Le Hezbollah a mis fin au transfert d’armes de la Syrie au Liban

IMG_5363

18 Novembre 2017

Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Ces derniers jours, le Hezbollah a accru son état de préparation militaire sur l’ensemble du territoire libanais et il a mis ses forces armées sur un pied d’alerte à la suite des menaces proférées par un certain nombre de pays, notamment d’Israël et de l’Arabie saoudite. Les forces du Hezbollah se sont mobilisées en vue d’une activité hostile possible à la frontière ou dans le pays, en dépit du fait que ses dirigeants sont convaincus qu’Israël n’engagera pas une guerre dans un avenir proche ou lointain.

Selon des sources bien informées, le Hezbollah craint l’assassinat possible d’une personnalité libanaise sunnite ou chrétienne bien connue, qui ne serait pas sans rappeler l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafik Hariri en 2005. Le but serait de mélanger les pions sur l’échiquier libanais, d’accuser le Hezbollah et de mettre dans l’embarras le président Michel Aoun.

Aoun a relevé le défi de Riyad pendant les événements récents liés à la démission télévisée du premier ministre Saad Hariri. Il a accusé l’Arabie saoudite de retenir Hariri en otage (pendant plus de deux semaines), en qualifiant la soumission du premier ministre comme étant « inconstitutionnelle et illégitime ».

Qui plus est, le Hezbollah, en coordination avec l’Iran, a donné l’ordre de ne pas transférer les armes envoyées à son intention de l’Iran au Liban en passant par la Syrie pour des motifs dûment motivés :

-Il n’y a plus de raison d’entreposer des armes au Liban, parce que le front libano-syrien est dorénavant uni. Le Hezbollah devra maintenir la présence de missiles à longue portée de haute précision en Syrie, confirmant ainsi les propos du secrétaire général du Hezbollah Sayyed Hassan Nasrallah et du président syrien Bachar al-Assad, voulant que « la Syrie et le Liban forment un même front contre Israël dans la prochaine guerre ».

– Le Hezbollah dispose d’un énorme stock d’armes au Liban, ses entrepôts débordent. Le Hezbollah peut donc soutenir une longue guerre si Israël décide d’attaquer le Liban, en plus de posséder la capacité de lancer des centaines de roquettes et missiles chaque jour.

Il ressort clairement de cela que le président Bachar al-Assad est sorti plus fort de la guerre qui se prolonge depuis plus de six ans dans son pays. Son attention est maintenant tournée vers la menace israélienne, en phase avec le Hezbollah, pour faire comprendre à l’Arabie saoudite et à Israël que le Hezbollah ne sera pas laissé à lui-même dans toute lutte à venir, parce que le front qui s’étend de Naqoura au Golan est dorénavant uni. Assad est déterminé et capable de répondre à toute violation israélienne, à la suite de la défaite totale du groupe armé « État islamique » dans toutes les villes syriennes.

Assad a ainsi vécu la guerre, a survécu à cette guerre et a appris à accepter les pertes. Pendant les temps difficiles de la guerre, le nombre de soldats tués lors de certaines batailles se dénombrait par centaines. Les dirigeants syriens sont mieux préparés à accepter les conséquences de toute guerre à venir contre Israël, tant que les buts sont atteints malgré les sacrifices requis.

Mais Assad ne sera pas le seul à répondre à toute attaque à venir contre le Hezbollah. Des milliers de combattants provenant des pays avoisinants se trouvent en Syrie à la demande du gouvernement syrien. Ces combattants ne resteront sûrement pas les bras croisés dans une prochaine guerre contre Israël si jamais elle se produisait.

Damas veillera à ne pas provoquer les États-Unis directement dans une prochaine guerre contre Israël, mais il laissera le champ libre à la résistance syrienne si jamais les USA décident d’occuper le nord-est de la Syrie.

La présence de militaires russes au Levant pourrait empêcher l’ensemble des belligérants de se laisser entraîner dans une grande guerre touchant de nombreuses frontières, ou même dans une troisième guerre mondiale. Jusqu’à maintenant, Israël a montré des signes que ses forces armées sont conscientes du danger et qu’elles ne se laisseront pas entraîner dans une guerre régionale malgré le soutien financier offert par l’Arabie saoudite. Les Saoudiens sont responsables d’avoir enlevé le premier ministre libanais Saad Hariri (il a été libéré aujourd’hui), dans le but de rendre le Liban plus vulnérable et d’amener Israël, en vain, à attaquer ce que le Royaume définit comme « le bras de l’Iran » au Moyen-Orient.

La Russie n’a pas conclu d’accord avec Israël en ce qui concerne la présence de forces armées iraniennes et loyales à l’Iran en Syrie, notamment à la frontière avec Israël. La disposition du territoire syrien n’est pas négociable pour le Kremlin, car c’est l’affaire du gouvernement syrien, qui a l’intention de récupérer le Golan occupé une fois que la menace que représentent Daech et al-Qaeda, ces extrémistes takfiris, s’estompera en Syrie.

 

En Anglais: 

En Arabe:  via

Hezbollah has Stopped the Flow of Arms From Syria to Lebanon

IMG_5375

18 November 2017

By Elijah J. Magnier:

Hezbollah has raised its military readiness on the whole Lebanese territory in the last few days and put its forces on high alert in the light of the threats it has received from a number of countries, and especially from Israel and Saudi Arabia. Hezbollah forces have been mobilised in the event of any hostile activity on the borders or in the country, notwithstanding the ongoing conviction of its leadership that Israel will not wage war in the near or distant future.

