Trump châtie l’Iran pour sa victoire en Syrie et en Irak et Rohani rétorque

La position de Washington à l’égard de Téhéran divise le camp européo-américain.

Trump met en péril l’accord sur le nucléaire iranien et transforme Rohani en « faucon ».

Publié ici : alrai.li/jyfjnf5  via @AlraiMediaGroup

Mots-clés : UE, Iran, USA, Syrie, Irakq, Russie.

Par Elijah J. Magnier : @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Les États-Unis ont avalé de travers la victoire de la République islamique d’Iran, qui occupe une position dominante sur l’échiquier syrien et irakien, où la guerre est sur le point de se terminer, plus tôt que tard. Aujourd’hui sur ces fronts militaires, il n’y a plus rien à l’horizon pour les groupes extrémistes. La défaite de « l’État islamique » (Daech), dont le territoire est réduit à moins du quart de ce qu’il était en 2014, en est la preuve éloquente. Qui plus est, Al-Qaeda en Syrie (front Nosra ou Hay’at Tahrir al-Sham) se prépare en vue des choix limités qui lui restent à Idlib quant à son destin : se dissoudre, accepter la domination absolue de la Turquie, ou se battre jusqu’à la mort.

Plus personne ne parle du départ du président syrien Bachar al-Assad ou de changement de régime en Syrie. Tous les acteurs (dans la région ainsi que dans l’UE et aux USA) se sont inclinés devant la domination presque totale de la Russie au Levant et la victoire du gouvernement irakien contre Daech. Le « projet » de morceler la Mésopotamie s’est retrouvé dans les poubelles de l’histoire. Même les Kurdes du Kurdistan songent sérieusement à reporter ou à geler le « référendum sur l’indépendance » prévu le 25 septembre. Sinon, Erbil sait déjà qu’il est le seul à appuyer ce projet qui arrive à un bien mauvais moment.

Ainsi, la victoire des gouvernements de Bagdad et de Damas, alliés de la Russie et de l’Iran, la défaite du projet daesho-takfiri et la capacité et le savoir-faire grandissants du Hezbollah en Syrie et sur plus d’un front au Moyen-Orient (Irak et Yémen) font de l’Iran un vainqueur incontestable. Son énorme investissement financier en Syrie a servi principalement à soutenir la campagne militaire, ainsi que l’armée et les institutions syriennes. Téhéran ne peut dorénavant plus être tenu à l’écart des pourparlers de négociation – la carte de tout le Moyen-Orient en est l’illustration éloquente.

Cependant, malgré l’occupation américaine d’une position géographique au nord-est de la Syrie (provinces d’Hassaké et de Raqqa) et l’absence d’horizon stratégique pour leur présence militaire auprès des forces formées de Kurdes syriens et de quelques tribus locales, ce qui ressort de la situation actuelle, c’est une décote considérable des USA et de leurs alliés au Moyen-Orient, qui ont investi massivement pour faire tomber le gouvernement syrien.

Il est par conséquent devenu nécessaire d’inverser la vapeur et de discréditer l’Iran en lui imposant encore plus de sanctions, en s’opposant à l’accord sur le nucléaire iranien (y compris aux alliés des USA sur le vieux continent) et en accusant Téhéran de « ne pas respecter l’esprit de l’accord sur le nucléaire », afin de « justifier » l’imposition de nouvelles sanctions économiques à divers titres et sous différents prétextes dans les prochains mois.

L’Europe n’acceptera toutefois pas cela, ni rester les bras croisés, d’autant plus que son économie, qui subit une forte pression, souffrirait énormément si de nouvelles sanctions étaient imposées à l’Iran. L’Europe lorgne le marché iranien (en particulier les projets dans les secteurs des produits pétroliers, de l’aviation, de la technologie, de la pétrochimie, de l’automobile et d’autres secteurs industriels), qui suscite de grands espoirs de stimuler l’économie de l’UE. La France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont signé l’accord sur le nucléaire et assurent une surveillance et un contrôle de l’engagement iranien qui les satisfont. L’Europe ne voit pas l’utilité de nouvelles pénalités américaines, qui visent directement ou indirectement à faire dérailler l’accord en imposant des sanctions financières et bancaires limitant la coopération de l’Iran sur le plan économique et avec les banques étrangères.

