La Syrie et l’Irak pris entre “néo-analystes” et médias politisés

Si vous n’avez aucune honte, écrivez ce que vous voulez : La Syrie et l’Irak pris entre “néo-analystes” et médias politisés

 

Par Elijah J. Magnier:

Traduction offerte par Prof. Olivier dulac

 

Les guerres en Syrie et en Irak ont célébré la triste fin de la “presse libre et indépendante” et de la montée des “néo-analystes”. Ils sont dans des contrées lointaines, sans aucune connaissance du terrain en guerre, réunissant l’information et analysant les poubelles colorées des sites des réseaux sociaux.

 

Ils ont même la témérité de croire qu’ils peuvent dicter à l’administration américaine quelles mesures devraient être prises, qui doit être soutenu et, comme s‘ils maitrisaient l’“art de la guerre”, ils poussent même vers une guerre nucléaire avec la Russie.

Il est particulièrement surprenant de voir des média respectables se précipiter pour embrasser l’opinion de ces “néo-analystes”, tout simplement parce que ce que ces amateurs disent correspond à ce que le courant principal a envie d’entendre. Alors, on entend parler par exemple d’un “expert du Hezbollah libanais” ou d’un “groupe d’experts chiites” en Irak tout simplement parce qu’il peut compter (il comptabilise et analyse les drapeaux et groupes chiites qu’il voit sur Facebook et Twitter) mais n’a jamais rencontré les chefs ou leaders des groupes qui font partie de sa soi-disant expertise dans les deux pays. En outre, beaucoup des soi-disant “experts sur la Syrie” n’ont pas même vu les rues de Damas, Homs, Hama, Alep ou toute autre ville syrienne en paix avant 2011. Bien sûr, Twitter et Facebook sont leurs uniques et suffisantes sources d’information parce qu’ils n’en ont pas d’autres. Il est très intéressant, effarent en réalité, de voir ces gens écrire des articles et avoir un accès facile à des journaux réputés.

 

Pourtant, les vues de l’administration américaine et celle des “néo-analystes” – sont opposées en termes d’éthique professionnelle, de valeurs et de principes, bien que basées toutes deux sur la lutte contre le terrorisme. Journalistes et analystes soutiennent étonnamment “Qaidat al-Jihad” en Syrie, trouvant assez de place pour décrire le matériel de l’“Etat islamique” (ISIS/ISIL) qui combat d’armée irakienne et les soi-disant sectaires ” Unités de mobilisation populaire ” (al-hashd al-Sha’bi – PMU) en Irak.

 

Syrie :

Les Syriens, Tchétchènes, Marocains, Tunisiens, Chinois, Turques, Saoudiens, Qatari, Egyptiens, Libanais et Palestiniens (pour ne nommer qu’un petit nombre) sont appelés “ opposition armée syrienne modérée”. Mais ceci n’est pas propre aux seuls média : on voit des diplomates américains, anglais et français prenant part à cette mauvaise comédie, appelant tout combattant étranger “ opposant syrien ”, du moment qu’ils combattent la Russie. L’occident promeut de bonnes valeurs mais il ne les promeut pas dans cette sale guerre, où tout est permis.

 

Une autre bizarrerie est Alep-est et ses hôpitaux: le nombre d’hôpitaux qui y ont été détruits dépasse tous les records. A en croire le ministère des affaires étrangères américain et la presse occidentale, plus de 90 hôpitaux ont été totalement détruits à Alep ces derniers mois, au rythme de près d’un par jour. Et tous les jours nous entendons “le dernier hôpital a été totalement détruit ”. Le seul problème avec ces chiffres est la statistique du ministère de la santé syrien qui précise que “sur l’ensemble du territoire syrien, il n’y a que 88 hôpitaux”.

 

Quiconque oserait contredire cette théorie et propagande du “dernier-hôpital-détruit”, se verrait aussitôt opposer une accusation personnelle : tu dois être “assadiste” (en référence au Président Bashar al-Assad). “Néo-analystes” et parfois journalistes, partagent une absence d’arguments. Nous avons vu le professeur Joshua Landis (qui a passé plus de 12 ans au Moyen Orient) et le professeur Max Abrahms (pour n’en nommer que quelques-uns) accusés d’être “Assadistes” parce qu’ils sont en désaccord avec ceux qui font partie d’un think tank et qui prétendent représenter le Syrie ou des journalistes cherchant à attirer l’attention. En réalité cette accusation est devenue un moyen facile d’arrêter la conversation : quand ces personnages superficiels sont à court d’arguments, ils vous accusent d’encourager les terroristes à gouverner la Syrie.

