Les perdants et les gagnants en Syrie

 

Mots clés : EI, Daech, Al-Qaïda, Turquie, Russie, USA, Iran, Israël, Hezbollah

Publié ici :   via @AlraiMediaGroup

In English: En: https://elijahjm.wordpress.com/2017/06/27/who-is-losing-and-who-is-winning-in-syria/ … …

Traduction : Daniel G.

Par Elijah J. Magnier – @EjmAlrai

Qui sont les perdants en Syrie? Le groupe armé « État islamique » (Daech) est la première réponse qui vient à l’esprit. Mais dans les faits, c’est plus compliqué que cela.

Il est vrai que « l’État Islamique » (connue come ISIS, ISIL ou Daech ) perd du terrain, des champs pétroliers et gaziers et d’autres actifs que le groupe a acquis depuis 2014 en Irak et en Syrie. En deux ans, Daech était devenu l’acteur non étatique le plus riche du monde, en détenant des milliards de dollars provenant du pillage de banques, des recettes énergétiques, des taxes, de l’extorsion, de la vente d’antiquités et d’autres sources. Daech tirait profit de l’infrastructure existante (en y apportant des changements mineurs) et imposait ses propres lois et règles idéologiques. La guerre menée par Daech a détruit surtout des maisons et des fortunes appartenant à des sunnites, mais aussi des maisons d’autres minorités ethniques menacées de mort en vertu du précepte imposé par le groupe terroriste sur le « territoire du califat ».

Aujourd’hui, les deux superpuissances (la Russie et les USA) se font la course pour reprendre et occuper le territoire que contrôlait Daech. Le groupe est coincé dans une zone limitée allant de Der Ezzor, au nord-est de la Syrie, à la frontière syro‑irakienne de al‑Qeem et à la vallée de l’Euphrate. Daech est aussi présent dans le désert syrien et irakien, un secteur qu’il occupe depuis 2003 et qu’il connaît parfaitement. Le groupe a pu se déplacer dans ce désert et s’y cacher pendant des années, qui est devenu en quelque sorte un foyer pour ses militants. Le rude climat qui y règne et sa topographie en font un excellent refuge, et ouvre la possibilité que Daech y mène ses opérations pendant encore longtemps, en poursuivant son insurrection contre l’Irak et la Syrie et les autres forces armées (USA, Turquie, Russie) qui comptent rester dans ces deux pays.

Aujourd’hui, Daech livre son combat dans le al-Badiya syrien (steppe) et dans la région rurale de Homs, en essayant de ralentir l’avance de l’armée syrienne et de ses alliés vers la ville assiégée de Der Ezzor. L’armée syrienne est résolue à lever le siège que Daech impose autour de la ville depuis plus de 30 mois, ce qui pousserait Daech plus au sud‑est, du côté d’al‑Qaem.

Même s’il perd du terrain, Daech a appris beaucoup de ses propres erreurs sur la façon de diriger un « État ». Il a aussi maîtrisé l’art de la guerre, même s’il recourt presque exclusivement aux attaques suicides, aux véhicules piégés et aux commandos-suicide. Le groupe ne disparaîtra pas, mais il pourrait profiter de sa mise à l’écart en cours pour resurgir, tout dépendant du niveau de tension au Moyen‑Orient (notamment entre l’Arabie saoudite et l’Iran).

Al-Qaïda

L’une des principales raisons pour laquelle Daech est en train de perdre la guerre est incarnée par son « lieutenant » Abou Mohammed al-Joulani, qui a été envoyé en Syrie en 2011 pour établir une base dans le Bilad el-Cham avec d’autres hauts dirigeants. Aujourd’hui, Joulani est à la tête d’Al-Qaïda en Syrie (sous le nom de Hay’at Tahrir al-Cham), parce qu’il voulait diriger son propre groupe. Son ambition a en fait sauvé le Moyen‑Orient d’un contrôle démesuré par Daech. Al-Qaïda Central a tiré largement profit d’Al-Qaïda (AQ) en Syrie, qui a contribué à redorer le blason du groupe à un point qu’il n’avait jamais atteint, même lorsque Oussama ben Laden le dirigeait.