According to well informed sources, Hezbollah fears the possible assassination of a well-known Lebanese figure, Sunni or Christian, similar to the assassination of former Lebanese Prime Minister Rafik Hariri in 2005. The aim would be to re-mix the cards on the Lebanese scene, accuse Hezbollah and to embarrass President Michel Aoun.

Aoun has raised the challenge against Riyadh during the recent events related to the televised resignation of Prime Minister Saad Hariri, and he has accused Saudi Arabia of holding Hariri as a hostage (for more than two weeks), defining the Prime Minister’s submission to this act as “unconstitutional and illegitimate.”

Moreover, Hezbollah, in coordination with Iran, has issued orders not to transfer weapons sent to it from Iran via Syria to Lebanon for clearly motivated reasons:

-There is no longer a reason to store weapons in Lebanon because the Lebanese-Syrian front has become united. Hezbollah needs to maintain accurate and long-range missiles in Syria, confirming what Hezbollah Secretary-General Sayyed Hassan Nasrallah and Syrian President Bashar Assad have said, that “Syria is one front against Israel in the next war.”

– Hezbollah’s weapons stores in Lebanon are full, its warehouses are overflowing. Hezbollah therefore could maintain a long war if Israel did decide to attack Lebanon, and has the capability of launching hundreds of rockets and missiles daily.

It is clear that President Bashar al-Assad has emerged stronger from the war that has been going on for more than six years. His thinking is now orientated towards the Israeli threat, to tune in with Hezbollah and to assure Saudi Arabia and Israel that Hezbollah will not be left alone in any future battle because the front from Naqoura to the Golan is now united. Assad is determined and able to respond to any Israeli violation following the total defeat of the “Islamic State” in all the Syrian cities.

Thus, Assad has lived with and survived the war and has learned to accept losses: during the hard days of the war, the number of soldiers killed reached hundreds in some battles. The Syrian leadership is in a better position to accept the consequences of any future war with Israel as long as the goals are reached despite the sacrifices required.

But Assad will not be alone facing any future attack on Hezbollah. There are thousands of fighters in Syria from neighbouring countries, at the request of the Syrian government. These shall certainly not be neutral in the next war with Israel if it should happen.

Damascus will be careful not to provoke directly the United States in the next war with Israel, but it will give a free hand to the Syrian resistance if the US decides to occupy north-east Syria.

The presence of Russian troops in the Levant may not allow all belligerents to be dragged into a large war with multiple frontiers and certainly not a third world war. Israel is so far giving signs that its forces are aware of the future danger and won’t be dragged into a war in the region despite Saudi Arabia’s financial offers and support. The Saudis were responsible for kidnapping the Lebanese Prime Minister Saad Hariri (has been released today), aiming to present Lebanon as more vulnerable, inviting Israel, in vain, to attack what the Kingdom defines as the “arms of Iran” in the Middle East.

Russia has no agreement with Israel on anything related to the presence of the Iranian forces and its loyalists in Syria and particularly on the borders with Israel. The Kremlin is not negotiating and disposing of Syrian soil because these matters concern the Syrian government, which intends to recover the occupied Golan after the end of the ISIS threat and al-Qaeda, the Takfiri extremists, in Syria.

Saudi Arabia renewed power ploy in the Middle East is likely to more than meet its match because it seriously underestimates Hezbollah as an effective outreach of Iran.

 

 

 

Daech relégué aux poubelles de l’histoire; l’Irak, pas plus du côté de l’Iran que des USA

Publié ici:  via 

Par Elijah J. Magnier – 

Traduction : Daniel G.

 

Les forces irakiennes s’approchent d’al-Qaem, dernier bastion du groupe armé « État islamique » (Daech) en Irak, avec l’intention de planter le dernier clou au cercueil du groupe terroriste et du « califat de l’État islamique », qui a fait les manchettes partout dans le monde ces dernières années, en plus d’occuper de larges pans des territoires irakiens et syriens.

 

Daech sait bien qu’al-Qaem va tomber bientôt, que la ville ne tiendra pas bien longtemps. C’est pourquoi bon nombre des dirigeants et des militants du groupe ont fui vers les nombreux refuges établis ces dernières années, selon les rapports des services du renseignement, dans le désert de l’Anbar irakien et de la Badia syrienne, où Daech dispose de dizaines de milliers de kilomètres pour se terrer le long de la frontière entre la Syrie et l’Irak.

 

Daech devrait ainsi panser ses plaies et essayer de se réorganiser après la défaite qu’il a subie, comme le démontre l’amenuisement du territoire qu’il occupait depuis 2014 et de ses effectifs. Bien des combattants étrangers ont été tués ou ont (pour la plupart) quitté le groupe, qui n’arrive plus à recruter de nouvelles forces. De plus, les ressources de Daech sont à sec : il ne contrôle plus de gisements pétroliers et gaziers, ne perçoit plus de taxes, n’a plus d’œuvres d’art à voler et à vendre et ne reçoit plus de « dons » provenant du monde arabe.