Tout cela a amené le président Hassan Rohani, considéré comme le dirigeant des « colombes » iraniennes, qui ont maille à partir avec les partisans de la ligne dure depuis des années, à défendre son accord avec les USA, puis à menacer d’y mettre un terme et de reprendre l’activité nucléaire militaire en l’espace de « quelques heures », si l’esprit de l’accord n’est plus respecté et qu’il n’y a plus de gains économiques et financiers à en tirer. Trump a réussi là où le camp du guide spirituel, l’ayatollah Ali Khamenei, avait échoué, à savoir transformer le président iranien Rohani en faucon en ce qui concerne les USA. Rohani comprend dorénavant l’attitude ultra prudente de Sayed Ali Khamenei et son manque de confiance total, en lui accordant le mérite d’avoir toujours dit de ne « jamais faire confiance à l’administration américaine, quelle qu’elle soit ».

Sayed Ali Khamenei a déjà dit à ses visiteurs (en privé, loin des médias) que « les États-Unis sont malhonnêtes, ils veulent prendre sans rien donner ou échanger : si vous leur donnez un doigt, ils demanderont la main au complet; si vous acceptez de la donner, ce sera au tour du bras, puis de tout le corps si vous consentez. Une fois que vous aurez satisfait à toutes leurs exigences, ils s’en prendront à vous parce qu’ils ne sont pas fiables et ne le seront jamais ».

Le président Rohani avait pourtant réussi à convaincre Sayed Ali Khamenei de tenter un nouvel essai, à la réception d’une lettre provenant des USA par l’entremise d’Oman pendant la présidence d’Ahmadinejad, qui révélait que l’administration américaine cherchait vraiment à négocier un accord sur le nucléaire. Khamenei a autorisé les premières prises de contact qui ont ensuite été interrompues, pour reprendre seulement sous l’administration Obama, à condition qu’aucun autre dossier que celui du nucléaire ne soit abordé. Ce que le président Barack Obama a qualifié « d’accord historique » a été vivement critiqué par le président Donald Trump pendant sa campagne électorale et tout de suite après son entrée en fonction comme président des USA.

N’empêche qu’il y a une division nette entre les positions américaines et européennes en ce qui concerne l’accord sur le nucléaire iranien. Cette divergence découle de deux principes :

Premièrement, l’Europe adhère à un principe de droit sans contournement illicite. Les pays européens ont signé l’accord sur le nucléaire une fois rassurés que l’Iran allait réduire sa production, suivre les modalités de l’accord à la lettre et recevoir les rapports de l’équipe d’inspection de l’ONU à la suite de visites répétées de tous les emplacements mentionnés dans l’accord. Voilà pourquoi l’Europe n’aime pas tellement la manœuvre américaine consistant à évoquer « l’esprit de l’accord » sans preuve concrète ou explications précises. Cependant, la CIA est bien capable de forger des éléments de preuve à l’intention du Congrès des USA en octobre prochain, au moment du vote d’une deuxième série de sanctions contre l’Iran. La fabrication d’un dossier similaire à celui des « armes de destructions massives » utilisé pour justifier l’invasion de l’Irak pourrait être le prétexte tout désigné pour amener Trump à faire dérailler l’accord et à imposer de nouvelles sanctions contre l’Iran.

Deuxièmement, l’Europe est consciente que la raison principale de la ligne dure de Trump concernant l’entente sur le nucléaire est liée à la finance et à la sécurité. Sur le plan financier, l’administration américaine ne veut pas libérer les actifs iraniens. Si elle le fait, Téhéran se tournera vers des entreprises européennes, russes et asiatiques plutôt qu’américaines pour dépenser son argent. Trump s’oppose donc à l’Europe en ce qui a trait aux contrats iraniens à venir et le continent européen est bien au fait des manœuvres et des intentions américaines. Le président des USA se sert aussi de l’Iran pour faire chanter les pays du Moyen-Orient (principalement l’Arabie saoudite et le Bahreïn), afin de les forcer à lui verser de l’argent sous le prétexte que son pays se tient en première ligne devant l’Iran, « leur ennemi juré ».

