accès direct à la mer.

Barzani a soutenu Bachar al-Assad pendant de nombreuses années, en envoyant hommes et armes en renfort à l’armée syrienne.

Les problèmes entre Damas et les Kurdes ont commencé quand les Américains ont débarqué au nord-est de la Syrie.

L’intervention des USA a amené les alliés de Moscou à s’éloigner de leur rôle de protecteurs des Kurdes, en laissant la Turquie attaquer Afrin.

Des responsables irakiens voient le référendum de Massoud comme une invitation aux sunnites et aux chiites radicaux à exiger leur propre État.

Massoud Barzani doit bien préparer le terrain avant de se lancer dans l’aventure d’un Kurdistan indépendant.

Elijah J. Magnier – @ejmalrai

Le dirigeant du Kurdistan irakien, le président Massoud Barzani, a annoncé la tenue d’un (second) référendum général sur l’indépendance, le 25 septembre de l’année en cours. Il est déterminé à concrétiser le rêve d’établir un État kurde au Moyen-Orient.

Cette annonce coïncide avec le soutien accordé par l’administration des USA aux Kurdes syriens dans les provinces de Hassaké, Raqqa et Deir ez‑Zor, au nord de la Syrie. L’objectif est de créer une autre fédération formée de Kurdes, qui pourront suivre la voie tracée par leurs « frères » irakiens et même les devancer.

Ce qui se passe en Irak et en Syrie en ce qui a trait aux Kurdes est lié, sans considération des frontières. N’empêche que les gouvernements des pays de la région directement concernés (Ankara, Téhéran, Bagdad et Damas) croient que les USA comptent remodeler la région et former un « nouveau Moyen-Orient » s’inspirant du modèle que Condoleeza Rice, l’ex-secrétaire d’État des USA sous le président George Bush, cherchait à promouvoir.

Les pays voisins des Kurdes vont-ils laisser les USA diviser le Moyen-Orient en tirant parti des 22 à 25 millions de Kurdes enthousiastes et dévoués qui rêvent d’avoir leur propre État?

Les Kurdes du Moyen-Orient constituent le plus grand groupe ethnique n’ayant pas eu d’État jusqu’à maintenant dans le monde. Ils sont répartis principalement en Irak, en Iran, en Turquie, en Syrie, en Azerbaïdjan, en Arménie et au Liban. Leur présence est moins forte ailleurs dans le monde. La création d’un État kurde en Irak et en Syrie ne repose certainement pas sur la bénédiction ou la stratégie des USA, mais bien sur le bon vouloir de la Turquie, de l’Irak, de l’Iran et de la Syrie.

Malheureusement pour les Kurdes, ces pays peuvent et vont surmonter leurs divergences et leurs objectifs contradictoires à propos de la Syrie, en s’unissant pour empêcher avant tout la création de cet État kurde. En fait, peu après que Massoud Barzani eut annoncé son intention de tenir un référendum général sur l’indépendance, des sources bien informées m’ont dit que des agents des services du renseignement et de la sécurité iraniens, turcs et syriens ont tenu une réunion au plus haut niveau pour discuter des « conséquences désastreuses » possibles d’un État kurde indépendant dans leurs pays respectifs et de ses effets au Moyen-Orient. Ces agents croient que les USA profitent du rêve kurde d’avoir un État pour mieux diviser le Moyen-Orient et voir comment les autres pays réagiront.

Du point de vue kurde, ce rêve est légitime. Les Kurdes ont le droit d’avoir leur propre État. Mais les pays de la région sont d’avis qu’il est prématuré de franchir ce pas, qui ne fera qu’augmenter les problèmes des Kurdes. Il devient donc essentiel d’enterrer ce « projet américain » le plus vite possible et de le repousser dans le temps, soit après la fin des guerres en Syrie et en Irak.