 

Daech a également perdu ses outils et sa machine de propagande qui étaient d’une force et d’une efficacité sans pareilles. Après la libération de Mossoul et de la majeure partie de l’Irak, puis la libération de Palmyre, de Raqqa, de Deir Ezzor et d’une bonne partie de la Badia, l’armée syrienne a libéré la ville d’al-Mayadeen, d’où la campagne médiatique de Daech émanait. À al-Mayadeen, les forces syriennes ont saisi un stock impressionnant d’outils et d’installations de propagande, réduisant du même coup la capacité de Daech à produire de la propagande en ligne et hors ligne.

 

Il faut toutefois garder à l’esprit que le terrorisme ne sera jamais défait totalement, que des cellules vont inévitablement demeurer actives et qu’elles trouveront des sociétés prêtes à les accueillir ou à assurer leurs arrières. Par conséquent, des attaques terroristes de Daech en Mésopotamie, au Levant, en Afrique de l’Ouest, en Asie et dans d’autres parties du monde devraient se produire de temps à autre. Ce qui ne signifie pas pour autant le retour de Daech ou son renforcement. Bien au contraire, c’est le moyen employé par Daech pour dire : « Vous me croyez mort, mais je peux encore causer des dommages. »

 

Aujourd’hui, ce qui servait de base à la création d’un « État islamique » a été détruit. Daech a perdu les deux villes clés qui formaient des États islamiques dans l’islam ancien (en Syrie et en Irak), ce qui place Daech à un point de non-retour à la situation qui prévalait en 2014, lorsqu’il occupait la majeure partie du nord de l’Irak et une grande partie de la Syrie. En fait, Daech vient d’être relégué aux poubelles de l’histoire.

 

***

 

Toutes sortes de spéculations reviennent constamment à propos « du défi qui attend l’Irak pour empêcher le retour de Daech comme en 2014 ». Ces spéculations et ces analyses s’appuient sur le pessimisme des analystes et leur méconnaissance de la dynamique sur le terrain où leurs contacts brillent par leur absence, pendant qu’ils pondent le fruit de leurs réflexions à des milliers de kilomètres de l’Irak et de la Syrie. Aujourd’hui, Daech est l’ennemi des chiites, des sunnites, des chrétiens, des Yazidis, des Kurdes et de tous les autres. Les Irakiens ont vu comment Daech s’y est pris pour régner et l’empêcheront de revenir occuper le terrain.

 

La reconstruction quant à elle demeure tout un défi pour chaque pays en guerre. Toute l’Europe (y compris l’Allemagne) a souffert pendant des décennies de l’occupation allemande et de la destruction causée par deux guerres mondiales. L’économie et l’infrastructure du Liban ne se sont pas encore remises de la guerre civile de 1975. La Syrie, le Yémen et l’Irak vont tous souffrir du fardeau financier dû aux ravages de la guerre. Il n’y a rien de neuf à cela, car les guerres détruisent l’infrastructure et les habitations, en plus de laisser des milliers de blessés qui ont continuellement besoin de soins coûteux, même si le monde s’unit pour soutenir la reconstruction.

 

Au chapitre des résultats politiques en Irak, le pays s’est révélé indépendant de la volonté de l’Iran et des USA. L’Irak (de Bagdad à Erbil) a bénéficié du soutien militaire de l’Iran en 2014, lorsque les USA sont restés à observer pendant plus de six mois Daech gober une ville après l’autre. Plus tard, quand les USA ont décidé d’intervenir, l’Irak a bénéficié du soutien des services du renseignement, de la formation et de l’appui aérien des Américains pour défaire Daech. L’Irak a aussi tiré avantage de ses bonnes relations avec ses voisins comme la Turquie, le Koweït et l’Arabie saoudite, peu importe le degré d’animosité qui existe entre ces pays et l’Iran. Bagdad a clairement indiqué que sa ligne de conduite ne va à l’encontre de personne et qu’il préfère rester en dehors des conflits régionaux et internationaux. L’Irak cherche à prendre ses distances des divergences qui existent au Moyen-Orient, parce que son intérêt national passe au-dessus de tous les autres intérêts régionaux ou internationaux. Il ne fait aucun doute que l’Irak peut jouer un rôle de médiation entre des pays du Moyen-Orient, mais il ne le fera que si on lui demande.

 

Le chef du Corps des Gardiens de la révolution islamique et envoyé du grand ayatollah Ali Kaminei, le général Qassem Soleimani, a offert le soutien de l’Iran pour assurer l’unité de l’Irak et la défaite de Daech. Soleimani et l’envoyé spécial du président des USA auprès de la coalition internationale de lutte contre Daech, Brett McGurk, visent les mêmes fins et ne devraient pas s’attendre à ce que l’Irak adopte les politiques de l’un ou de l’autre au Moyen-Orient, ni à ce qu’il s’adapte en fonction de leur animosité respective. Bagdad a aussi de bonnes relations avec Damas et coopère avec l’armée syrienne pour défaire le terrorisme qui secoue les deux pays, et ce, malgré la position des USA à l’endroit du président syrien Bachar al-Assad. Le premier ministre irakien Haidar Abadi s’est également rendu à Ryad et en Turquie pour promouvoir la reconstruction et l’ investissement dans son pays, malgré le soutien que les Saoudiens et les Turcs ont apporté à Daech (appelé al-Qaeda en Irak jusqu’en 2014).

