Lettre de Qassem Soleimani aux USA : Quittez la Syrie, sinon! Hassaké 2018, une répétition de Beyrouth 1983?

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Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Des sources bien informées affirment que le commandant du Corps des gardiens de la révolution islamique, le brigadier général Haj Qassem Soleimani, a transmis, par l’entremise de la Russie, une missive verbale à l’intention du commandant en chef des forces américaines en Syrie, lui conseillant de retirer ses troupes jusqu’au dernier soldat, « sans quoi les portes de l’enfer s’ouvriront ».

« Mon message au commandement militaire américain est le suivant : quand la lutte contre Daech (le groupe armé État islamique) prendra fin, la présence d’aucun soldat américain ne sera tolérée en Syrie. Je vous conseille de partir de votre propre chef, sans quoi vous serez forcés de le faire », a déclaré Soleimani à un officier russe. Soleimani a demandé au Russe responsable d’exposer la position iranienne à l’endroit des USA : leurs troupes seront considérées comme une armée d’occupation s’ils décident de rester dans le nord-est de la Syrie, où des Kurdes et des Arabes cohabitent.

Les Russes ne s’opposent pas à la présence américaine et peuvent s’adapter une fois établies des lignes de démarcation pour éviter tout conflit. Mais l’Iran a une position claire et ne veut pas laisser le président syrien seul face aux forces armées américaines si elles restent sur place.

La lettre de Soleimani aux USA énonce clairement la promesse de « mesures surprises » contre les USA : « Vous serez confrontés à des soldats et à des forces que vous n’avez jamais connus jusqu’ici en Syrie et vous quitterez le pays tôt ou tard. »

La Russie a transmis aux USA l’intention de l’Iran de rester en Syrie tant que le président Assad le voudra, lui qui affirme avec force sa volonté de libérer l’ensemble du territoire de toutes les forces armées sans exception. La Russie a confirmé aux USA qu’elle n’avait pas l’intention d’accorder un soutien aérien à l’Iran et à ses alliés en cas d’attaque contre les forces américaines. Du point de vue de la Russie, le conflit entre l’Iran et les USA ne la concerne pas et n’est pas au centre de ses préoccupations.

Mike Pompeo, le directeur de l’agence centrale de renseignement des USA, a dit la semaine dernière qu’il a envoyé une lettre à Soleimani, pour exprimer ses inquiétudes au sujet de l’intention de l’Iran de s’en prendre aux intérêts américains et « qu’il tiendra Soleimani et l’Iran responsables de toute attaque en Irak ».

Mohammad Mohammadi Golpayegani, un des principaux adjoints du grand ayatollah Ali Khamenei, a confirmé que Pompeo a tenté de remettre une lettre, en précisant que « Soleimani a refusé de la lire ou de la prendre parce qu’il n’avait rien d’autre à ajouter ».

Des sources dans la région affirment qu’il se pourrait que les groupes kurdes actifs à Hassaké et fidèles au gouvernement de Damas deviennent le fer de lance des combats contre les forces américaines. Bon nombre de ces groupes sont demeurés loyaux à la Syrie. Ils rejettent toute présence d’une force occupante sur leurs terres et toute partition du pays.

Hassaké 2018 n’est pas sans rappeler les événements de 1983, lorsque des centaines de « marines » américains et de parachutistes français ont été tués à la suite du double attentat suicide perpétré par des islamistes à Beyrouth. La force multinationale était considérée comme hostile et non comme une force de maintien de la paix et a été poussée à quitter le Liban à la hâte à la suite de cette attaque. L’avenir pourrait bien reproduire ces événements passés.

Qassem Soleimani’s letter to the US: Leave Syria or else! Could Al-Hasaka 2018 become Beirut 1983?

 

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By Elijah J. Magnier – @ejmalrai

Well informed sources have said the commander of the Iranian Revolutionary Guards Corp Brigadier General Haj Qassem Soleimani sent a verbal letter, via Russia, to the head of the US forces commander in Syria, advising him to pull out all US forces to the last soldier “or the doors of hell will open up”.

“My message to the US military command: when the battle against ISIS (the Islamic State group) will end, no American soldier will be tolerated in Syria. I advise you to leave by your own will or you will be forced to it”, said Soleimani to a Russian officer. Soleimani asked the Russian responsible to expose the Iranian intentions towards the US: that they will be considered as forces of occupation if these decide to stay in north-east Syria where Kurds and Arab tribes cohabit together.

The Russians are not against the US presence and can adapt to this after defining the demarcation lines to avoid any clash. But Iran has a clear position and has decided not to abandon the Syrian President alone to face the US forces, if these stay behind.

Soleimani’s letter to the US clearly indicated the promise of ‘surprise measures’ against the US: ” You shall face soldiers and forces you have not experienced before in Syria and you will leave the country sooner or later”.

Russia conveyed to the US that Iran will stay in Syria as long as President Assad decides, he who insists in liberating the entire territory from all forces without exception. Russia confirmed to the US its intention to refrain from offering any air support to Iran and its allies in the case of attacks on US forces. From the Russian perspective, the Iran-US dispute is not its concern nor on its agenda.

Mike Pompeo, the US central Agency Director, said last week that he had sent a letter to Soleimani expressing his concern about Iran’s intention to attack American interests and “will hold Soleimani and Iran accountable for any attack in Iraq”.

Mohammad Mohammadi Golpayegani, a senior aid to the Grand Ayatollah Ali Khamenei confirmed Pompeo’s attempt to send a letter but said  “Soleimani refused to read it or to take it because he has nothing further to add”.

Sources in the area believe it is not unlikely that Kurdish groups – operating in al-Hasaka and who are faithful to the government of Damascus – are willing to be spearheaded against the US forces. Many of these groups remained loyal to Syria: they reject any occupation forces on its land or the partition of the country.

Al-Hasaka 2018 is being widely referred to, those 1983 events where hundreds of US Marines and French paratroopers were killed following double suicide attacks by Islamists in Beirut. The multinational forces became hostile rather than peacekeepers and were pushed to leave Lebanon in a rush as a consequence of this attack. The future could well mirror these past events.

Défaite d’al-Qaeda dans le Bilad al-Cham et Le Hezbollah est la seule organisation cohérente et forte qui reste au Moyen-Orient

Abou Mohammed al-Joulani : un tueur à gages qui se retourne contre al-Qaeda en Syrie

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2 Décembre 2017

Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

« Joulani a refait le coup… Il change encore son fusil d’épaule… Il est devenu un tueur à gages. » C’est ainsi que s’expriment les militants d’al-Qaeda en Syrie pour décrire leur ancien émir, qui avait prêté serment auprès du chef d’al-Qaeda central, Ayman al-Zawaheri, il y a quelques années. Aujourd’hui, Abou Mohammed al-Joulani, le dirigeant du « front al-Nosra » (ancienne composante du groupe armé « État islamique » qui s’est tournée vers al-Qaeda), alias « Hayat Tahrir al-Cham », procède à l’arrestation de commandants djihadistes et de membres de la « vieille garde » qui se sont joints au djihad en Syrie il y a quelques années.