Sur le plan de la sécurité, le président des USA veut défendre Israël et protéger ses intérêts en imposant des sanctions à l’Iran, qui a renforcé sa position à la frontière d’Israël en Syrie et au Liban, par l’entremise de ses alliés (le Hezbollah et les groupes de la résistance syrienne nouvellement créés). Par conséquent, cette « victoire iranienne » ne peut être célébrée par Téhéran sans que des sanctions américaines ramènent la confrontation diplomatique et économique au premier plan et viennent troubler la fête en Syrie. Les Européens refusent d’entrer dans le jeu de Trump qui nuit à leurs intérêts, d’autant plus que l’Iran n’a pas violé l’accord sur le nucléaire et que son programme de missiles balistiques n’a jamais fait partie de l’accord sur le nucléaire conclu avec les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, plus l’Allemagne.

Des sources officielles m’ont révélé que « Téhéran ne mettrait pas fin à l’accord, à moins que les sanctions américaines n’atteignent un niveau dangereux, à un point tel qu’il perdrait sa raison-d’être, sa substance et ses avantages ». Mais un retrait iranien est dorénavant une possibilité et la menace du président Rohani, loin d’être une manœuvre, est un avertissement sérieux, d’autant plus que l’équipe qui entoure Trump est généralement hostile à l’Iran et capable de convaincre ce président des USA néophyte de n’importe quoi.

La déclaration de Rohani fixe de « nouvelles règles d’engagement » et rejoint la position européenne, à savoir que les décisions des États-Unis font fi des frontières et ne tiennent pas compte des intérêts de toutes les parties qui ont accepté et signé l’accord sur le nucléaire. L’Europe considère que l’hostilité des USA envers Téhéran était prévisible et que les sanctions de Trump imposées contre 18 personnes et entités constituent une violation flagrante de l’accord.

De toute évidence, l’Iran a troublé le « club des puissances spatiales » en lançant un satellite dans l’espace et en mettant à l’essai des missiles intercontinentaux. Il s’agit cependant de mesures défensives, l’Iran n’ayant pas attaqué de pays du Moyen-Orient depuis l’établissement de la République islamique en 1979, et ce, malgré les dizaines de milliards insufflés dans les budgets consacrés à l’armement au Moyen-Orient en réponse à la « menace iranienne » que les Américains ont laissé planer parmi leurs alliés des pays arabes et du Golfe. L’annonce par Téhéran d’un budget de 500 millions de dollars consacré au programme de missiles de la Garde révolutionnaire voulait démontrer au reste du monde que l’Iran n’est pas faible, et que si on l’attaquait directement, le monde arabe et les États-Unis en paieraient le prix.

Il est évident que ce que l’ONU considérait comme l’une des plus grandes réalisations de son histoire pourrait devenir cliniquement mort au cours des prochains mois si Trump continue d’ajouter des sanctions. Il est tout aussi clair que le dossier nucléaire sera le premier clou dans le cercueil des relations américano-européennes depuis la Deuxième Guerre mondiale, car l’Europe ne se considère pas responsable du projet de loi et de la position unilatérale des Américains, qui violent un accord respecté par tous, à l’exception de Trump et de son administration.

Il est tout naturel que les USA ne puissent accepter leur défaite au Levant et en Mésopotamie à l’avantage de l’Iran. Il est tout aussi inévitable que l’administration américaine s’organisera pour que les choses se détériorent graduellement.

Les sanctions ne visent pas seulement l’Iran, mais aussi Moscou, notamment son oléoduc qui alimente l’Europe, car les mesures américaines vont aussi frapper toute société européenne faisant affaire avec la Russie. L’oléoduc vers l’Europe est l’une des raisons pour lesquelles le Kremlin s’est engagé militairement en Syrie et est intervenu en Ukraine, car l’économie russe en dépend (à 70 %). Si les USA imposent de nouvelles sanctions en octobre, elles frapperont la Russie et l’Iran, deux alliés en Syrie que la politique de Trump a poussés dans les bras l’un de l’autre. Ainsi, malgré la fin prochaine de la guerre en Syrie, ses conséquences se font encore sentir dans le monde et il en sera ainsi pour bien des années encore.

 

Trump avenges Iran’s victory in Syria and Iraq … and Rohani responds

Washington’s position on Tehran divides the European-American camp

Trump puts the nuclear agreement in the balance and turns Rohani into a “hawk”

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Key words: EU, Iran, US, Syria, Iraq, Russia.