 

Par conséquent, l’Irak ne deviendra pas une tribune de l’Iran ou des USA dans le combat qu’ils se livrent sur son territoire, malgré la présence de plus de 5 200 militaires américains et d’organisations et de groupes irakiens proches de l’Iran. Ces groupes irakiens soutiennent actuellement les Unités de mobilisation populaire (UMP) dans leur guerre contre le terrorisme. Certains vont demeurer au sein des UMP, tandis que d’autres s’en détacheront à la fin de cette guerre. Ceux-là sont liés idéologiquement à l’autorité religieuse de l’Iran, à l’instar de nombreux chiites dans le monde islamique, mais ils demeurent tout de même des Irakiens qui n’iront pas contre les intérêts de leur pays, car ils font partie du tissu social irakien. À l’heure actuelle, la loyauté de bien des Kurdes irakiens va aux USA, tout comme la loyauté de bien des sunnites irakiens va à l’Arabie saoudite. Dans la marche de la Mésopotamie vers la démocratie, la diversité culturelle, religieuse et politique et les alliances qui s’y rattachent sont tout à fait naturelles.

 

Après la défaite de Daech, les dirigeants à Bagdad ne toléreront la présence d’aucun groupe religieux ou politique ayant l’intention de garder ses armes ou de groupes armés à l’extérieur des institutions militaires et celles chargées de la sécurité. Tout comme les forces de sécurité antiterrorisme, la police fédérale et l’armée, les UMP sont sous le commandement du premier ministre irakien, qui est aussi le chef suprême des forces armées. Depuis la guerre contre Daech et la création des UMP en 2014, celles-ci n’ont jamais rempli des mandats non irakiens, peu importe les bannières qu’elles brandissent sur le champ de bataille.

 

En Irak, il y a une nouvelle réalité que tous devraient comprendre : aucune propagande hostile ne peut toucher les forces de sécurité et la direction politique. Quand Daech n’occupera plus la moindre ville en Irak, une journée d’indépendance nationale sera déclarée en Mésopotamie. Une fois Daech vaincu, toute influence, qu’elle soit régionale ou internationale, va cesser. L’Irak a l’intention de garder de nombreux amis et alliés et de créer des ponts pour un nouvel Irak.

 

En Anglais: https://elijahjm.wordpress.com/2017/11/02/isis-into-historys-rubbish-bin-and-iraq-neither-iranian-nor-american/

ISIS into History’s rubbish bin and Iraq neither Iranian nor American

 

Published here:  via

By Elijah J. Magnier –

Iraqi forces advance towards al-Qaem, the last “Islamic State” (ISIS) stronghold in Iraq, to put the last stone over the terrorist group’s grave and on the “Islamic State Caliphate” that so much occupied the world’s headlines over the last few years and indeed, large parts of Iraqi and Syrian territories.

ISIS is aware that al-Qaem will fall very soon, the city won’t be able to hold for very long. Therefore, many of the group leaders and militants have fled to the numerous refuges organised in the last years – according to intelligence reports – in the Iraqi Anbar desert and the Syrian al-badiya where ISIS can hide in the tens of thousands of kilometres along the Syrian-Iraqi borders.

ISIS is expected to lick its wounds to try and re-organise its group following the defeat inflected upon it as indicated by its shrinking territory (which it has occupied since 2014), and also its shrinking numbers. Many foreign fighters were either killed or mostly left the group, which has been incapable of recruiting new forces. Moreover, ISIS resources have dried up: no more oil and gas fields under its control, no more taxes to be imposed, no more arts and crafts to steal and sell, and no more “donations” from the Arab world.

ISIS has lost its very powerful, efficient, and unique propaganda tools and machine: following the liberation of Mosul and most of Iraq, the liberation of Palmyra, Raqqah, Deir-ezzour, most of al-Badiya, the Syrian Army liberated the city of al-Mayadeen where ISIS kept its media base. Forces in al-Mayadeen seized a huge stock of ISIS propaganda tools and apparatus, reducing the group’s capability to produce online and offline propaganda.

Nevertheless, it must be borne in mind that terrorism can never be totally defeated and it is obvious that cells remain active and will find societies to host it or cover its back. Therefore, ISIS terrorist attacks in Mesopotamia, the Levant, West Africa, Asia and other parts of the world are expected to take place from time to time. This certainly doesn’t mean ISIS is retuning or becoming strong. On the contrary, it will be the group’s way to say: “You think I am dead, but can still cause harm”.

Today, the basis of any such “Islamic state” has been destroyed. ISIS has lost the two key cities that formed Islamic States in ancient Islam (in Iraq and Syria), which leaves ISIS in a position of non-return to the era of 2014 when it occupied most of northern Iraq and a big part of Syria. In fact, ISIS has been pushed today into the bin of history.

Many speculations continue to surface about the “challenge Iraq will face to avoid the return of ISIS to the 2014 era”. These speculations and analyses are based on pessimism and lack of contact of analysts with the ground and its dynamics as they think while they are thousands of kilometres away from Iraq and Syria. Today ISIS is the enemy of Shias, Sunni, Christians, Yazidi, Kurds and everybody else. Iraqis have experienced ISIS’s way of ruling and won’t allow it to retrnn to occupy the ground.

In relation to reconstruction, yes, this is a real challenge facing every country at war. The whole of Europe (including Germany) suffered for decades from the German occupation and the destruction caused by two World Wars. Lebanon’s economy and infrastructure has still not recovered since the 1975 civil war. Syria, Yemen and Iraq will all suffer the financial burden caused by the devastation of war. All this is not new because war leaves behind destruction of the infrastructure and of homes, and leaves thousands of wounded in continuous need of expensive care even if the world unites to support reconstruction.