Aujourd’hui, malgré la forte présence d’Al-Qaïda à Idleb (AQ est aussi présent dans d’autres secteurs en plus petit nombre), le groupe subira le même sort que Daech une fois la guerre terminée. Il est vrai qu’AQ a pu s’infiltrer dans la société syrienne, en acquérant une expérience unique au combat et en devenant une référence et un point de ralliement pour la plupart des groupes affiliés à AQ partout au Moyen‑Orient. Il se pourrait aussi que bon nombre de membres de Daech rejoignent AQ. Mais peu importe, les djihadistes et les salafistes n’ont plus de place où rester en Syrie (et en Irak) et on ne leur permettra plus d’occuper quelque territoire que ce soit. Ces djihadistes passeront à la clandestinité pour poursuivre leur lutte et leur insurrection, où ils pourraient (Daech et AQ) unir leurs forces, maintenant qu’ils sont pourchassés. Malgré cela, ces groupes ne peuvent avoir d’objectif stratégique à long terme, car la population a déjà subi leur joug et n’acceptera pas de son plein gré leur retour au pouvoir.

La « révolution syrienne »

La révolution syrienne a tout perdu depuis 2011, lorsque les djihadistes-salafistes sont arrivés en Syrie pour noyauter les manifestations populaires, qui demandaient des réformes et la démocratie. Ils ont forcé d’autres parties de la Syrie à les joindre, comme Alep, même un an après le début du soulèvement armé manipulé visant à renverser le régime syrien. Aujourd’hui, les délégations révolutionnaires syriennes ont disparu, pour laisser place à des délégations de l’Arabie saoudite, du Qatar, de la Turquie, de l’Égypte et de leurs mandataires.

Sur le plan militaire, le même Abou Mohammed al‑Joulani leader d’AQ a confirmé qu’il restait tout au plus de 700 à 800 rebelles modérés en Syrie. De plus, les djihadistes qui contrôlent le nord de la Syrie obligent tous les radicaux et les modérés à se joindre soit à Ahrar al-Cham (djihadistes pro-Qatar et pro-Turquie), soit à Al-Qaïda. Ahrar al-Cham se prépare peut‑être à prendre les armes, avec le soutien d’Ankara, afin d’avoir le dessus sur Al-Qaïda, au moment où une réconciliation et la fin de la guerre en Syrie se dessinent.

Turquie

La Turquie n’est peut-être pas consciente d’avoir joué un rôle crucial en changeant le cours de la guerre en Syrie. Quand Ankara a décidé d’abattre un avion russe survolant la frontière syro‑turque en 2015, la réaction de la Russie a été de participer plus activement à la guerre en Syrie. La Russie cherchait jusque‑là à protéger ses bases navales à Tartous et Lattaquié en créant un périmètre de sécurité et refusait d’obtempérer aux demandes incessantes de l’Iran de s’engager pleinement dans la guerre en Syrie et de reprendre tout le territoire. Lorsque la Turquie s’en est prise à la Russie, celle‑ci n’avait d’autre choix que de conserver sa réputation de superpuissance, les yeux étant tous tournés vers elle, dans l’attente d’une guerre à plus grande échelle entre la Russie et la Turquie. Moscou a choisi plutôt d’aider l’armée syrienne et ses alliés à reprendre plus de territoire qu’il n’avait l’intention de le faire, puis a imposé le président Bachar al-Assad comme le seul représentant de l’entité syrienne.

Ankara occupe aujourd’hui une partie du territoire syrien au nord du pays (de Jarablus à al-Bab), qui empêche aussi les Kurdes syriens de réaliser leur rêve d’établir un État/fédération indépendant appelé Rojava. Les forces armées turques ont scindé ledit Rojava en deux, au nord-est d’al-Hasaka et au nord-ouest d’Afrin. La Turquie est prête à déployer ses forces armées vers Idlib pour imposer sa mainmise sur la ville et peut‑être aussi pour prévenir une confrontation possible entre Ahrar al-Cham et Al‑Qaïda. En prenant Idlib sous son aile, la Turquie empêchera la Russie de bombarder cette ville, qui compte maintenant plus de deux millions d’habitants. Le nombre de civils qui y vivent augmente, en raison de la stabilité dont jouit la ville après l’acceptation de l’accord sur la cessation des hostilités conclu entre la Russie, la Turquie et l’Iran à Astana, au Kazakhstan.

Le rôle de la Turquie n’est pas terminé encore. Damas n’acceptera pas nécessairement la présence d’une armée étrangère sur son sol bien longtemps, même si une impasse persiste en Syrie pour bien des années à venir. La Turquie n’acceptera pas non plus le plan étasunien d’établir une fédération kurde à sa frontière. Il faut donc s’attendre à ce que l’implication de la Turquie en Syrie continue de faire couler beaucoup d’encre.

Russie

Moscou gagne sur tous les fronts, avec quelques dommages limités. Après deux années de participation active (principalement par ses forces aériennes et un nombre limité de forces spéciales), la Russie a fait pencher la balance en faveur du président Assad. La Russie a perdu moins d’hommes en deux ans que les USA par mois en Irak (de 2003 à 2011).