Des pays comme l’Iran, la Syrie et l’Irak croient que les USA et Israël sont derrière ce plan, qu’ils tirent parti de l’aspect émotif rattaché à l’idée de posséder un État pour les Kurdes, en ayant comme objectif la partition du Moyen-Orient. La domination de « l’axe de la résistance » s’exercerait ainsi sur des États faibles et divisés. Gardons toutefois à l’esprit que les plans visant à renverser le président syrien Bachar al-Assad (après six ans de guerre), à établir un califat gouverné par Daech et à faire en sorte que les conséquences naturelles de la guerre en Irak mènent à la création d’un autre Sunnistan ont tous échoué jusqu’à maintenant.

La Turquie est convaincue aussi que les USA ne voient pas d’un mauvais œil l’affaiblissement de la position du président Erdogan, pour le punir du rôle croissant qu’il exerce au Moyen-Orient, de sa participation directe en Syrie et de son opposition à la création d’un État kurde en Syrie (où les USA cherchent à construire une base militaire qui remplacerait Incirlik en temps et lieu). La Turquie considère que les USA encouragent la création d’un État kurde à la frontière turque dirigé par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), son ennemi juré. Il ne fait aucun doute que les Kurdes syriens vont probablement suivre la voie tracée par les Kurdes irakiens : les USA sont déjà en train de construire plusieurs bases et aéroports militaires au nord-est de la Syrie, avec l’intention d’occuper des parties du pays et de maintenir une présence américaine à long terme.

Des hauts responsables à qui j’ai parlé à Téhéran, Bagdad et Damas trouvent que la stratégie des USA en Syrie et en Irak n’est pas claire. Indépendamment de cette évaluation inexacte et en observant les événements qui se succèdent, l’administration américaine semble en fait avoir pas mal confiance en sa stratégie en Irak et en Syrie. Les forces d’occupation illégale des USA ont soutenu une attaque majeure dans le Badia (une zone semi-désertique de la Syrie riche en pétrole et en gaz naturel) par des groupes « modérés » syriens, de façon à étendre leur domination sur la steppe syrienne liée à la province d’Anbar (sunnite) en Irak et au désert jordano-saoudien. Elles ont occupé al-Tanaf et tenté d’exercer une pression énorme sur Bagdad (en vain) pour empêcher les Forces de mobilisation populaire (FMP) d’atteindre la frontière avec la Syrie. Elles ont attaqué Raqqa avec l’aide de leurs mandataires kurdes et sont sur le point de libérer cette ville de Daech. Enfin, elles ont préservé l’accès aux champs pétrolifères et aux barrages de la région rurale de Raqqa, afin de s’assurer qu’un futur « État » kurde syrien (ou fédération) puisse survivre indépendamment de Damas. Puis, comme si cela ne suffisait pas, elles fourbissent leurs mandataires kurdes en armes mortelles et en artillerie lourde. Tout amène à conclure que les USA cherchent à voir simultanément qui d’entre les Kurdes de Syrie et d’Irak parviendront en premier à se doter d’un État et à l’imposer aux gouvernements centraux comme un fait accompli, en sachant fort bien que cette politique encouragera les Kurdes d’ailleurs (Iran et Turquie) à suivre la même voie menant à l’indépendance.

Les USA ne se soucient pas de la réaction d’Erdogan et du gouvernement turc à leur plan en faveur d’un État kurde en Syrie et en Irak, car c’est dans leur intérêt de déstabiliser Ankara (pour un certain nombre de raisons), même si la Turquie est membre de l’OTAN. Aux yeux des Américains, Erdogan est considéré comme « hors du contrôle et de l’orbite des USA » depuis l’échec du coup d’État contre lui. La promotion des Kurdes syriens par les USA et leur soutien à un État indépendant éventuel le long de la frontière turco-syrienne le confirment. Le premier ministre turc et son ministre des Affaires étrangères ont déjà qualifié un éventuel Kurdistan d’« erreur irresponsable et grave ». La Turquie ne livrera pas bataille contre les Unités de protection du peuple kurde (YPG) pour le moment, parce que leurs combattants sont sous la protection des USA, mais elle va sûrement s’en prendre aux Kurdes à Afrin, à l’autre bout du Rojava.