Les nombreuses arrestations de djihadistes ont forcé Zawaheri à sortir de l’ombre pour faire une déclaration, accusant Joulani d’abandonner la voie du djihad et de trahir son serment d’allégeance (Bay’a) qui avait amené l’émir d’al-Qaeda central à sauver Joulani de la vengeance d’Abou bakr al-Baghdadi (le dirigeant de Daech).

Le simple fait d’avoir fait cette déclaration condamnant les activités de Joulani confirme que Zawaheri est en contact étroit avec ses militants sur le terrain et qu’il est bien au courant des derniers événements. Ce qui fait mentir l’affirmation selon laquelle aucune correspondance ne parvient à Zawaheri avant trois mois et qu’il est prétendument coupé des derniers développements.

Joulani a arrêté des commandants de haut rang d’al-Qaeda, comme le Jordanien Sami al-Aridi (ancienne autorité religieuse suprême du front al-Nosra), Abou Julayleb al-Urduni (qui a combattu aux côtés d’Abou Moussab al-Zarqaoui en Irak), Khelad al-Urduni, Abou al-Islam al-Diri, Abou Abdel Karim al-Khorasani, Abou Abdel Karim al-Masri et Abou Musab al-Libi (pour n’en nommer que quelques-uns). Des hommes de Joulani ont aussi tenté d’arrêter Abou al-Qassam al-Urduni (ancien bras droit de Zarkaoui), mais il a réussi à s’enfuir.

Al-Qaeda et les moudjahidines en Syrie ont rejeté les actions de Joulani. En effet, les « forces spéciales » d’al-Qaeda dans le secteur ouest, l’émir de la Badia dans le secteur nord, le Yéménite Bilal al-San’aei, et d’autres commandants de la direction militaire, administrative et religieuse du groupe de Joulani ont dénoncé ces arrestations récentes. De plus, le commandant des services de sécurité et du renseignement de Daraa (sud de la Syrie), le vice-commandant d’al-Mukhtar, le chef des camps d’entraînement et des casernes, tous ont publié des communiqués condamnant Joulani et exigeant la libération immédiate des prisonniers.

La plupart des combattants étrangers (mouhajirines) ont protesté contre l’initiative de leur dirigeant, qu’ils ont qualifiée de tentative logique mais malvenue de prendre ses distances d’al-Qaeda, au moment même où les djihadistes, tout comme les militants de Daech, n’ont plus le droit d’exister en Syrie. Il est temps de mettre fin à la guerre et d’entamer des négociations politiques.

Joulani a tenté d’absorber les vives réactions de ses propres commandants en libérant Abou al-Saad al-Jazrawi (Saoudien), cheikh Abdel Karim al-Masri (Égyptien) et Abou Moawiya al-Ansari. N’empêche que les djihadistes ont une idée très claire de ce qui se passe : leur chef abandonne al-Qaeda et met fin à son influence.

Plusieurs commandants, comme Issam al-Tunisi (Tunisien), ont cherché la réconciliation sans trop de succès, et essaient d’éteindre le feu dans la demeure des djihadistes en Syrie. Dans son dernier communiqué, Issam al-Tunisi a demandé que tous les prisonniers soient libérés et que des médiateurs soient autorisés à trouver un moyen de sortir de cette situation.

Le principe de la bay’a est considéré par les djihadistes comme un « engagement devant Dieu » à la fois religieux et honorable qui ne devrait jamais être rompu. La bay’a est citée à maintes reprises dans le livre sacré de l’Islam (al-Imran 76 et 77, al-Maida 1, al-Baqara 40 et 177, al-Tawba 111, al-Raad 20 et 25, al-Fath 10).

Que Joulani ait rompu sa bay’a n’a toutefois pas de quoi se surprendre. Il avait prêté serment d’allégeance à Daech en Irak lorsqu’il a été envoyé en Syrie en 2011, qu’il a ensuite rompu en déclarant sa bay’a en faveur d’un nouvel émir, Ayman al-Zawaheri. L’émir qui lui succède (qui n’est sûrement pas le dernier) semble être Recep Tayyip Erdogan, le président turc, le « nouveau dirigeant du nord de la Syrie ».

Ce qui pousse Joulani à se mettre derrière la Turquie n’est rien d’autre que la mise en œuvre de l’accord de désescalade entre le Kremlin et Ankara, en vertu duquel la Turquie est chargée de reprendre le contrôle d’Idlib avant qu’elle ne soit prise d’assaut par l’armée syrienne et ses alliés, et de l’annexer à la zone d’influence turque en Syrie.

Joulani, qui est davantage un tueur à gages et un survivant qu’un sujet loyal, a calculé ses risques et décidé de changer de chapeau, en enlevant celui d’al-Qaeda pour s’en éloigner et devenir un « modéré »! Sauf que Joulani se fait de nombreux ennemis autour de lui, et dans un secteur restreint et confiné en plus (Idlib). Sa présence (ou son absence) physique sur l’échiquier syrien fera peu de différence et sa survie est loin d’être assurée.

La trahison de Joulani à l’endroit de Baghdadi était une bénédiction pour l’ensemble du Moyen-Orient. S’il avait accepté d’unir ses forces à celles de Daech, les djihadistes auraient occupé l’ensemble du territoire syrien, le Liban, la Jordanie et l’Iran, et seraient même parvenus aux portes de l’Europe.

Mais il a préféré combattre pour rester le leader incontesté d’un groupe plutôt qu’un simple lieutenant de Daech, en laissant derrière des milliers de morts et en causant la dispersion totale du pouvoir considérable que détenaient les djihadistes. Il s’en est donc pris aux groupes modérés syriens et à ceux entraînés et financés par les USA, pour finir par combattre et diviser le groupe le plus puissant dans le nord : Ahrar al-Cham.

À la suite de cette dernière confrontation avec Ahrar al-Cham, Joulani a réussi a diviser Ahrar en deux groupes. Le premier (tout comme les combattants étrangers) a adopté l’idéologie salafo-takfirie et a rejoint Joulani lorsqu’il était l’émir du groupe d’al-Qaeda. Le second groupe a adopté une idéologie plus pragmatique (quelque part entre celle des salafistes et des Frères musulmans), en déclarant sa loyauté à la Turquie. Avant cette division, Ahrar comptait plus de 20 000 combattants. Aujourd’hui, ils ne sont plus que quelques milliers à contrôler des territoires limités : Sahel al-Ghab, jabal al-zawiya, Ariha, la région rurale de Lattaquié et la région rurale au sud d’Alep.

Joulani a passé son rouleau compresseur sur tous les groupes syriens pour pouvoir s’asseoir sur le trône de la « révolution », même s’il est loin d’être un révolutionnaire personnellement. En réalité, il fait un travail remarquable en étant en grande partie responsable du démantèlement du gros des cohortes djihadistes dans le Bilad al-Cham (le Levant).