By Elijah J. Magnier: @ejmalrai

The United States has not been able to swallow the Islamic Republic of Iran’s victory, prevailing on the Syrian and Iraqi arenas where the war is shortly going to end- sooner rather than later. On these military stages, today, there is no longer any horizon for extremist groups, witness the defeat of “Islamic State” (ISIS) its territory shrinking to less than a quarter of what it was in 2014. Moreover, Al-Qaeda in Syria (Nusra or Hay’at Tahrir al-Sham) is preparing itself for limited options in Idlib: either its fate is to dissolve itself, bow to absolute Turkish control- or fight to the death.

No one is talking about the departure of Syrian President Bashar al-Asad or the regime change in Syria anymore; all players (in the region, as well as the EU and the US) have bowed to the almost total Russian domination of the Levant and the victory of the Iraqi government over ISIS. The “project” of splitting Mesopotamia ended in the bin of history: even the Kurds in Kurdistan are seriously thinking of postponing or freezing the “referendum on independence”, expected on September 25. If not, Erbil knows already it is alone in this wrongly-timed project.

Thus, with the victory of the governments of Baghdad and Damascus, Russia and Iran’s allies; with the defeat of the Daeshi-Takfiri project; with the growing capabilities and expertise of Hezbollah in Syria and on more than one front in the Middle East (Iraq and Yemen)- Iran comes out a clear winner: its financial investment in Syria was huge, mainly to support the military campaign and the Syrian Army and institutions. Tehran can therefore no longer be ignored in any negotiation talks – the entire map of the Middle East bears testimony.

However, despite the US occupation of a geographical location in the Syrian northeast (al-Hasaka and Raqqah provinces) and the absence of a strategic horizon for this military presence along with the Syrian Kurdish forces and a few local tribes, this result is a considerable downgrade for America and its allies in the Middle East who invested massively in order to topple the Syrian government.

It therefore became necessary to turn the tables and to discredit Iran by implementing more sanctions, by attacking the nuclear deal – including Washington’s allies on the old European continent – and by accusing Tehran of “breaking the spirit of the nuclear agreement” so as to “justify” the imposition of further economic sanctions under various headings and excuses- these are expected to increase in the coming months.

However, Europe will not accept this, nor stand idly by, especially as its economy, which is under serious pressure, would suffer significantly from new sanctions on Iran. Europe sees thirsty Iranian markets (especially for oil products, aviation, technology, petrochemicals, cars and other industrial projects) which promise great hopes of boosting the EU economy. France, Britain and Germany have signed the nuclear agreement and are satisfactorily monitoring and controlling the Iranian commitment. Europe doesn’t see any reason for further US sanctions, aiming directly or indirectly at blowing up the agreement, by imposing financial and banking sanctions that restrain Iran’s economic and foreign banking cooperation.

This prompted President Hassan Rohani, known to lead the Iranian “doves” (less radical) and facing the Iranian hardliners for years, to defend his deal with the US, to threaten to halt the deal, and to restart military nuclear activity within “hours” if the agreement loses its spirit, and the economic and financial gains that came with it. Trump succeeded where Ayatollah Ali Khamenei’s spiritual leader’s camp failed, turning Iranian President Rohani into a hawk in relation to the US. Today, Rohani bows to Sayed Ali Khamenei’s static caution and complete lack of confidence, and gives him credit to what he has always said: “Never trust any American administration”.

Sayed Ali Khameini told his visitors (away from the media and privately) that “the United States is dishonest, wants to take without giving or exchanging: if you give it one finger it will ask for the full hand, and if you accept to deliver the hand, it will request an arm, and if you agree then the US would want the entire body, and if you follow its demands to the end, it will turn on you because it is not trustworthy and will never be”.

However, President Rohani managed to convince Sayed Ali Khamenei to try again, following the US letter sent through Oman during Ahmadinejad’s presidency stating that the American administration was serious in seeking to negotiate a nuclear deal. Khaminei allowed the first contacts then but they were interrupted, only to reappear during the Obama administration on condition that no other dossier will be discussed but the nuclear one. What President Barack Obama called a “historic agreement” was harshly attacked by President Donald Trump during his electoral campaign and immediately after he took office as US president.

Nevertheless, there is a clear division between the US and the European positions towards the nuclear deal with Iran. This conflict stems from two principles:

Firstly, Europe adopts a policy of law without illegal circumvention. The European countries signed the nuclear deal after it was reassured that Iran would reduce its production, follow the deal to the letter and receive the UN inspection team’s reports following the repetitive visits to all sites indicated by the deal. Thus, it does not like the American manipulation aimed at evoking the “spirit of agreement” without any concrete evidence or specific explanation. However the CIA is not far from fabricating evidence for the US Congress by next October, the date of the second batch of sanctions against Iran. Conceiving a file similar to the one of “weapons of mass destruction” in Iraq to justify his invasion would be enough for Trump as an excuse to blow up the agreement in order to impose additional sanctions on Iran.