As for the political outcome in Iraq, the country proved to be outside the Iranian and American sphere of control. Iraq (Baghdad to Erbil) benefitted fromIranian military support in 2014 when the US watched and waited for over six months while ISIS was swallowing city after city. But later on, when the US decided to intervene, Iraq benefitted from American intelligence information, training and air support to defeat ISIS. Iraq also benefitted from good relationships with its neighbours like Turkey, Kuwait and Saudi Arabia regardless of the level of animosity between some of these countries and Iran. Baghdad made it clear that its line of policy doesn’t go against anyone and would like to stay out of the regional and international dispute. Iraq is aiming to distance itself from the Middle Eastern differences because its national interest comes before all other regional or international interests.Doubtless Iraq can play a mediation role between the countries of the Middle East but it will do so only if asked.

In fact, the head of the Iranian Revolutionary Guard Corps (IRGC) and envoy of the Gran Ayatollah Ali Kaminei, General Qassem Soleimani, offers his country’s support for the unity of Iraq and the defeat of ISIS. Like the US Special Presidential Envoy for Global Coalition to defeat ISIS, Brett McGurk, both have the same objectives and cannot expect that Iraq will adopt their respective policies in the Middle East noradapt their animosity. Moreover, Baghdad is establishing good relationships with Damascus and is cooperating with the Syrian Army to defeat the terrorism that hits both countries, despite the US stand from the Syrian President Bashar al-Assad. Also, the Iraqi Prime Minister HaidarAbadi travelled to Riyad and Turkey to promote the reconstruction and investment in his country regardless of the Saudi and Turkish support to ISIS (known as al-Qaeda in Iraq up to and including 2014).

Therefore, Iraq won’t be a platform for Iran nor the US to fight their war on its territory despite the presence of over 5200 US military personnel and the presence of Iraqi groups and organisations close to Iran. These Iraqi groups are today assisting the Popular Mobilisation Forces (PMF) in their war on terror. Some will remain within the PMF and others will detach themselves by the end of this war. These are ideologically linked to Iran’s religious leadership – as are many Shia in the Islamic World – but are Iraqis who won’t act against their country’s interest because they are part of Iraqi society. Actually, as there are many Iraqi Kurds faithful to the US in Kurdistan Iraq, there are also Iraqi Sunni faithful to Saudi Arabia. Since Mesopotamia is walking towards democracy, the presence of cultural, religious and political diversity and alliances is natural.

There will be no tolerance from Baghdad leadership – after the defeat of ISIS – towards any religious or political group willing to keep its weapon or armed groups outside the military and security institutions. The PMF is like the Counter Terrorism Forces, the Federal Police and the Army, all under the command of the Iraqi Prime Minister who is also the supreme head of the armed forces. Since the war on ISIS, and the creation of the PMU in 2014, it has never fulfilled non-Iraqi agendas regardless of its raised banners in battlefield.

In Iraq, there is a new reality everybody should understand: no hostile propaganda can affect the security forces or the political leadership. Mesopotamia will declare a national independence day the moment ISIS occupation of every city is ended. With the end of ISIS, all foreign influence, regional or international, will cease. Iraq is planning to keep many friends and allies and build bridges for a new Iraq.

Le rêve de Barzani s’est brisé : il n’y aura pas de division de l’Irak.

Abadi s’en prend à Soleimani et veut faire de l’Irak un pays indépendant et fort.

Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Le Kurdistan irakien a annoncé qu’il avait « gelé les résultats du référendum sur l’indépendance » et qu’il est prêt à négocier avec le gouvernement central à Bagdad. Le dirigeant kurde Massoud Barzani a ainsi mis fin à son intention de diviser l’Irak indéfiniment et a succombé à la détermination de Bagdad à reprendre les rênes du pays.

Le premier ministre irakien Haider Abadi a non seulement reconquis tout le territoire saisi par les forces kurdes, qui avaient tiré profit de l’occupation de régions irakiennes par le groupe armé « État islamique » (Daech) en 2014, mais il a aussi déployé les forces irakiennes le long des limites et des territoires établis en mars 2003 comme les frontières de la région autonome du Kurdistan irakien.

Massoud Barzani a perdu tous les privilèges et les gains qu’il a accumulés au cours des dix dernières années, qui avaient donné au Kurdistan une prospérité inégalée. La réputation et la popularité du dirigeant kurde sont à leur plus bas parmi les Irakiens, y compris les Kurdes.

Barzani, qui avait déclaré la constitution irakienne nulle, notamment l’article 140 qui prévoit des négociations à propos des zones contestées entre Bagdad et Erbil, appelle aujourd’hui à un cessez-le-feu et à un retour à la constitution. Mais Bagdad, qui veut faire appliquer la constitution, veut aussi que Barzani rende des comptes à propos des revenus pétroliers de plus de 51 milliards de dollars tirés de la vente de pétrole irakien à des sociétés pétrolières multinationales (sans envoyer à Bagdad la part qui lui revenait comme le prévoit la constitution), des revenus tirés des télécommunications et des salaires et avantages sociaux de la province.