Un peu d’histoire

Joulani est arrivé en Syrie avec des commandants et plusieurs érudits du groupe armé « État islamique en Irak » (EII), afin d’assurer la diffusion de l’enseignement islamique et de manipuler la population syrienne pour qu’elle prenne les armes et réclame un émirat ou État islamique. Joulani dirigeait le front al-Nosra, une branche d’EII (devenu depuis Daech), mais était surveillé étroitement par Abou Mohammad al-Adnani, le porte-parole de Daech aujourd’hui décédé, qui avait perçu l’ambition de Joulani et sa propension à agir seul.

Lorsque Baghdadi a voulu punir son lieutenant Abou Mohammed al-Joulani, il s’est réfugié sous le jupon d’Ayman al-Zawaheri et a prêté serment d’allégeance à son nouveau leader, l’émir d’AQ central.

C’est alors que l’émir d’AQ central a commis une grave erreur en protégeant Joulani et en créant une division entre Daech et al-Qaeda. C’est que Zawaheri voyait une occasion de relancer AQ qui avait été durement frappé par l’assassinat d’Oussama Ben Laden. Le contrôle du Bilad al-Cham est aussi le rêve de tous les djihadistes qui souhaitent redonner vie à l’ancien califat islamique.

Joulani constituait en effet la plus grande menace pour le gouvernement syrien. En 2013, son groupe parvenait à atteindre Sahat al-Abbasiyyeen au cœur de Damas, ce qui a entraîné une intervention directe du Hezbollah libanais qui a alors envoyé un grand nombre de combattants.

Zawaheri et Daech n’ont jamais mis fin à leur querelle et la division entre les deux groupes n’était pas une mince affaire : ils se sont entretués dans la bataille livrée dans le monde musulman qui allait bien au-delà des frontières de la Syrie. Zawaheri avait des espoirs en la personne de son nouveau protégé Joulani et a appelé tous les moudjahidines à aller en Syrie combattre sous son commandement. La possibilité de concrétiser le rêve de créer un émirat islamique semblait se poindre.

Mais aujourd’hui, Joulani a rompu sa seconde Bay’a et a jeté des dirigeants et des personnalités marquantes d’al-Qaeda en prison. Même ceux qui ont été libérés des prisons iraniennes en échange de Cheikh al-‘Ani (l’échange du diplomate iranien a été organisé par al-Qaeda dans la péninsule arabique) se sont retrouvés dans les geôles de Joulani à Idlib. Pour les discréditer, les partisans de Joulani les accusent faussement d’être des « cheiks de l’Iran ».

Sayyid Qutb s’est fait demander une fois : « Pourquoi l’injustice l’emporte-t-elle sur la justice? » Il a répondu ceci : « Pour que les gens entendent le bruit de tonnerre de l’injustice quand elle s’écroulera ».

Le front al-Nosra, alias Hayat Tahrir al-Cham, a fait régner l’injustice parmi les Syriens au nom d’al-Qaeda. Il a commis des assassinats, confisqué des propriétés et fait des arrestations arbitraires. Les Syriens se sont retournés contre al-Qaeda, qui a excommunié des musulmans pour avoir levé un drapeau qui n’était pas celui du group djihadiste.

Comme en Égypte et en Afghanistan, l’expérience d’al-Qaeda en Syrie a échoué et le groupe a perdu le soutien de la population. Ce soutien est un élément essentiel à la survie de tout acteur non étatique. C’est exactement l’avertissement qu’avait lancé le chef du Hezbollah libanais Sayyed Hassan Nasrallah aux djihadistes au début de l’insurrection armée en Syrie, quand il a dit que « le monde permet de vous rassembler en Syrie pour vous détruire et détruire le djihad au bénéfice des USA et d’Israël ». Nasrallah avait demandé aux djihadistes de retourner dans leur théâtre de djihad, en suivant les traces d’Oussama Ben Laden.

Il ne fait aucun doute qu’al-Qaeda en Syrie est à l’agonie et qu’il ne se relèvera pas dans un avenir prévisible. Il a atteint son zénith entre 2013 et 2015. En réagissant de la même façon que contre Daech, les populations du Levant et de la Mésopotamie n’autoriseront pas le retour de ces éléments. Les takfiris ont perdu la guerre (pas seulement la bataille). Le danger direct qu’ils représentaient en Syrie, en Irak et en Jordanie n’est plus le même.

Le seul groupe qui demeure compact, uni et plus fort que jamais après six années de guerre continuelle, c’est le Hezbollah. Le groupe a reçu plus de soutien que jamais en Irak, en Syrie et en Palestine. Il a acquis plus d’expérience dans l’art de la guerre, a obtenu d’autres bases militaires et s’est gagné l’appui d’une bonne partie de la population syrienne. Le groupe est en effet beaucoup plus stable et mieux organisé que bien des États avec lesquels il est engagé ou exerce une influence en raison de sa proximité. En font partie les pays du Golfe (où le Hezbollah a perdu ses appuis) et les autres qui étaient du côté des USA et d’Israël en 2006. Du point de vue du Hezbollah, ce ne sont pas de grosses pertes.

Al-Qaeda has been defeated in Bilad al-Sham and Hezbollah is the only consistent organisation left in the Middle East

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Abu Mohamad al-Joulani: a gun for hire, now hitting al-Qaeda in Syria

1 December 2017

By Elijah J. Magnier: @ejmalrai

“Joulani did it again…He is changing his rifle from one shoulder to the other…. He has become a gun for hire”. This is the language used by al-Qaeda militants in Syria, describing their previous Emir who pledged an oath to the leader of Al Qaeda Central, Ayman al-Zawaheri, a few years back. Today, Abu Mohammad al-Joulani, the leader of “Jabhat al-Nusra” (ex-Islamic State group turned into al-Qaeda), aka, Hayat Tahrir al-Sham”, is arresting Jihadist commanders and those known as the “old guard” who joined the Jihad in Syria a few years ago.

The wide arrest of jihadists forced Zawaheri to come out and make a declaration, accusing Joulani of abandoning the path of the Jihad and of repudiating his previous pledge of allegiance (Bay’a), whereas the al-Qaeda central Emir had saved Joulani from abu bakr al-Baghdadi’s (the ISIS leader) revenge.

The mere fact that Zawaheri issued his latest statement condemning Joulani’s activities confirms that the al-Qaeda Emir is in close contact with his followers on the ground and is well informed of the latest events. This gives the lie to the claim that no correspondence reaches Zawaheri until three months later, and that he is allegedly cut off from the latest developments.

Joulani has arrested high ranking commanders within al-Qaeda like the Jordanian Sami al-Aridi (ex-highest religious authority within Al-Nusra), Abu Julayleb al-Urduni (fought with Abu Musab al-Zarqawi in Iraq), Khelad al-Urduni, Abu al-Islam al-Diri, Abu Abdel Karim al-Khorasani, Abu Abdel Karim al-Masri and Abu Musab al-Libi (to name but a few). Joulani’s men also attempted (but failed) to arrest Abu al-Qassam al-Urduni (ex-vice of Zarqawi): he managed to escape.