De concert avec ses forces alliées sur le terrain, la Russie est parvenue à reprendre les principales villes et des régions rurales à l’avantage de Damas. Cependant, la Russie est aujourd’hui engagée dans les steppes syriennes et s’approche si près des forces étasuniennes, que le risque d’erreur est extrêmement élevé. La Russie est aussi engagée dans des pourparlers politiques avec les USA et les pays limitrophes, dans le but d’amener des troupes étrangères qui seraient chargées de faire appliquer un cessez-le-feu à long terme au sud de la Syrie, dont le centre serait Daraa et la région environnante.

Moscou s’attend à pouvoir établir un équilibre entre tous les pays impliqués dans la guerre en Syrie : Israël accepterait la présence de « forces de maintien de la paix » étasuniennes et jordaniennes à la frontière syro-israélienne; le gouvernement syrien n’a rien contre des forces de maintien de la paix iraniennes et russes à Damas; et la Turquie serait heureuse de rester dans le nord (de Jarablus à Al-Bab), avec la présence de militaires russes dans le périmètre. Les Étasuniens et leurs mandataires kurdes resteraient au nord-est, d’al-Hasaka à Raqqa. Idleb demeure un problème, où les groupes pro‑turcs et Al-Qaïda rejettent la présence de militaires russes avec les forces armées turques. Moscou, tout comme les pays ayant une présence armée sont sur le terrain, tente de trouver plus d’une solution au problème. Ce scénario d’ensemble mettrait fin à la guerre (après la récupération d’une bonne partie du territoire sous le contrôle de Daech) et devrait tenir quelques années du moins, à la satisfaction des principales parties. Le gouvernement syrien serait engagé dans la reconstruction pendant les 5 à 10 prochaines années, ce qui devrait lui donner le temps de reprendre de la force une nouvelle fois.

La Russie a obtenu une présence dans deux bases navales sur la côte méditerranéenne pour les 50 prochaines années. Elle est parvenue à faire étalage de son arsenal et de sa puissance de feu, à vendre des armes utilisées sur le champ de bataille syrien et à se faire reconnaître aussi comme négociateur politique, rivalisant avec succès avec les USA au Moyen-Orient.

La Russie a des partenaires (et non des alliés assermentés) et des intérêts politico-économiques sur lesquels elle veille. La Russie n’a pas de liens d’allégeance fermes; elle maintient des relations solides avec la Turquie, Israël et l’Iran. Ses relations sont bonnes avec l’Arabie saoudite et elle aimerait augmenter le niveau de ses échanges commerciaux et économiques. Ainsi, une fois la guerre terminée, elle compte recueillir tous les gains accumulés pendant les deux années de son implication dans une guerre « propre », en prenant ses distances par rapport au désastre qu’a été la perte de la guerre en Afghanistan.

Les États-Unis d’Amérique

Les USA ont réussi à revenir au Moyen-Orient sous le prétexte de venir combattre Daech et faire la « guerre au terrorisme ». Aujourd’hui, les forces étasuniennes se servent de mandataires (les Kurdes) comme têtes de pont pour construire des bases militaires et des aéroports dans le Bilad al-Cham et devenir ainsi une force d’occupation en Syrie.

Il est clair que les USA ne respectent plus leur objectif de lutter contre le terrorisme, quand leurs forces aériennes s’activent à abattre un avion syrien et à bombarder l’armée syrienne et même ses alliés à trois occasions rapprochées (près d’al-Tanaf). En 2016 aussi les forces aériennes des USA avaient bombardé, avec d’autres membres de leur coalition, les positions de l’armée syrienne sur le mont al-Tharda, qui donne sur la ville assiégée de Der Ezzor, accordant ainsi un avantage significatif à Daech.

Les forces armées des USA n’ont pas subi de perte en Syrie, car la politique et la stratégie qu’elles emploient pour occuper un pays du Moyen-Orient sont différentes de celles ayant mené au fiasco qu’a été l’occupation de l’Irak en 2003. Elles utilisent aussi des mandataires, les Kurdes, qui ne semblent pas se soucier des pertes qu’ils subissent pour remplir les objectifs des USA en Syrie et leur faire plaisir.

Par ailleurs, les USA semblent déterminés à provoquer les Russes en Syrie, sans toutefois atteindre ce point critique où la Russie sentira le besoin de réagir et de prendre des mesures qui marqueront un point de non-retour.

Les USA n’ont toutefois pas réussi à stopper l’expansion iranienne en Syrie, qui a atteint un niveau sans précédent. Des Iraniens sont même inconsidérément proches des forces étasuniennes sur plus d’un front.