Par ailleurs, l’Iran a rouvert le poste frontalier de Souleimaniye, qu’il avait fermé devant l’insistance de Massoud Barzani à vouloir faire sécession de l’Irak. Il faut dire que les dirigeants kurdes à Souleimaniye ont adopté une position différente à l’égard de Bagdad de celle de Barzani et des dirigeants kurdes à Erbil.

La Turquie avait retardé la fermeture de ses passages terrestres avec le Kurdistan, car elle attendait de voir si Barzani allait réussir à garder Kirkouk sans que Bagdad ne réagisse. Mais dès que le gouvernement irakien a pris le contrôle de Kirkouk et de ses gisements de pétrole, la Turquie a fermé tous ses postes frontaliers avec le Kurdistan. C’est ce jour-là que les habitants du Kurdistan ont senti le danger et leur isolement et qu’ils ont pleinement réalisé que les dirigeants régionaux et internationaux ne soutenaient plus la division de l’Irak ou la naissance d’un « État kurde », qui aurait pu donner lieu à un bain de sang dans différentes parties du Moyen-Orient.

La première étape de la partition du Moyen-Orient a donc été annulée. Le risque de partition de la Syrie demeure toutefois encore présent, bien que faible, jusqu’à la fin de la guerre contre Daech et la reprise du territoire encore sous sa coupe en Syrie et en Irak.

Bagdad a engagé la bataille à Rawa et al-Qaim et les forces irakiennes et syriennes devraient faire leur jonction des deux côtés de la frontière pour mettre fin à l’existence du groupe armé dans cette partie de la Mésopotamie et du Bilad al-Cham. Il reste encore des poches de résistance de Daech à l’intérieur de la Syrie, qui devraient être éliminées en temps et lieu (Daech est encore présent dans la région rurale de Deir Ezzor, à al Hajar al-Aswad, au sud de Damas, et à la frontière entre la Syrie et Israël).

La décision du Kurdistan de geler les résultats du référendum n’a pas été facile, car elle affaiblit Barzani et son parti, notamment à la suite d’incidents séparés entre des forces rebelles des Peshmergas kurdes et les forces irakiennes. Ces affrontements ont fait des morts et des blessés parmi les belligérants.

Bagdad s’attendait à ce genre de réaction et a déployé ses forces en grand nombre, notamment dans la région de Makhmour, au poste frontalier de Feshkhabur avec la Turquie et dans le secteur de Rabia, d’où le pétrole irakien est exporté au pays voisin, la Turquie.

Le premier ministre irakien a montré ses dents non seulement aux Kurdes, mais aussi à l’Iran. Dans une critique ouverte sans précédent à l’endroit du général Qassem Soleimani du Corps des Gardiens de la révolution islamique, Haidar Abadi a déclaré : « Certains disent que quelqu’un est venu (…) d’on ne sait où (…) de Mars peut-être, pour régler la crise à Kirkouk. Une seule personne, dit-on, a réglé toute la crise. Pourquoi n’a-t-il pas réglé la crise provoquée par Daech à lui seul? Si c’est une question de chance ou que l’homme en question est Superman, pourquoi n’a-t-il pas réglé la guerre en Irak à lui seul? »

Le premier ministre irakien veut montrer au monde, aux Irakiens et surtout aux pays de la région qu’il est capable de répondre à une situation de crise, qu’il est un homme politique fort et résolu quand il le faut, qu’il n’est pas le fantoche de l’Iran ou de tout autre pays, et qu’il veut bâtir un État indépendant fort ayant de bonnes relations avec tous les pays. Abadi a démontré qu’il est capable d’utiliser la puissance douce au besoin comme il l’a fait avec le Kurdistan et Massoud Barzani, et qu’il n’hésitera pas à frapper les Irakiens qui garderont leurs armes (les mandataires de l’Iran en Irak) après la défaite de Daech.

Il est clair qu’Abadi ne cherche pas à se venger contre le dirigeant kurde. Loin de s’arrêter à la mise au rencart du référendum, il demandera aussi des comptes à tous ceux qui sont accusés de corruption et de gaspillage des fonds publics. Cela présage que l’indépendance et la renaissance de l’Irak coïncideront avec le début de 2018. L’Irak devrait alors s’être débarrassé de Daech, sans plus subir d’attaques suicides et terroristes qui frappent maintenant le monde entier. Un nouvel avenir attend donc l’Irak en tant qu’État indépendant disposant de ressources financières importantes (malgré les dettes accumulées en raison de la guerre contre Daech) appelé à jouer un rôle significatif au Moyen-Orient.

 

Syrian “Awakening” towards Albu Kamal

published here:  via

By Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Following the failure of the Iraqi Kurdish referendum and of the project to divide Iraq, the role Syria is playing comes up next for examination, even as the “Islamic State” group (ISIS) is slowly disintegrating, cornered in the border area between Deir Al-Zour and Al-bu Kamal. However, the United States seems determined to hold on to part of the Syrian territory, allowing the Syrian Kurds to control northeast Syria, especially those areas rich in oil and gas. Will this enable the US to impose a political agenda on Damascus at the end of the war?

US-backed forces advanced in north-eastern areas under ISIS control, with little or no military engagement: ISIS pulled out from more than 28 villages and oil and gas fields east of the Euphrates River, surrendering these to the Kurdish-US forces following an understanding these reached with the terrorist group. This deal was an effective way to prevent the control by the Syrian army and the resulting situation could then be later used to blackmail Damascus.