Al-Qaeda and the mujahedeen in Syria rejected Joulani’s actions. Indeed ,the al-Qaeda “Special Forces” in the western sector, the Emir of al-Badiya in the northern sector Bilal al-San’aei (from Yemen) and other commanders in the military, administration and religious leadership of Joulani’s group contested the latest arrests. Moreover, the security and intelligence commander of Daraa (south of Syria), vice al-Mukhtar commander, the head of training and barracks Ab Muqdad al-Urduni: all issued communiqués condemning Joulani and requesting the immediate release of prisoners.

Most foreign fighters (Muhajereen) protested against the move of their leader and explained Joulani’s step as a logical but unwelcome attempt to distance himself from al-Qaeda, now that Jihadists, like ISIS, are no longer permitted to exist in Syria: it is time to end the war and start the political negotiation.

Joulani tried to absorb the shocked reaction of his own commanders by releasing Abu al-Saad al-Jazrawi (Saudi), sheikh Abdel Karim al-Masri (Egyptian) and Abu Moawiya al-Ansari. Nevertheless, the picture is very clear to jihadists: their leader is leaving al-Qaeda and putting an end to its influence.

Several commanders, such as Issam al-Tunisi (from Tunisia) tried to seek, with little success, reconciliation, and attempted to calm this storm ravaging jihadists in Syria. Issam al-Tunisi has asked, in his latest communiqué, for the release of all prisoners and that mediators be allowed to find a way out of this situation.

The principle of Bay’a is considered among jihadists as a religious and honourable “commitment before God” that should never be revoked. It is repeatedly quoted in the Muslim Holy book (al-Imran 76 & 77, al-Maida 1, al-Baqara 40 &177, al-Tawba 111, al-Raad 20 and 25, al-Fath 10).

However, it is not new for Joulani to revoke his Bay’a: he had pledged allegiance to ISIS in Iraq when he was sent to Syria in 2011 and revoked it to declare Bay’a to his new Emir Ayman al-Zawaheri. Today his latest Emir (and certainly not the least of them) seems to be Recep Tayyip Erdogan, the Turkish President, “new ruler in the north of Syria”.

What is pushing Joulani to put himself behind Turkey is nothing more than the de-escalation agreement between the Kremlin and Ankara, where Turkey is in charge of restoring control over Idlib to spare it from being stormed by the Syrian Army and its allies and to annex it to the Turkish influence area in Syria.

Joulani, a gun for hire and a survivor, rather than a faithful subject, calculated his risks and decided to change his clothes, taking off the al-Qaeda hat to keep well away from it- and become a “moderate”! But Joulani is creating many enemies around him, all in a small and confined area (Idlib): his physical presence (or absence) from the Syrian scene will make little difference, and his survival is very much in doubt .

Joulani’s betrayal of Baghdadi is a blessing for the entire Middle East. Had he accepted to join his forces with those of ISIS, jihadists would have occupied the entire Syrian territory, Lebanon, Jordan, Iran and reached the doors of Europe.

Instead he has decided to fight back to keep his position as an absolute group leader, rather than as a lieutenant fighting against ISIS, leaving behind thousands killed- and totally dispersing the formerly significant power of the jihadists. He has therefore attacked Syrian moderate groups and the ones trained and financed by the US, to end up fighting and splitting the strongest group in the north, Ahrar al-Sham.

Following this last clash with Ahrar, Joulani managed to divide Ahrar al-Sham into two groups. The first – along with the foreign fighters – adopted the Salafi Takfiri ideology and joined Joulani when he was the Emir of al-Qaeda group. The second group’s approach adopted a more pragmatic ideology (somewhere between the Salafists and the Muslim Brotherhood), declaring loyalty to Turkey. Ahrar counted before the split over 20,000 fighters. Today they are only a few thousand, controlling limited territories: Sahel al-Ghab, jabal al-zawiya, Ariha, rural Latakia and southern rural Aleppo.

Joulani bulldozered all Syrian groups so as to be able to finally sit on the throne of the “revolution”- even though he is far from being a revolutionary personality. In fact he is doing a remarkable job and is indeed a major contributor to breaking up the rump of jihadists in Bilad al-Sham (the Levant).

 

 

 

 

 

 

 

Background:

Joulani arrived in Syria with a group of “Islamic State in Iraq” (ISI) commanders and several scholars who were spreading Islamic teaching and manipulating the Syrian population to carry arms and lay claim to an Islamic Emirate or State. He led Jabhat al-Nusra, a branch of ISI (today known as ISIS) but was closely watched by the late ISIS spokesperson Abu Mohammad al-Adnani, who identified Joulani’s ambition and propensity to play solo.

When Baghdadi wanted to discipline his lieutenant abu Mohammad al-Joulani, he hid behind the skirts of Ayman al-zawaheri and pledged allegiance to his new leader, the AQ Central Emir Zawaheri.

This is where the AQC Emir made a huge mistake by protecting Joulani and creating a split between ISIS and al-Qaeda. Zawaheri found an opportunity to revive AQ that had been hit hard by the assassination of Usama Bin Laden. To control Bilad al-Sham is the dream of all jihadists, thereby somehow to resuscitate the ancient Islamic Caliphate.

Joulani indeed was the biggest threat to the Syrian government: his group reached Sahat al-Abbasiyyeen in the heart of Damascus in 2013, triggering the direct intervention of large numbers of the Lebanese Hezbollah.

Zawaheri and Baghdadi never stopped bickering and the split between the two groups was not simple: both groups killed each other’s members in battle in the Muslim World, and far beyond the Syrian borders. Zawaheri saw hope in his new protégé Joulani and called upon all Mujahedeen to join Syria and fight under Joulani’s command. It really felt like the beginning of the possibility to materialise a dream and create an Islamic Emirate.

But today Joulani betrayed his second Bay’a and threw al-Qaeda leaders and key figures into jail. Even those who were freed from Iran’s jails in exchange for Sheikh al-‘Ani (the exchange was organised by al-Qaeda in the Arabia Peninsula – AQAP – where Iranian diplomat was exchanged) ended up in Joulani’s prison in Idlib. To discredit these, Joulani’s followers are spreading false claims, calling those arrested “Iran’s sheikhs”.

Sayed Qutub was asked once: “Why does injustice prevail over justice”? He answered: “So that people can hear the thundering sound of injustice when it falls”. Al-Nusra, aka Hayat Tahrir al-Sham, spread injustice among Syrians in the name of al-Qaeda. They carried out assassinations, confiscation of properties, and indiscriminate arrests. The Syrians turned against al-Qaeda, they who excommunicated Muslims for raising the flag.

As in Egypt and in Afghanistan, the experience of al-Qaeda in Syria failed and lost the support of society. That support is an essential element of survival for any non-state actor. This is exactly what the Lebanese Hezbollah leader Sayyed Hassan Nasrallah warned jihadists about at the beginning of the armed unrest in Syria, when he said “the world is allowing your gathering in Syria to destroy you all and destroy Jihad, all for the benefit of the US and Israel”. Nasrallah had asked Jihadists to return to their jihad theatre, on the same path as Usama Bin laden.