L’Iran aussi, par l’entremise de son guide suprême Sayed Ali Khamenei, a précisé clairement qu’il ne tolérerait pas la présence d’un État kurde le long de sa frontière avec l’Irak. Cette position claire, manifeste et ferme envers les Kurdes n’est pas tant l’expression d’une animosité contre le peuple kurde. Elle est davantage due au fait que ce sont les USA qui ont choisi le moment et la stratégie pour mettre de l’avant le « projet d’indépendance », alors que la partition du Moyen-Orient demeure une possibilité très envisageable et à la suite de l’échec de Daech de parvenir à diviser le Levant et la Mésopotamie.

C’est ce qui explique pourquoi Erdogan a avancé ses forces combattantes de Jarablus à al-Bab, en faisant fi de la présence américaine, et a divisé le Rojava en deux parties. C’est aussi la raison pour laquelle l’Iran a avancé ses forces combattantes dans la Badia au nord-est d’al-Tanaf, bloquant ainsi la route aux USA dans cette direction, tout en progressant vers le sud-est, récupérant ainsi plus de 30 000 km2 dans la Badia, afin d’empêcher les USA et leurs mandataires d’étendre leur contrôle dans ce secteur. Pour Téhéran, Damas et Ankara, le plan des USA est de créer un État kurde en Irak et en Syrie et d’ouvrir la voie à la création d’un État sunnite en Irak, pays qu’ils considèrent comme un gouvernorat iranien. Si le « soulèvement sunnite » a échoué en Syrie, c’est parce que le pays compte plus de 70 % de sunnites qui contrôlent l’économie, tandis que les alawites en détiennent le commandement militaire.

Aux dires de certains décideurs dans la région, les Kurdes risquent de commettre une erreur monumentale en se mettant à dos les pays limitrophes, car un État pouvant être attaqué ou encerclé par voie terrestre ou aérienne, qui n’a pas non plus d’accès direct à la mer, ne peut survivre sans coopération.

Massoud Barzani croit bien sûr que le moment est parfait pour tenir son « référendum contraignant » (qui devrait sans doute donner plus de 90 % de votes en faveur d’un État indépendant) le 25 septembre. Il croit aussi que la population kurde accepte les risques liés à une telle décision. Massoud exclut une proclamation immédiate d’un État kurde indépendant, mais voit les choses comme le début d’un long dialogue et processus de négociation pacifique avec Bagdad pour répondre au souhait de la population kurde. Selon des sources haut placées au Kurdistan, Massoud ne veut pas encourager les Kurdes d’autres pays de lui emboîter le pas, car le programme et l’idéologie des Kurdes en Irak diffèrent de ceux des Kurdes de Syrie, de Turquie et d’Iran. Mais peu importe ce que le dirigeant kurde croit et dit, il n’existe pas de garantie ou de processus prévoyant accorder l’indépendance à une nation kurde dans un pays donné, mais pas aux autres. En réalité, Barzani ne peut garantir quelle sera la réaction des mêmes Kurdes irakiens à plus long terme, même si pour le moment ils se déclarent ouvertement en faveur de ses décisions. Mais derrière des portes closes, bien des Kurdes anti-Barzani expriment leur désaccord avec le référendum en ce moment critique au Moyen-Orient.

Bien des gens ignorent le fait que les Kurdes d’Irak et de Syrie n’ont pas adopté une position neutre dans les guerres en cours dans ces pays. Massoud Barzani a apporté un soutien militaire substantiel à Bachar al-Assad pendant de nombreuses années, en envoyant hommes et armes en renfort à l’armée syrienne. De plus, les Kurdes syriens ont accordé le même soutien aux villes syriennes bordant Afrin lorsqu’elles ont été assiégées par Al-Qaïda et ses alliés. Damas croit que les Kurdes doivent leur sécurité et leur bien-être à leurs voisins arabes et musulmans. Ce n’est certes pas en favorisant la partition du pays dans lequel ils vivent et en suivant la politique américaine qu’ils aideront leur cause. En fait, les problèmes entre Damas et Hassaké ont commencé quand les Américains ont débarqué au nord-est de la Syrie. C’est ainsi qu’à la suite de l’intervention illégale des USA en Syrie, Salih Muslim, président du Parti de l’union démocratique kurde (PYD), s’en est pris à l’Iran et a louangé le rôle de l’Arabie saoudite dans la région. Les USA prétendent combattre Daech, mais ont frappé aussi l’armée syrienne et ses alliés à maintes reprises. La relation entre les Kurdes syriens et Damas n’est toutefois pas parvenue à une impasse encore.