Israël

Gagnant sur toute la ligne, Israël surveille la guerre en Syrie depuis plus de six ans, tout en tirant des avantages.

1.Le Hezbollah vit une expérience unique en Syrie, mais il en paie le prix (des milliers de morts et de blessés). L’Iran a investi aussi une grosse somme d’argent pour soutenir le gouvernement syrien. L’armée et des parties essentielles de l’infrastructure du pays ont été très occupées à défaire Daech et Al-Qaïda, deux groupes dont l’idéologie est diamétralement opposée à celle de l’Iran et des chiites, et qui comptent bien épuiser leur ennemi et l’entraîner dans un combat sans fin.

2.Israël s’est permis de bombarder à plusieurs reprises le principal aéroport syrien à Damas. Le bâtiment détruit à l’intérieur de l’aéroport est la meilleure preuve de la volonté israélienne de viser des entrepôts d’armes et de munitions iraniennes. Israël joue ses cartes avec prudence, en sachant que le Hezbollah ne ripostera pas tant que ses cargaisons sont visées en Syrie et non sur le territoire libanais, où les règles d’engagement diffèrent.

3.Israël jouit d’une excellente relation avec la Russie et sait que Moscou ne tolérera pas un affrontement plus large entre le Hezbollah et Israël à la frontière syrienne, au moment où des batailles plus importantes font rage à divers endroits stratégiques sur le territoire syrien, où la Russie ne veut absolument pas échouer. Israël en a donc profité pour harceler le Hezbollah, en tuant quelques-uns de ses commandants à plusieurs reprises, en détruisant des entrepôts à l’extérieur de l’aéroport de Damas aussi, et en soutenant les djihadistes d’Al-Qaïda, afin de les stimuler à poursuivre leur lutte contre l’armée syrienne et ses alliés.

4.Israël sort gagnant de l’élimination du stock d’armes chimiques de l’armée syrienne (un cauchemar pour Tel-Aviv) négociée entre Obama et Poutine.

5.Israël va tirer avantage de la relation entre les USA et les Kurdes au nord-est de la Syrie (provinces d’al-Hasaka et de Raqqa), où les USA mettent en place plusieurs bases militaires.

6.Israël a réussi à établir de bonnes relations avec les rebelles syriens. Bien des Syriens au sud et au nord du pays se sentent désormais libres de collaborer avec Tel-Aviv, alors qu’avant la guerre, tout contact ouvert entre Syriens et Israéliens était passible de mort.

7.Israël est en train de négocier une zone tampon éventuelle s’étendant au-delà des hauteurs du Golan. À l’époque du président Hafez Assad, les négociations portaient sur un retrait complet du Golan occupé.

De toute évidence, Israël, qui n’a subi aucune perte, ressort gagnant sur tous les fronts, exception faite de la présence d’armes perfectionnées en Syrie, qui sont utilisées par les Syriens et par le Hezbollah, l’ennemi redoutable d’Israël. Ces armes finissent par se retrouver au Liban. Mais si Israël ne songe pas à une troisième guerre contre le Hezbollah et le Liban, la présence de ces missiles perfectionnés (antichar, antinavire, antiaérien) pourrait ne pas avoir sa raison-d’être.

Iran

La République islamique d’Iran jouit dorénavant d’une position avancée au Moyen-Orient, car elle a étendu son influence en Mésopotamie et au Bilad al-Cham. L’Iran a fait entrer Moscou en Syrie en 2015 ainsi que des milliers de militants pour protéger son « axe de la résistance » (Iran, Syrie, Hezbollah), qui correspond à la voie de ravitaillement du Hezbollah libanais, qui passe par Damas jusqu’au Liban.

L’Iran a consacré plus de 25 milliards de dollars en Syrie pour soutenir le gouvernement syrien, l’approvisionner en pétrole et payer les salaires des employés des institutions civiles et militaires. Des cuisines iraniennes établies dans différentes parties de la Syrie nourrissent jour après jour des dizaines de milliers de soldats et militants et contribuent à maintenir Assad au pouvoir.

L’Iran n’a pas tenu compte des lignes à ne pas franchir fixées par les forces étasuniennes à la frontière à al-Tanaf et a déployé des forces au nord d’al-Tanaf pour bloquer la route aux USA vers le nord, tout en contrecarrant le plan étasunien de contrôler tout le nord‑est de la Syrie.

En outre, l’échec de la présence de Daech en Syrie (et en Irak) a permis d’accroître l’influence iranienne, car les revendications ayant mené à l’émergence de Daech au départ n’ont plus leur raison d’être aujourd’hui. L’Iran a amené des milliers de militants en Syrie, en plus de créer un « Hezbollah syrien » qui restera longtemps après la fin de la guerre.