Secondly, Europe is aware that the main reason for Trump’s harsh position on the nuclear agreement is related to finance and security. Financially, the US administration does not want to release the Iranian assets: if they do Tehran will spend its monies on non-American companies (but on European, Russian and Asian). Trump is fighting Europe on future Iranian contracts, and the European continent is aware of the US moves and intentions. The US President also uses Iran to blackmail the Middle Eastern countries (mainly Saudi Arabia and Bahrein) to force them to spend money on him on the basis that it stands in the front row against “their sworn enemy”: Iran.

On the security issue, the US President wants to defend Israel and protect its interests by imposing sanctions on Iran, which has become strong on Israel’s borders in Syria and in Lebanon through its allies (Hezbollah and the newly created Syrian resistance groups). Therefore, this “Iranian victory” cannot be celebrated by Tehran without US sanctions that brings it back to the diplomatic-economic confrontation and denigrates its celebration in Syria. Europe refuses to be part of Trump’s game because it is hurting European interests, especially as Iran did not violate the nuclear agreement, and that the ballistic program has never been part of the nuclear agreement with the five permanent members of the United Nations plus one (Germany).

Official sources told me that “Tehran would not violate the agreement unless the American sanctions reach a dangerous level, at which point the agreement loses its reasons, substance and benefit”. But the Iranian withdrawal has become an option and the threat of President Rohani is not a manoeuvre but a serious warning, especially as the team surrounding Trump are globally hostile to Iran and capable of convincing the amateurish US President of anything.

Rohani’s statement sets out “new rules of engagement” and joins the European position that the United States’ decisions have violated borders and do not take into account the interests of all those who agreed and signed the nuclear deal. Europe itself considers that the US hostility toward Tehran is though predictable and that Trump’s sanctions against 18 individuals and entities are grossly violating the agreement.

It is clear that Iran has disturbed the “Club of Space States” by sending a satellite into the space and tested cross-continental missiles. However, these Iranian measures are defensive because they have not attacked countries in the Middle East since the declaration of the Islamic Republic in 1979 despite Middle Eastern armament budgets that exceeded tens of billions of dollars under the “Iranian threat” triggered by the Americans among their Arab and Gulf allies. Tehran has announced the $ 500 million Revolutionary Guard budget for the missile program as a message to the world that it is not weak and that attacking it directly would cost everyone losses that the Arab world and America can better live without.

It is clear that what the United Nations considered one of its most important historical achievements is close to become clinically dead in the coming months if Trump continues to add sanctions. It is also clear that the nuclear file will be the first nail in the coffin of US-European relations since World War II, because Europe does not want to bear responsibility for the US bill and its unilateral position in violating the agreement that has been respected by everyone except Trump and his administration.

It is natural that America cannot accept its loss in the Levant and Mesopotamia for the benefit of Iran, and inevitable therefore that the US administration will push matters into a gradual deterioration.

Sanctions have not only included Iran but also Moscow, especially its gas line feeding Europe, because the US measures will hit any European company dealing with Russia. The gas line to Europe is one of the reasons why the Kremlin went to war in Syria and intervened in Ukraine because the Russian economy depends on it (70% of the Russian economy). If America implements further sanctions in October, it will strike Russia and Iran, the two allied countries in Syria who Trump’s policy pushed into each other’s arms. Thus, despite the near end of the war in Syria, its consequences are still hitting the world: they will continue to do so for many years to come.

 

 

Qu’ont obtenu les USA de la guerre en Syrie? Un « nouveau Moyen-Orient » modelé par le « croissant de la résistance »

 

Publié ici : http://alrai.li/nl239rd  via @AlraiMediaGroup

Mots clés : USA, Russie, Syrie, Iran, Hezbollah, Turquie, Arabie saoudite Qatar, Daech, AQ

Par Elijah J. Magnier @ejmalrai  –

Traduction : Daniel G.