 

Qui plus est, Assad n’est plus l’ennemi mais il est remplacé par la Russie aux yeux des média américains. La raison n’en est pas difficile à imaginer: la Russie prétend partager le Moyen Orient et qu’elle ne soit plus une chasse gardée des Américains. Selon les media américains, tous les obus russes détruisent des hôpitaux et tuent des civils, alors que les obus américains ne tuent que “Al-Qaeda” et ISIS. Bien entendu, la Russie n’a pas les bombes sophistiquées américaines qui sont équipées de détecteurs intelligents capables de distinguer les civiles et de ne cibler que les militants.

 

Et quand les djihadistes et rebelles commencent une attaque à grande échelle contre les forces armées syriennes et leurs alliés, les média attendent les résultats. Si le régime entreprend une opération militaire, des hôpitaux sont détruits et des civils tués dès les premières heures de la bataille. Il est rare que des militants soient tués aux yeux des principaux média.

Pour connaitre l’issue d’une bataille en Syrie, il suffit de regarder les appels du ministère américain des affaires étrangères ou de la sécurité nationale réclamant un arrêt immédiat de la violence, un cessez-le-feu et une réunion à Genève. Si la situation est grave pour les djihadistes et les rebelles, il faut s’attendre à la visite de Staffan de Mistura, envoyé de l’ONU, parlant de tragédie de guerre et de la nécessité de créer un état dans l’état ou du droit à se gouverner des djihadistes et des militants dans une région précise. Ceci permettrait aux djihadistes et aux rebelles de reprendre leur souffle, de se réorganiser et d’être prêts à remonter au front. Il est clair que la diplomatie ne sert pas à arrêter la guerre mais à la prolonger autant que possible.

Il n’y a pas de doutes que l’administration du Président Barack Obama considère “Al Qaeda” en Syrie comme un prolongement d’Al-Qaeda en Khorasan, responsable de la destruction des tours jumelles connue sous le nom d’évènements du 9 septembre et de toutes les autres attaques contre des civils. Mais Obama ne veut pas qu’un parti triomphe sur un autre en Syrie. Si un groupe est faible, même si c’est al-Qaeda, il est soutenu aux Nations Unies, à travers les média, soutenu au plan militaire, équipé, financé et informé par les pays de la région dans la perspective d’une nouvelle attaque, tant que la Russie, l’Iran et leurs alliés resteront engagés au sol.

 

C’est précisément la raison pour laquelle la Russie et ses alliés ne ciblent pas ISIS en premier mais seulement en cas de stricte nécessité. ISIS, au contraire des djihadistes, n’a aucun soutien public sur les forums internationaux ni armement militaire ou entrainement par la CIA en Jordanie. Jack Murphy, un Ranger et jadis dans les forces armées aériennes américaines, a expliqué comment ses collègues entrainent les terroristes à la demande de la CIA.

 

La règle est simple : les principaux média ne veulent pas mettre en lumière le financement du terrorisme, la provenance des armes qui lui arrivent, ni l’entrainement par la CIA. Il est triste de voir comment des média apparemment respectables ont perdu leur crédibilité et leur observation impartiale en passant par la porte de Bilad al-Sham.

 

Irak:

En Irak, il est difficile de comprendre ce que veulent les principaux média. Les média et les “néo-analystes” publient des articles sans fin au sujet de l’impossibilité d’éviter la partition de l’Irak et que les Kurdes sont la seule force capable de combattre ISIS. Ils font le jeu de la propagande d’ISIS pour prouver à quel point l’armée irakienne est incapable, et passent délibérément sous silence l’avancée héroïque des forces de sécurité irakiennes au sol.

 

Ces “néo-analystes” écrivent comme s’ils étaient des vétérans de la guerre au sol en Irak. Pourquoi les irakiens ont-ils retardé la libération de telle ou telle ville ? Il est rarement question des batailles héroïques et des sacrifices des forces de sécurité irakiennes combattant ISIS au nom du monde entier. Combattre ISIS dans les grandes villes, comme Mossoul, n’est pas facile avec plus d’un million et demi de civils restés chez eux plutôt que de partir dans des lieux protégés. Le premier ministre Haidar al-Abadi a donné des ordres précis pour protéger d’abord les civils avant les forces de sécurité qui viennent ensuite dans l’ordre des priorités.