There is no doubt that al-Qaeda in Syria is in agonising death throes and will never recover in the foresee able future. It reached its zenith in 2013-2015. Like the reaction against ISIS, the societies of the Levant and Mesopotamia will not allow these elements to return: the Takfiri have lost the war (not just the battle). The direct danger to Syria, Iraq and Jordan is over.

The only group that remains compact, united, and stronger than ever, after over six years of non-stop war is Hezbollah. The group has received more support in Iraq, Syria, and Palestine, than ever before. It has gathered more experience in warfare, earned more military bases, and generated the backing of a large part of the Syrian population. Indeed it is considerably more stable and more effectively organised than many of the states with which it is involved, or which it influences through its acquired proximity. This includes the Gulf states (whose support Hezbollah has lost), and others who aligned with the US and Israel, in 2006. After all, the losses, certainly in Hezbollah’s perspective, are not that great.

 

 

La guerre froide entre les USA et l’Iran s’annonce chaude en Syrie

30 Novembre 2017

Publié ici:    

Le désert de l’Anbar – Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

La guerre en Syrie tire à sa fin, mais elle sera remplacée bientôt par une guerre d’un tout autre genre, plus précise et plus difficile, une guerre mettant aux prises les pays limitrophes et les pays qui s’activent en territoire syrien. Cette guerre concerne les pays qui ont des intérêts et des ambitions dans le secteur, comme les États‑Unis, la Turquie, l’Iran et Israël.

Ces pays tentent d’établir des équations et des contrepoids leur permettant de rester dans le Levant et d’atteindre leurs objectifs. La différence fondamentale est que seul l’Iran dispose d’un allié indéfectible à l’intérieur de l’équation existante, un allié qui s’est tenu debout pendant toutes ces années de guerre, alors que tous avaient misé sur sa chute quelques semaines et mois à peine après le début du conflit. Cet allié, c’est le président syrien Bachar al-Assad.

Les États-Unis et la Syrie 

Les États-Unis ont clairement défini leur objectif politique en Syrie et vont tenter de l’atteindre, quoique leur chance de succès est bien mince.

À ce moment où la guerre contre le groupe armé « État islamique » (Daech) n’est pas tout à fait terminée, les forces américaines ont établi une sorte de coexistence avec l’organisation terroriste, qui demeure sous leur protection (la Russie n’est pas autorisée à entrer dans la zone opérationnelle des USA). Cette protection est assurée aussi longtemps que Daech ne s’en prendra pas aux forces américaines ou à leurs mandataires kurdes et arabes qui combattent ensemble sous la bannière des « Forces démocratiques syriennes » (FDS).

Les forces américaines ont cessé leurs frappes aériennes dans les secteurs à l’est de l’Euphrate contrôlés par « Daech ». Le groupe ne sera pas attaqué aussi longtemps que ses forces combattantes continueront de planifier leurs attaques essentiellement contre l’armée syrienne et ses alliés. Selon des sources se trouvant à la base de Hameimim, les USA continuent de déployer des drones au-dessus des secteurs à l’est du fleuve afin de surveiller Daech sans gêner ses déplacements dans une zone limitée. À moins qu’une occasion se présente de s’offrir des combattants étrangers considérés comme une prise de valeur (estime la source), les drones américains vont continuer de bourdonner dans le ciel syrien au-dessus de Daech et des alliés syriens dans le secteur.

Ce qui s’est passé ces dernières semaines indique que les USA ont autorisé Daech à circuler librement dans la zone sous le contrôle des USA et à rassembler ses forces pour attaquer les forces syriennes et leurs alliés (Corps des gardiens de la révolution islamique de l’Iran, combattants irakiens d’al-Nujaba et Hezbollah libanais) et ralentir leur progression vers Albu Kamal, en tentant en vain d’empêcher la libération de la ville.

La politique américaine va à l’encontre des objectifs en vertu desquels les forces internationales dirigées par les USA ont atterri en Syrie pour combattre le terrorisme. Washington agit comme une force d’occupation en ne veillant qu’à ses propres intérêts, qui l’amènent parfois à assurer la protection des forces de Daech. Ces dernières peuvent être manipulées et déplacées à l’intérieur de lignes à ne pas franchir sans risquer d’être attaquées. L’élimination du terrorisme ne semble plus être l’objectif des USA et de leurs partenaires européens et arabes actifs en Syrie.

Washington tente d’établir un équilibre avec Damas et Téhéran, en s’imaginant que Daech fait figure de contrepoids au Hezbollah libanais et au Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) en territoire syrien, à cette immense différence près : contrairement aux USA, l’Iran et ses alliés sont sur place à la demande du gouvernement syrien. Ils pourront se retirer quand le danger que représentent Daech et « Al-Qaeda » sera écarté, ou quand Damas sera convaincu qu’il peut défaire le terrorisme et les terroristes et obtenir le retrait de toutes les forces d’occupation.

Toutefois, la politique américaine en Syrie consiste à laisser planer la menace takfirie au-dessus du Bilad al-Cham et de la Mésopotamie à l’est de l’Euphrate et dans le désert de l’Anbar. Daech est actif dans ce secteur depuis 2001 (d’abord sous un nom différent) et possède une connaissance approfondie de sa géographie. Le groupe terroriste pourrait ainsi, comme les forces sur le terrain dans le secteur s’y attendent, frapper les armées syrienne et irakienne régulièrement en causant des pertes à répétition.

Les forces américaines et russes ont divisé l’est et l’ouest de l’Euphrate en zones d’intérêt et de contrôle relevant de chacune des deux superpuissances. Par conséquent, les forces aériennes russes et syriennes ne peuvent violer cet accord sans entrer en confrontation avec les États-Unis.

Les USA ont aussi imposé une règle d’engagement aux forces syriennes et à leurs alliés : si les forces américaines sont attaquées en Syrie, elles vont frapper les forces iraniennes ou pro-iraniennes basées au Levant. Cette situation risque de devenir très dangereuse et laide pour les USA et leurs intérêts en Syrie, en Irak et même dans l’ensemble de la région (il en est question plus loin). Bien des forces irakiennes sont prêtes à s’attaquer aux forces américaines si jamais elles s’en prenaient à « l’axe de la résistance » dont ces groupes irakiens se réclament.

Quant aux Kurdes syriens, ils commencent à se rendre compte que les USA les ont utilisés pour parvenir à propres fins et objectifs politiques. Les USA ne laisseront pas tomber la Turquie, à la fois membre de l’OTAN et ennemi déclaré des Kurdes syriens, juste pour faire plaisir à leurs nouveaux mandataires kurdes. Les USA ne cherchent qu’à s’établir dans une zone non hostile le temps que leurs troupes continuent d’occuper le nord de la Syrie.

La Turquie croit qu’elle a le droit de frapper les Kurdes et tente de pousser ses forces vers Efrin, à la frontière au nord-ouest de la Syrie. La Turquie ne s’en prendra pas aux Kurdes de l’autre côté du fleuve tant que les forces américaines seront déployées dans le secteur.