It is noteworthy that an agreement, on one hand, between the US and their Kurdish subordinated forces operating under its command, and ISIS on the other was reached with the support of local Arab tribes, the Syrian Sahawa (or awakening), similar to the Iraqi Sahwa. The US forces, with good experience in dealing with local Arab tribes, are negotiating to convince these to communicate with ISIS to handover to them the area of al-bu Kamal before it is reached by the Syrian Army or its associated forces.

The US is trying to close the border corridor between Syria and Iraq and to control a second crossing (Tanaf is the first) to cut the road on the Iranian-Hezbollah forces coming from the T2, and precede them to the last ISIS stronghold.

In fact, Iran’s plan was to rush towards Al-bu Kamal first rather than being busy with the area around Deir al-Zour, and they asked for Russian air support in the semi-desert and along the borders with Iraq. But Russia has seen the rush from Deir al-Zour to the oil and gas wells as an absolute priority and an effective plan to control energy sources first and then proceed towards Al-bu Kamal/Al-Qaim.

But the United States preceded Russia to the oil and gas Omar oilfield (9000 barrels per day) and to Coniko gas (150 million cubic feet), which ISIS then delivered to the Kurds without any resistance. The US military have great experience in negotiating with the Arab tribes in Iraq. The same tribes are also expanding in north of Syria adjoining the Iraqi Anbar, and with jihadists with whom the US have already concluded previous deals in Iraq and Syria.

The US aims from these audacious steps to impose its agenda on the Syrian President Bashar al-Assad through negotiations that are expected to become more aggressive by the beginning of the next year when the “war on terror” ends. With the loss of ISIS’s last stronghold in Al-Bu Kamal, Al-Qaim and Deir-e-Zour, only the embers of al-Qaeda (under Hay’atTahrir al- Sham) glow under the Turkish ashes. Ankara’s troops entered the northern Syrian city of Idlib – following an understanding with al-Qaeda – without any clash. This indicates that Turkey has not ended its role within Syria or the role of al-Qaeda: Ankara is expecting to play the al-Qaeda card when its forces will be asked to withdraw from Syria.

As for ISIS, the “state” project has fizzled out, so the organisation does not mind striking deals with the US (under the cover of Sunni Arab tribes in the Syrian region) as long as it can maintain what remains of its forces and move elsewhere, mainly to where the Syrian army and its allies operate. But will Damascus give in to this blackmail?

Of course the answer is: no! Damascus won’t accept the blackmail. For more than six years, Assad has been able to fight the international community and regional countries that have spent billions of dollars hoping to oust him, change the regime- and hand over power to extremists!

Today, Damascus controls the bulk of Syrian gas and oil in the Badiya (Syrian steppes) and from Tadmur to Deir Al-Zour, which gives the country enough production to satisfy the local market, but of course, without being able to export oil as was the case before the war. Thus, the Syrian army controls today a production equivalent to 3 billion dollars a year, which allows it not to import as it did in the past years of the war. Moreover, Syria is preparing to increase its oil production through contracts signed with Russia, and ready to explore oil fields off the Syrian coast, in the Mediterranean. That is supposed to allow Damascus to compensate for the current loss and negotiate with the Syrian Kurds in a “relaxed” manner without having to offer any territory.

The issue of the American presence remains unsolved, since, once the war on ISIS ended,, the US became an occupying force. Damascus’s position has therefore become stronger, especially as it did not mind reconsidering local administration of the Kurds within the control of the Syrian central government, as long as the danger of separation – as happened in Iraqi Kurdistan – is not on the table.

There is another danger that forces the Kurds to come closer to Damascus than Turkey, who’s President is determined to annex Syrian territories along its borders, especially those controlled by the Kurds. Turkish President Recep Tayyip Erdogan announced his intentions to move towards Kurdish Afrin, prompting the Kurds to take refuge in Russia and Damascus- and not in the arms of the US.

This and more is expected to emerge in the coming months when the most difficult phase for Damascus begins: political negotiations and the reconstruction of a country in need of over $500bn.

 

Sahwa « Réveil » syriens négocient avec Daech à propos d’Abou Kamal

Publié ici:  via

Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

À la suite de l’échec du référendum des Kurdes irakiens et du projet de diviser l’Irak, il convient de s’attarder au rôle joué par la Syrie, maintenant que le groupe armé « État islamique » (Daech) se désintègre lentement, acculé dans la zone frontalière entre Deir Ezzor et Abou Kamal. Cependant, les États-Unis semblent déterminés à conserver une partie du territoire syrien, en laissant les Kurdes syriens exercer leur mainmise au nord-est de la Syrie, notamment sur les régions riches en pétrole et en gaz. Cela permettra-t-il aux USA d’imposer leurs visées politiques à Damas à la fin de la guerre?

Les forces soutenues par les USA ont progressé dans des secteurs au nord-est qui étaient sous la coupe de Daech, avec peu ou pas d’engagement militaire. Daech s’est retiré de plus de 28 villages et gisements pétroliers et gaziers à l’est de l’Euphrate, les abandonnant aux forces kurdes et américaines, aux termes d’un accord conclu avec le groupe terroriste. C’était un moyen efficace d’empêcher l’armée syrienne d’en prendre le contrôle et de créer une situation qui pourra éventuellement servir pour exercer un chantage sur Damas.