 

Les “néo-analystes” et les journalistes mettent l’accent sur le rôle des “Unités de mobilisation populaire” (PMU) en leur donnant différents titres, comme la “foule chiite”, “foule sectaire” et “foule milice” comme si ses membres venaient d’un autre monde. Il y a plus de 60% de Chiites en Irak et les autres sont Sunnites, Kurdes séculaires, Assyriens, Shabak, Sabéa et autres minorités. C’est parmi ces mêmes Irakiens que sont formées les unités de l’armée irakienne, du contre-terrorisme, du renseignement, les forces spéciales, les forces de la police fédérale, les tribus et les Peshmergas comme les PMU, qui sont devenus partie intégrale de l’appareil de sécurité sous le commandement en chef du chef des forces armées irakiennes, le premier ministre.

 

Ceux qui écrivent sur l’Irak passent sous silence le fait que l’armée américaine, avant et pendant l’invasion de l’Irak, a commis les pires atrocités dans ce pays, en commençant par l’embargo et en continuant avec les massacres, la torture, sans compter tous les autres manquements aux droits de l’homme pendant l’occupation du pays.

 

Mais l’atteinte à la réputation des PMU a une autre dimension. Les PMU prennent part à l’opération sur Mossoul en attaquant la banlieue Talafar et en coupant la route de la Syrie. Ces PMU autour de Talafar ont été soigneusement choisis : 3000 d’entre eux viennent de Talafar même, et il y a d’autres Chrétiens des plaines de Ninive venus reconquérir leurs terres. Il n’y a pas que des Chiites et des Sunnites en Irak.

 

Les PMU ont perturbé le plan du Vice-Président américain Joe Biden pour partager l’Irak : en août 2014 ils ont empêché la ville septentrionale d’Amerli (Tuzkhormato) de tomber entre les mains d’ISIS quand le groupe terroriste a occupé la quasi-totalité de la province de Salahoddine ; ils ont empêché Samarra de tomber entre les mains d’ISIS quand le groupe terroriste tenait plus de la moitié de la ville ; ils ont évité une nouvelle guerre civile semblable à celle de 2006 quand Abu Musab al-Zarqawi a détruit le temple sacré chiite d’Askariyeyn ; ils ont empêché ISIS d’entrer dans Bagdad quand ses soldats sont arrivés aux portes de la capitale ; ils ont joué un rôle particulièrement difficile en libérant la partie sud du pays, Jurf al-sakher, le cœur d’ISIS à Tikrit et Fallujah et ont contribué à la libération de Ramadi.

 

Les chefs PMU ont également convaincu les chefs irakiens de rejeter le plan militaire américain qui visait à attaquer la ville septentrionale de Mossoul il y a un an, avant la province d’Anbar. Si le plan militaire américain avait vu le jour, la capitale aurait été laissée sans défense, avec ISIS plus fort à Fallujah. Bagdad aurait été en grand danger en cas d’attaque par ISIS et la partition de l’Irak aurait été inévitable.

 

Enfin, l’Irak ne pourra pas battre ISIS en Irak sans qu’il soit battu en Syrie. Par conséquent, après Mossoul, la bataille devra se diriger vers ‘Ana, Rawa and al-Qaem à la frontière Syrie-Irak. Il n’y a guère de doutes que les PMU partiront à l’assaut des bastions d’ISIS afin de s’assurer qu’ils ne reviennent pas en Irak. Discréditer les PMU en Irak veut dire les accuser de sectarisme et faire en sorte que cette accusation leur colle à la peau avant qu’ils pénètrent une région à majorité sunnite en Syrie.

 

La notion de “presse libre et non biaisée” est finie et a été remplacée par la volonté des politiciens : le journalisme d’investigation a été remplacé par l’information ou la désinformation des média sociaux.

 

Il a été clair pendant la campagne présidentielle américaine que la “presse libre” se partageait des “statistiques” confirmant que Donald Trump n’avait aucune chance et que Hillary Clinton avait 98 à 99% de chances de gagner. Ceci indique que la presse prononçait des vœux pieux plutôt que de valider des données et confirmer des faits, précisément comme ils ont fait la plupart du temps en ce qui concerne la guerre en Syrie et en Irak.

 

 

2 thoughts on “La Syrie et l’Irak pris entre “néo-analystes” et médias politisés

    1. Elms & Beech

      Thank you for a succinct analysis. No Western newspaper offers this degree of insight.

      Many would be interested in your anticipatory analysis.

      Reply

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