Le dernier point à ce sujet est l’intention de Washington d’exploiter la présence de 11 ou 12 millions de réfugiés syriens à l’étranger et de personnes déplacées à l’intérieur du pays aux prochaines élections présidentielles. Les USA ont demandé à l’ONU à se tenir prête à superviser les élections en y jouant un rôle de surveillance. Par conséquent, tous les pays (en particulier le Liban et la Jordanie) sont priés de garder les réfugiés syriens et les empêcher de retourner voter chez-eux. Les USA et l’UE croient qu’ils peuvent influencer le résultat des élections présidentielles et gagner par la voix des urnes ce qu’ils n’ont pu obtenir sur le champ de bataille (un changement de régime).

 

L’Iran et les États-Unis en Syrie

L’Iran n’hésitera pas à annoncer le retrait de ses forces de la Syrie pour nuire aux règles d’engagement et aux objectifs des USA. L’Iran maintient la présence d’environ 250 conseillers militaires en Syrie et a envoyé quelques milliers de soldats combattre en Syrie depuis 2013. Ces derniers ont joué un rôle de premier plan, notamment lors des batailles d’Alep, d’Hama et de la Badia (steppes syriennes), de pair avec d’autres forces alliées.

L’Iran a cependant des conseillers et des bureaux en Syrie depuis 1982 (invasion israélienne au Liban), en ayant obtenu la bénédiction des dirigeants syriens lorsque le président Hafez al-Assad était au pouvoir. Cette présence se poursuit parce que la Syrie et l’Iran (ainsi que le Hezbollah) font partie de « l’axe de la résistance », qui est devenu beaucoup plus puissant que lors de sa création en 2010, en réaction aux propos de George W. Bush qui avait qualifié l’Iran et l’Irak (plus la Corée du Nord) « d’axe du mal ».

L’Iran ne fournira aucune excuse pour amener les USA à s’en prendre à ses troupes directement parce que les deux protagonistes, les USA et l’Iran, savent que les forces américaines seront visées directement au Moyen-Orient dans les années à venir, aussi longtemps qu’elles seront perçues comme une force occupante en Syrie.

Il est donc peu probable que l’Iran prenne directement pour cible les forces américaines. L’Iran soutient le président Bachar al-Assad et dispose de nombreux alliés, qui ne demandent pas mieux que de s’attaquer aux forces américaines si elles restent en Syrie ou tentent de frapper les alliés syriens.

Pour ce qui est du Hezbollah, les États-Unis n’oseront jamais s’attaquer à ses forces terrestres ou à ses bases en Syrie (et au Liban). S’ils le font, les missiles stratégiques du Hezbollah vont assurément frapper Israël. Les dirigeants du Hezbollah ont déjà pris cette décision et la mettront en pratique si jamais Israël attaquait les positions du Hezbollah en Syrie.

Le Hezbollah et les forces iraniennes ont également isolé le passage frontalier d’al-Tanaf, où se trouvent des forces américaines et britanniques qui ont établi un paramètre de sécurité de 55 kilomètres pour empêcher l’armée syrienne et ses alliés de l’atteindre. En outre, les forces irakiennes ont avancé du côté irakien d’al-Tanaf, afin de compléter l’encerclement des forces américano-britanniques.

Ces forces sont plutôt en mauvaise posture. Leur occupation du passage frontalier d’al-Tanaf les oblige à s’occuper de quelque 40 000 familles syriennes déplacées dans le secteur, dont la seule voie de ravitaillement se fait du haut des airs ou en traversant le désert irakien. Il y a également de nombreux groupes à Hassaké qui ont appris à se servir d’engins explosifs improvisés perfectionnés et camouflés de façon à ce que les USA comprennent ce message : soyez prêts à ce que le coût de votre présence en Syrie se paie en vies humaines.

Assad soutient également des tribus arabes présentes à Raqqa et à Hassaké pour qu’elles se tiennent prêtes en tant que forces de la résistance. Assad est déterminé à récupérer tous les gisements pétroliers et gaziers à l’est de l’Euphrate, y compris ceux encore sous le contrôle de Daech et sous protection des USA. La Russie pourra toutefois commencer à effectuer des forages pour trouver du pétrole et du gaz (ainsi qu’au large de la côte méditerranéenne) afin de sécuriser davantage l’approvisionnement du gouvernement syrien.

En prenant de vitesse les forces américaines à Albu Kamal, les forces de Damas et leurs alliés ont réussi à prendre le contrôle de toutes les villes syriennes de la région à l’exception de Raqqa, qui a été complètement dévastée par les bombardements américains. Damas ne voit pas d’objection à ce que les USA et l’UE reconstruisent ce qu’ils ont détruit, tant qu’ils quittent ensuite le Levant une fois pour toutes.

Pour en revenir aux élections présidentielles, le président al-Assad n’acceptera pas de fixer de date précise tant que les personnes déplacées à l’intérieur du pays et que les réfugiés ne seront pas revenus à la maison, surtout depuis que la majeure partie de la « Syrie utile » a été libérée (à l’exception d’Idlib et de Daraa). Ainsi, Assad surveille attentivement les choses, en étant pleinement conscient que le plan des USA, de l’UE et de l’ONU visant à le faire renverser (par la voix des urnes) n’est qu’un vœu pieux irréaliste de l’Occident.

Par ailleurs, la Turquie parle déjà de rétablir ses relations avec Assad. Les Kurdes syriens dont les forces sont sous le commandement des États-Unis ouvrent aussi de nombreux canaux de communication avec Damas, car ils sont conscients du fait que les USA les laisseront tomber à la moindre occasion, une fois qu’ils ne serviront plus leurs intérêts. Les Kurdes veulent un État fédéral, une demande qui ne sera pas comblée par Damas. Assad ne veut discuter d’aucune réforme tant que la Syrie reste occupée (comme elle l’est par la Turquie et les USA).

Quant à Israël, il est devenu le maillon faible entre les USA et le Hezbollah, car il paie le prix pour sa tentative de changement de régime en Syrie et en raison de la dynamique qui a changé sur le terrain. Le Hezbollah et l’Iran ne quitteront pas la Syrie et ne se soumettront à aucune distance de sécurité, tant qu’ils seront sur le territoire syrien et qu’Israël continuera d’occuper les hauteurs du Golan. Ce qui est plus important encore, c’est que le président Assad est prêt à laisser le champ libre à la résistance syrienne pour qu’elle reprenne le Golan et impose une nouvelle règle d’engagement à Israël en réponse à tout viol de l’espace aérien ou frappe aérienne.

La présence américaine en Syrie ne sera pas une partie de plaisir. Il va sans dire que la suite des choses promet d’être intéressante.

The American – Iranian Cold War gets off to a hot start in Syria

Photo taken on the Syrian-Iraqi borders close to ISIS position

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30 November  2017

The Anbar Desert – by Elijah J. Magnier: @ejmalrai

The Syrian war is coming to an end but is soon to be replaced by a war of another kind, more precise and difficult, a war between the neighbouring countries and those countries operating on Syrian territory. This concerns countries with interests and ambitions in the area, such as the United States, Turkey, Iran and Israel.