L’intervention américaine et l’attitude hostile des Kurdes à l’endroit des alliés syriens ont amené Damas, Moscou et l’Iran à s’éloigner de leur rôle de protecteurs des Kurdes (Moscou et l’armée syrienne avaient créé à l’origine une ligne de démarcation autour de Manbij pour soutenir à leur tour les Kurdes, les protéger et empêcher les Turcs de prendre la ville que les Kurdes avaient libérée de Daech). L’attitude des Kurdes a amené la Turquie à attaquer Afrin et ils ont perdu la « protection » dont ils jouissaient, ce qui a nui au plan américain d’occuper des parties de la Syrie et de diviser le pays.

On a observé de sérieuses contradictions ces dernières années dans la dynamique entourant la Turquie et les Kurdes, tant en Syrie qu’en Irak :

-La Turquie a permis aux Peshmergas de prêter main-forte à ses ennemis, les Kurdes syriens du YPG, à Kobané (ou Ain al-Arab ), quand Daech était sur le point de prendre possession de la ville. C’est cette même Turquie qui devra maintenant travailler fort pour empêcher que le Kurdistan ne déclare son indépendance en Irak, et qui fera tout ce qu’elle peut pour éviter que les Kurdes en Syrie ne créent leur État, le Rojava. Elle n’hésitera sûrement pas à frapper ceux qui sont devenus les mandataires des USA dans le Bilad al-Cham (les Forces démocratiques syriennes).

-En 2014, Massoud Barzani a fait l’éloge de Daech, en disant qu’il menait une « révolution des tribus », car il croyait que le groupe terroriste constituerait un Sunnistan, qui ouvrirait la porte à la création d’un Kurdistan indépendant dans un Irak divisé en trois États. Massoud a tôt fait de réaliser que le groupe extrémiste lorgnait Kirkouk, riche en pétrole. Il a attaqué Erbil et comptait réduire les Kurdes en esclavage. C’est à ce moment qu’il a changé sa position envers Daech, en joignant Bagdad dans sa lutte contre le terrorisme et en combattant aux côtés de l’armée irakienne pendant trois ans pour protéger l’unité de l’Irak. Aujourd’hui, le dirigeant kurde veut déclarer l’indépendance du Kurdistan à la suite du référendum qu’il compte tenir. Mais il ne devrait pas s’attendre à ce que la Turquie et l’Iran appuient son projet d’indépendance, qui ne manquera pas d’occasionner des troubles internes dans ces pays où vivent des millions de Kurdes qui revendiquent tous leur indépendance.

-L’Iran a soutenu les Kurdes en leur procurant des armes pour protéger leur fédération autonome en 2014, lorsque les Peshmergas ne disposaient que de vieux AK-47 et de quelques mortiers pour se défendre contre Daech, après la chute de Mossoul. Comme les USA repoussaient leur soutien militaire et la guerre contre le terrorisme en Irak, un lien solide s’est tissé entre Massoud Barzani et Téhéran (principalement avec Qassem Soleimani, le commandant des Forces al-Qods, les forces spéciales des Gardiens de la révolution islamique). En échange, les Peshmergas ont établi un couloir d’approvisionnement entre le Kurdistan et l’armée syrienne, alliée de Téhéran. C’est ce même Iran qui devra maintenant faire de son mieux pour empêcher la naissance d’un État indépendant au Kurdistan. L’Iran se joindra à la Turquie pour que pareille partition ne se réalise pas.