Il convient de noter que l’accord entre les USA et les forces kurdes sous leur commandement d’une part, et Daech d’autre part, a été rendu possible grâce à l’appui des tribus arabes locales, les sahwa syriens (« réveil » en arabe), qu’on pourrait comparer aux milices sahwa irakiennes. Les forces armées des USA, qui ont acquis une bonne expérience dans les tractations avec les tribus arabes locales, négocient en vue de les convaincre à communiquer avec Daech pour qu’il leur concède la région d’Abou Kamal avant que l’armée syrienne ou les forces qui y sont associées n’y parviennent.

Les USA tentent de fermer le corridor frontalier entre la Syrie et l’Irak et de prendre le contrôle d’un second point de passage (al-Tanaf est le premier), afin de couper l’herbe sous le pied des forces iraniennes et du Hezbollah, qui arrivent de la station de pompage T2, et de parvenir avant eux à ce dernier bastion de Daech.

En fait, le plan de l’Iran consistait à se ruer vers Abou Kamal d’abord au lieu de s’attarder dans la zone autour de Deir Ezzor. Pour ce faire, il fallait un soutien aérien des Russes dans la zone semi-désertique et le long de la frontière avec l’Irak. Sauf que la Russie considérait la course de Deir Ezzor jusqu’aux puits de pétrole et de gaz comme une priorité absolue et qu’il valait mieux pour elle de prendre le contrôle des sources énergétiques d’abord, puis de progresser vers Abou Kamal/al-Qaim ensuite.

Les États-Unis sont toutefois arrivés avant la Russie au gisement pétrolier et gazier d’Omar (9 000 barils par jour) et à l’usine de gaz de Conoco (150 millions de pieds cubes), que Daech a livré aux Kurdes sans la moindre résistance. Les militaires américains ont acquis beaucoup d’expérience de négociation avec les tribus arabes en Irak, qui sont en train de se déployer dans la région du nord syrien jouxtant l’Anbar irakien, tout comme avec les djihadistes, en ayant déjà conclu avec eux divers accords en Syrie et en Irak.

Les USA prennent ces mesures audacieuses dans le but d’imposer leurs vues au président syrien Bachar al-Assad, dans le cadre de négociations qui promettent d’être plus dures au début de l’année qui vient, quand la « guerre contre la terreur » prendra fin. Avec la perte des derniers bastions de Daech à Abou Kamal, Al-Qaim et Deir Ezzor, seules les braises d’al-Qaeda (alias Hay’atTahrir al- Cham) rougeoient encore sous les cendres turques. Les troupes d’Ankara sont entrées dans la ville d’Idlib, au nord de la Syrie, en vertu d’un protocole d’entente avec al-Qaeda, sans le moindre heurt. Cela indique que la Turquie n’a pas mis fin à son rôle en Syrie et qu’Ankara va jouer la carte d’al-Qaeda lorsque ses forces armées seront invitées à se retirer de la Syrie.

Quant à Daech, dont « l’État » s’est étiolé, il ne voit pas d’inconvénient à conclure des accords avec les USA (sous le couvert des tribus arabes sunnites dans la région syrienne), tant qu’il peut maintenir ce qui lui reste de forces et se déplacer ailleurs, principalement là où l’armée syrienne et ses alliés s’activent. Mais Damas va-t-il céder à ce chantage?

Bien sûr que non! Damas ne cédera pas au chantage. Pendant plus de six ans, Assad a su lutter contre la communauté internationale et les pays régionaux, qui ont dépensé des milliards de dollars pour le renverser, changer de régime et donner le pouvoir aux extrémistes!

Aujourd’hui, Damas contrôle la majeure partie de la production gazière et pétrolière de la Badia syrienne (steppes) et de Tadmor à Deir Ezzor, ce qui lui permet de répondre aux besoins du marché local, sans toutefois pouvoir exporter du pétrole comme c’était le cas avant la guerre. L’armée syrienne contrôle aujourd’hui une production de pétrole équivalant à 3 milliards de dollars par an, qui lui permet de ne plus en importer comme il le faisait pendant les dernières années de guerre. La Syrie s’apprête aussi à augmenter sa production de pétrole, en vertu de contrats signés avec la Russie, et à explorer des gisements pétrolifères dans la Méditerranée, au large de la côte syrienne. Cela devrait amener Damas à combler le manque à gagner actuel et à négocier avec les Kurdes syriens de façon « décontractée », sans avoir à concéder le moindre territoire.

La question de la présence américaine demeure entière, car une fois la guerre contre Daech terminée, les USA deviendront une force d’occupation. La position de Damas s’est ainsi renforcée, d’autant plus qu’il est disposé à reconsidérer l’administration locale des Kurdes sous le contrôle du gouvernement central syrien, tant que la menace de la séparation – comme ce fut le cas en Irak – est écartée.

Il y a aussi un autre danger qui pousse les Kurdes à se rapprocher de Damas et c’est la Turquie, qui est déterminée à annexer les territoires syriens le long de sa frontière, en particulier ceux contrôlés par les Kurdes. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé son intention d’intervenir dans la ville kurde d’Afrin, ce qui amène les Kurdes à chercher refuge auprès de la Russie et de Damas, plutôt que sous le jupon des USA.

Ce qui précède et plus encore devrait surgir au cours des prochains mois, quand Damas sera confronté à l’étape la plus difficile pour la Syrie : les négociations politiques et la reconstruction d’un pays qui coûtera plus de 500 milliards de dollars.