These countries are trying to establish equations and balances that enable them in an attempt to remain in the Levant to achieve their goals. The fundamental difference is that only Iran has a strong ally within this equation, an ally that stood tall through many years of war when everyone had bet on his fall in the first weeks or months: the Syrian President Bashar al-Assad.

America and Syria:

The United States has clearly defined its policy in Syria, and will try to achieve it but it has slim chances of success.

As the war did not completely end against the “Islamic State” (ISIS) group in Syria, US forces have installed a state of coexistence with this terrorist organisation, remaining under US protection (Russia is not allowed to cross the US operational area). This is possible as long as ISIS doesn’t attack the US forces or their proxy Kurds and Arabs fighting together under the “Syrian Democratic Forces” (SDF) flag.

The US forces have halted strikes over the areas east of the Euphrates River, controlled by “ISIS”. The group will not be attacked as long as its forces are planning assaults only in the direction of the Syrian army and its allies. However, the US has kept its drones – according to sources at the Hameimim base – over areas east of the river to monitor ISIS without interfering in its movement within a limited area. Unless the occasion presents itself to hit identified foreign fighters considered a valuable catch (estimate the source), US drones will keep circling the sky of Syria over ISIS and the Syrian allies in the area.

What has happened in recent weeks indicates that the US has allowed ISIS to move freely within the area under US control and gather its forces to attack and slow down the advance of the Syrian forces and its allies (Iranian IRGC, Iraqi Nujaba’ and Lebanese Hezbollah) towards Albu Kamal and try in vane to stop the liberation of the city.

The US policy contradicts the objectives for which the US-led multinational forces landed in Syria to fight terrorism. Washington is acting as an occupation force in accordance with its own interests: this sometimes requires the protection of ISIS forces. These can be manipulated and directed by delineating red lines and lines through which it can move without being attacked. The elimination of terrorism seems no longer to be the objective of the US and its European and Arab partners working in Syria.

Washington is trying to create a balance with Damascus and Tehran, imagining ISIS as a sort of balancing force to cancel out the Lebanese Hezbollah and the other Iranian Revolutionary Guard Forces (IRGC) on Syrian soil. However, there is a great difference in the US approach because, unlike the US, Iran and its allies are present at the request of the Syrian government. They can withdraw when the danger of ISIS and “Al Qaeda” disappears, or when Damascus feels confident it can defeat terrorism and terrorists and obtain the withdrawal of all occupation forces.

Nevertheless, the US policy in Syria maintains the Takfiri danger over Bilad al-Sham and Mesopotamia in the eastern area of the Euphrates and the Anbar desert. ISIS has been operating in this area since 2001 (under a different name) and has deep knowledge of the geography. This would allow – as forces on the ground in the area expect – the terrorist group to hit the Syrian and the Iraqi armies regularly, creating ongoing casualties.

The US and the Russian forces have divided the east and west of the Euphrates into areas of interest and control for each of the two superpowers. Therefore, neither the Russian nor the Syrian Air Forces can violate this agreement without clashing with the United States.

Also, the US is imposing a Rule Of Engagement (ROE) over the Syrian forces and its allies: if attacked in Syria, US forces will strike Iranian and pro-Iranian forces based in the Levant. This might turn out to be a very dangerous and ugly situation for the US and its interests in Syria, Iraq and indeed the whole region (as we shall see later in this article). There are many Iraqi forces willing to hit the US forces if ever these position themselves against the “axis of the resistance”, as many Iraqi forces feel part of it.

As for the Syrian Kurds they have begun to realise that the US has used them for its own political purposes and objectives. The US won’t let go of Turkey, a NATO member and a declared enemy of the Syrian Kurds, only to please its new Syrian proxies. The Kurds have, strategically, little to contribute to US objectives in the Middle East. The US only needs a non-hostile area to position itself in for as long as its troops need to stay and occupy northern Syria.

Turkey believes it has the right to strike the Kurds and is trying to push its forces towards Efrin, on the north-western borders. Turkey won’t hit the Kurds on the other side as long as the US forces are deployed in this specific area.

The last point in the context is Washington’s plan to exploit the presence of some 11-12 million Syrian refugees and internally displaced persons in the forthcoming presidential elections. The US has asked the UN to be ready to organise its supervision of the election to play a monitoring role. Therefore, all countries (especially Lebanon and Jordan) become a force to hang on to the Syrian refugees and prevent these from returning to vote at home. The US and the EU believe they can influence the outcome of the presidential elections and obtain through ballot what they have failed to reach on the battlefield (regime change!).

Iran and America in Syria

Iran will not hesitate to announce the withdrawal of its forces from Syria to disrupt the US ROE and upset the US’s objectives. Iran maintains about 250 Iranian military advisers and a few thousand troops it has brought from Iran to fight in Syria since 2013. These played a key role especially in the battles of Aleppo, Hama and al-Badia (the Syrian Steppe) along with other allies.

However, Iran has had advisers and offices in Syria since 1982 (the Israeli invasion to Lebanon) with the approval of the Syrian authority under the rule of the late President Hafez al-Assad. This presence will remain because Syria and Iran (and Hezbollah) are part of the “axis of resistance” which has become much stronger than in the days of its creation in 2010, when it opposed President George W. Bush who had called all these elements (plus North Korea) the “axis of evil.”

Iran will not leave any excuse for the US to strike its troops directly because the two – America and Iran – know that US forces will be directly hit in the Middle East in years to come as long as it is declared to be an occupying force in Syria.

It is however unlikely that Iran will target US forces directly. Iran supports President Bashar al-Assad and therefore enjoys many allies, all eager to hit the US forces if these remain in Syria or try to hit Syrian allies.

As for Hezbollah, the United States will never dare to attack its ground forces or bases in Syria (and Lebanon). If it does, Hezbollah’s strategic missiles will certainly hit Israel. Hezbollah leadership already took this decision and will also implement it if ever Israel attacks Hezbollah positions in Syria.

Also, Hezbollah and Iranian forces have isolated the al-Tanf crossing where US and British forces are located and has established a 55 kilometres safety parameter, preventing any Syrian or its allies from breaking it. Moreover, the Iraqi forces pushed troops on the al-Tanaf Iraqi side, to completing the circle around the US-British forces.

The US forces are not in a brilliant position. Their occupation of al-Tanaf crossing commits them to supporting some 40,000 Syrian families displaced in the area, where the only supply route would be by air or through the Iraqi desert. Also, there are many groups in al-Hasaka who have learned the use of sophisticated and camouflaged IEDs so that the US understands the message: your presence in Syria will cost you human lives, be ready.

Assad is also supporting Arab tribes operating in al-Raqqah and al-Hasaka, to be ready as a resistance forces. Assad is determine to recover all energy (oil and gas) fields east of the Euphrates, including those still under ISIS control and US protection, but Russia will be able to start drilling for oil and gas (also off the Mediterranean coast) to secure additional supplies for the Syrian government.

By preceding the US forces to the nearby Albu Kamal, Damascus forces and its allies control all the Syrian cities in the region except for the city of Al-Raqqah, which was completely devastated by the US bombing. Damascus wouldn’t mind seeing the US and the EU reconstructing what they have destroyed, and then leaving the Levant forever.