Les Kurdes irakiens sont en désaccord avec le PKK à Sinjar, qu’ils ont même combattu à quelques reprises. Ils ne s’entendent pas bien avec les YPG et le PKK en général, car leurs idéologies et leurs objectifs diffèrent. Mais lorsqu’il s’agit de lutter contre un danger, tous les Kurdes s’unissent et forment une seule identité nationale et ethnicité. Voilà pourquoi les pays du Moyen-Orient où vivent des Kurdes sont convaincus qu’une déclaration d’indépendance des Kurdes dans un pays fera boule de neige dans tous les autres pays. C’est principalement pour cette raison que bien des pays du Moyen-Orient vont faire tout en leur pouvoir pour empêcher leur indépendance.

Bagdad considère le Kurdistan comme une fédération autonome protégée par la constitution. Les responsables à Bagdad reconnaissent ne pas avoir fait appliquer la constitution. Ils n’ont pas réglé le problème des zones contestées ni rempli leurs engagements envers Erbil. Les responsables irakiens ne voient aucun intérêt à donner suite à un référendum sur l’indépendance du Kurdistan, car cela amènera les sunnites à vouloir leur État indépendant aussi, tout comme les chiites radicaux. L’idée pourrait se propager aussi parmi les chiites dans d’autres parties du Moyen-Orient.

L’on s’attend aussi à ce que Bagdad cesse toute forme de collaboration avec le Kurdistan si Massoud proclame un État indépendant. Les Kurdes qui relèvent du gouvernement central sont confrontés à un avenir incertain, même si la plupart des politiciens chiites au pouvoir ont des origines kurdes. Aucun nouveau soutien financier ne sera accordé et le gouvernement central à Bagdad pourrait empêcher tout avion de parvenir au Kurdistan, un État entouré de terre sans accès à la mer. Une guerre silencieuse sera livrée contre le Kurdistan, pendant que se poursuivra la vraie guerre livrée contre Daech. Il se pourrait même que les FMP empêchent les Peshmergas de récupérer les zones contestées, ce qui laissera à Erbil un État où régnera une insécurité persistante.

Les pays du Golfe soutiendront assurément une partition de l’Irak et de la Syrie, car cela leur donnerait ce qu’ils ont perdu dans le Bilad al-Cham et en Mésopotamie après de nombreuses années de guerre. L’Arabie saoudite n’est pas parvenue à diviser l’Irak en créant un État sunnite et a échoué dans sa tentative de renverser Bachar al-Assad en permettant à des extrémistes sunnites de prendre les commandes du pays.

Si les Kurdes déclarent leur indépendance, le Kurdistan devrait subir les effets d’une récession grave, mais des pays de la région, en premier lieu l’Arabie saoudite, seront heureux d’aider les Kurdes en les attirant dans leur orbite. Salih Muslim s’est d’ailleurs déjà engagé dans cette voie. Nous devrions bientôt entendre Barzani faire l’éloge de l’Arabie saoudite.

Massoud Barzani doit bien préparer le terrain avant de se lancer dans l’aventure du Kurdistan indépendant. Il envoie des émissaires à Bagdad, Téhéran, Ankara et au Conseil de coopération du Golfe (CCG) pour savoir ce qu’on pense de son projet d’indépendance. Il affirme aussi que la tenue du référendum ne signifie pas une déclaration d’indépendance immédiate : ce n’est qu’une question de temps. Sauf qu’une telle déclaration à un moment dangereusement prématuré pourrait empêcher la nouvelle génération de Kurdes de réaliser son rêve d’obtenir un État.

L’Arabie saoudite, Israël et les USA ne peuvent à eux seuls assurer la sécurité et la protection d’un État kurde prospère et pacifique, car le moment choisi – étonnamment perçu par Barzani comme idéal – ne pourrait être pire. La situation demeure tellement explosive que le moindre mouvement risque de tourner au drame et de remodeler tout le Moyen-Orient. Ce qu’il y a de commun entre le référendum du 25 septembre 2017 et le référendum de 2005, c’est que les deux devraient rester dans le fond d’un tiroir.

Traduction : Daniel G.

 

 

2 thoughts on “Les Kurdes d’Irak et de Syrie : cheval de Troie pour diviser le Moyen-Orient

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