L’Iran est devenu partie prenante de tout règlement politique en Syrie. Protéger Assad lui a permis d’entrer dans toutes les négociations pour mettre fin à la guerre et d’avoir le dessus sur d’autres pays régionaux (c.‑à‑d. l’Arabie saoudite, les Émirats, le Qatar et la Turquie). L’Iran est aujourd’hui l’ennemie jurée de l’Arabie saoudite, surtout depuis que cell‑ci dispose d’aucun moyen efficace pour déstabiliser l’Iran, même avec l’aide de son principal allié que sont les USA.

Hezbollah

Le Hezbollah libanais a acquis une solide expérience dans la conduite de la guerre en Syrie, qui ferait l’envie de bien des armées conventionnelles. Le Hezbollah lutte contre de nombreux ennemis dont les styles de combat, le degré de motivation et l’idéologie varient.

Lors de la première bataille de Qusseyr, le Hezbollah s’est déployé à grande échelle, une tactique que le groupe a cessé d’employer depuis. Le prix à payer pour reprendre Qusseyr a été très lourd (120 à 150 morts), parce que ses commandants militaires voulaient obtenir une victoire rapide sans tenir compte des pertes. Aujourd’hui, le Hezbollah, qui dénombre 900 tués[i] et 8 000 blessés jusqu’ici, fonctionne efficacement à partir d’un centre d’opérations militaires, en coordonnant ses attaques avec les forces aériennes, l’infanterie, les forces spéciales et l’artillerie sur une échelle géographique trois fois plus étendue qu’au Liban.

Le Hezbollah est maintenant intégré à chaque brigade de l’armée syrienne, où ses commandants et les membres de ses forces spéciales couvrent l’armée dans chaque attaque se produisant dans l’ensemble du théâtre de guerre syrien.

Israël surveille de près le Hezbollah gagner en nombre et en expérience. Le Hezbollah a créé en Syrie des villages similaires à celui se trouvant au nord d’Israël pour entraîner ses forces spéciales à les occuper en cas de guerre. Il a construit des grottes dans des montagnes et cache ses missiles à grande portée destructeurs sous terre, afin d’éloigner toute nouvelle guerre du territoire libanais et des habitations au sud du Liban.

Le Hezbollah déploie plus de 20 000 hommes en Syrie et coordonne la chaîne d’approvisionnement logistique, médicale et militaire sur le champ de bataille. Il acquiert ainsi une expérience pratique que le groupe n’aurait jamais cru réalisable.

Le Hezbollah s’est employé à défendre Assad avant même l’intervention russe et la société dont il est issu, au Liban. Celle-ci comprend aujourd’hui bien plus la nécessité de son engagement en Syrie et pourquoi la mort de ses militants était nécessaire (selon des familles du Hezbollah en banlieue de Beyrouth) pour empêcher Daech de déplacer la bataille au Liban même.

Les victoires du Hezbollah qui se succèdent en Syrie lancent un message clair à Israël, qui observe ses résultats et la croissance de ses capacités, notamment celles de ses forces spéciales (al-Ridwan).

 

La différence entre la victoire et la défaite en Syrie ne sera pas facile à établir. Mais une chose est sûre : la guerre tire à sa fin, ce n’est qu’une simple question de temps. Une fois Daech défait, toutes les parties seront tenues de se réunir à la table de négociations, où la diplomatie persuasive et souple prendra la relève.

L’idéologie qui motivait Daech à occuper des parties de la Syrie et de l’Irak est claire, mais les conditions qui rendaient son expansion réalisable ne sont plus présentes. Le Moyen-Orient est en train de changer, mais pas nécessairement pour le mieux, car la lutte entre les différents pays qui y évoluent est loin d’être terminée.

La guerre en Syrie s’achève. « La guerre ne détermine pas qui a raison, mais seulement qui il reste. »[i] Il reste un pays en ruine et une animosité dangereuse entre l’Iran et l’Arabie saoudite, qui persistera assurément pendant bien des années à venir.

 

Notes de fin

[i] Source confidentielle, fiable et reconnue. Les chiffres précédents établissant à 1 700 le nombre de membres du Hezbollah tués en Syrie sont erronés.

[i]Bertrand Russell

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One thought on “Les perdants et les gagnants en Syrie

  1. Conglomera

    Quid de l’état syrien ? Son gouvernement, son armée, ses institutions, la grande majorité de la société civile syrienne qui s’y reconnait ?
    Je ne le vois nulle part sur cette liste.

    Reply

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