As for the presidential elections, President al-Assad will not accept fixing a specific date unless internally displaced persons and refugees return home, particularly since most of “useful Syria” is liberated (with the exception of Idlib and Daraa). Thus, Assad is carefully watching, very much aware that the US-EU-UN plan to overthrow him (through the ballot box) is the West’s unrealisable wishful thinking.

On the other hand, Turkey is already talking about re-establishing its relationship with Assad. Also, the Syrian Kurdish forces operating under the United States are opening many channels with Damascus, aware the US will drop them at the first opportunity, once they no longer serve their purpose. The Kurds are asking for a federal state, a request that won’t be fulfilled by Damascus. Assad is not willing to discuss any reforms so long as Syria is occupied (as it is by the US and Turkey).

As far as Israel is concerned, it has become the weakest link between the US and Hezbollah, paying a price for the attempt to change the regime in Syria and for any change of dynamic on the ground. Hezbollah and Iran won’t leave Syria and will not abide by any security distance, as long as it is on Syrian territory and Israel maintains an occupation of the Golan Heights. But more importantly, President Assad is prepared to open the door to the Syrian resistance to regain the Golan and impose new ROE with Israel to respond to any air breach or air strike.

The US presence in Syria is not going to be a walkover, interesting days ahead.

Zone tampon US au nord-est de la Syrie et pont terrestre de Téhéran à Beyrouth

 

Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

La victoire de l’armée syrienne et de ses alliés contre le groupe armé « État islamique » dans la ville d’Albu Kamal, au nord-est du pays, ouvre pour la première fois la route reliant Téhéran, Bagdad, Damas et Beyrouth depuis l’annonce de la création de la République islamique d’Iran en 1979, car elle est dorénavant sûre et non hostile pour les quatre capitales et leurs dirigeants.

Les États-Unis ont tenté de bloquer cette route entre Téhéran et Beyrouth à la hauteur d’Albu Kamal, en poussant les forces kurdes à s’engager dans une course effrénée, mais Washingon n’a pu atteindre ses objectifs.

L’armée syrienne et ses alliés (le Hezbollah libanais, la Garde révolutionnaire iranienne et le Harakat al-Nujaba’ irakien) ont libéré la ville et ouvert la frontière avec l’Irak au passage de Qa’im. Les militants de Daech se sont enfuis dans le désert de l’Anbar irakien et à l’est de l’Euphrate, où les forces américaines et kurdes s’activent.

Les États-Unis ont établi de nouvelles règles d’engagement à l’est de l’Euphrate, en informant les forces russes qu’ils ne toléreront la présence d’aucune force terrestre (l’armée syrienne et ses alliés) à l’est de l’Euphrate et qu’ils bombarderont toute cible s’approchant de l’est du fleuve, même si l’objectif de ces forces terrestres est de pourchasser des combattants de Daech.

Les USA imposent ainsi une nouvelle zone d’exclusion aérienne non déclarée, sans même se soucier de nier qu’elle sera à l’avantage des forces de Daech en leur offrant une forme de protection à l’est de l’Euphrate. D’autant plus que les bombardements de la coalition internationale dirigée par les USA ont considérablement diminué.

En lançant cet avertissement, Washington rend effective la présence d’une force d’occupation en Syrie, puisque la présence de la coalition était liée à la lutte contre Daech, comme on l’avait annoncé précédemment. Aujourd’hui, Daech a perdu toutes les villes qu’il occupait depuis juillet 2014 en Irak et même avant en Syrie. La présence des forces américaines au Levant ne repose donc sur aucun motif légal.

En devenant une force d’occupation, les militaires américains et leurs mandataires kurdes sous leur commandement s’exposent à des attaques similaires à celle qu’ils ont subie en Irak et à celle qui les a frappés au Liban en 1982, pendant l’invasion israélienne.

Les États-Unis ne pourront plus bloquer la route irako-syrienne (Al-Qaim-Albu Kamal), car elle est liée à la souveraineté de deux pays. Ce qui ne veut pas dire que Téhéran utilisera cette route pour transporter des armes qui passeront par Bagdad et Damas à l’intention du Hezbollah au Liban, et ce, pour deux raisons :

Premièrement, l’Irak est un pays souverain et le premier ministre Haider Abadi ne permettra à aucun parti armé irakien de garder son arsenal, car ce sont les forces armées irakiennes qui sont chargées de maintenir la sécurité du pays, surtout depuis la défaite de Daech dans toutes les villes.

La prochaine étape d’Abadi sera de désarmer tous les mouvements et organisations de l’Irak en 2018, probablement après les prochaines élections qui se tiendront en mai. Selon des sources bien informées, l’Iran et la Marjaiya à Nadjaf (et la majorité des partis irakiens) souhaitent qu’Abadi soit réélu pour un autre mandat.

Cela signifie que l’Irak ne permettra pas que son territoire serve à financer des acteurs qui ne relèvent pas de l’État, même s’ils ont contribué à l’élimination de Daech. Il ne permettra pas non plus que transitent par le pays des armes destinées à un allié qui a combattu avec les forces irakiennes, comme le Hezbollah, parce que l’Irak n’a pas pris position contre les États-Unis et les pays de la région. Cette bataille n’est pas celle de l’Irak.

Deuxièmement, le Hezbollah n’a pas besoin de cette voie terrestre entre Téhéran et Beyrouth, parce que les liens maritimes et aériens avec Téhéran sont ouverts jusqu’en Syrie puis, de là, jusqu’au Liban. De plus, le Hezbollah n’a plus besoin d’armes supplémentaires au Liban, surtout depuis que le front libano-syrien ne fait qu’un en cas de guerre à venir contre Israël.

En ce qui concerne la Syrie, les préparatifs en vue des rondes de négociation difficiles et complexes visant à ouvrir la voie à des pourparlers politiques ont maintenant commencé à Sotchi, en Russie. Il est clair que ces pourparlers seront difficiles, car les États-Unis ont des demandes, tout comme la Turquie, qui a fait part de son intention de prolonger son séjour au nord de la Syrie.

C’est dans ce contexte que le président syrien Bachar al-Assad se prépare en vue de l’établissement d’une nouvelle constitution, dont les travaux s’y rapportant ont commencé il y a plusieurs mois. Des spécialistes syriens et internationaux des droits de la personne et du droit en général tiennent des discussions avec divers groupes sur la façon de jeter de nouvelles bases constitutionnelles en Syrie, afin d’amener les nombreuses factions opposées à Damas à déposer leurs armes et à joindre les négociations sur l’avenir de la Syrie.

Le seul problème qui reste, c’est la présence d’al-Qaeda dans le Bilad al-Cham et de milliers de combattants étrangers à Idlib, qui attendent les résultats des négociations turco-syriennes.

La guerre a été longue et complexe, principalement en raison des renversements d’alliances. Mais la paix sera tout aussi complexe à instaurer si l’on veut éviter de nouvelles guerres reposant sur la vengeance et un désir cupide de conquérir des territoires.