Les USA se préparent en vue de l’après « État islamique » (Daech), à un moment où le Levant et la Mésopotamie sont devenus méconnaissables par rapport à ce qu’ils étaient avant 2011. Aujourd’hui, la guerre par procuration touche à sa fin et les superpuissances et puissances régionales impliquées combattent en utilisant leurs propres soldats et matériel militaire. Les USA ont perdu des points importants. Leur principale crainte concernant l’influence iranienne et la menace que les mandataires de Téhéran laissent planer sur leurs alliés dans la région (les Arabes et Israël) est plus intense et plus justifiée que jamais. Le point de non-retour a été atteint. Ce qui ressort après plus de six ans de guerre, ce sont les conséquences suivantes :

1.La guerre imposée à la Syrie a entraîné la présence sans précédent des forces armées russes au cœur même du Moyen-Orient (Levant et Mésopotamie), un secteur considéré comme l’apanage des USA depuis des décennies. Washington planifiait un changement de régime en Syrie, mais est maintenant contraint de partager son influence, qu’il a même perdue complètement par endroits à l’avantage de Moscou.

2.Les analystes, les médias institutionnels et les chercheurs s’entendent pour dire que l’armée syrienne est « épuisée » et « réduite à une peau de chagrin » après six ans de guerre. Ils affirment aussi que l’armée syrienne n’a pas d’expérience des combats en zone urbaine, ni la capacité de prendre le contrôle d’une ville ou de tenir un secteur qui est sous attaque. Leur méconnaissance du terrain et leur compréhension limitée font en sorte que ces médias publient des analyses qui sont non seulement tendancieuses, mais carrément erronées. La réalité, c’est qu’il existe aujourd’hui une « nouvelle armée syrienne », qui compte en ses rangs une nouvelle génération de soldats qui se sont enrôlés pendant la guerre et qui ont pris de l’expérience en pleine tourmente sur le champ de bataille, plutôt que dans les casernes comme c’était le cas pendant les premières années de guerre. Ces soldats ont vécu toutes sortes de guerres conventionnelles et de guérilla et ont été confrontés aux batailles les plus violentes et difficiles à avoir été livrées sur le territoire syrien. Pendant les premières années de guerre, Al-Qaeda et Daech ont facilement capturé des dizaines, voire des centaines de soldats syriens, dont la décapitation était filmée sur vidéo. De plus, bon nombre de soldats et d’officiers ont fait défection dans les rangs ennemis pour éviter d’être exécutés. Le Hezbollah s’est déjà engagé dans la bataille en se déployant en masse, afin d’encourager l’armée à le suivre. Une fois un secteur conquis, on ne faisait pas confiance aux soldats laissés sur place, car ils risquaient de fuir et d’abandonner leurs positions au premier échange de tirs. Aujourd’hui, la « nouvelle armée syrienne » se tient debout et livre combat, prend des initiatives et attaque au lieu de défendre sa position en permanence. Dans de nombreuses batailles, la nouvelle armée syrienne ne voulait pas se retirer même lorsque les assaillants possédaient l’avantage du nombre. Elle a aussi appris à combattre comme ses ennemis. Le moral élevé de la nouvelle armée a amené le Hezbollah à n’envoyer que quelques officiers dans chaque bataillon, au lieu de ses propres forces en grand nombre.

3.Au cours des dernières décennies, la Syrie n’a jamais été en mesure de livrer combat contre Israël. La seule arme dont disposait le régime syrien, c’était le recours aux canaux diplomatiques comme moyen de négocier le retour des territoires occupés sur les hauteurs du Golan. Mais après plus de six ans de guerre, les gants sont tombés : le gouvernement central à Damas a appris l’art de la guerre et s’est servi de la destruction dévastatrice pour défendre une cause stratégique, amenant les politiciens à développer un état d’esprit plus belligérant en appui à la lutte pour la conquête du territoire, dont le Golan. Damas a donné son feu vert à la formation d’unités nationales populaires (sur le modèle du Hezbollah libanais) comme éventuelle « force de la résistance » contre Israël ou toute autre force (Turquie et USA) occupant le territoire, une fois que le danger wahhabo‑takfiri sera écarté.

4.La guerre en Syrie a entraîné une présence iranienne au Levant de nature différente et plus intense qu’en 1982, lorsque des milliers de militaires en provenance de Téhéran se sont déployés à la région frontalière de Zabadani, afin de soutenir le Hezbollah libanais et d’établir des camps d’entraînement à son intention, avec l’assentiment du gouvernement de Hafez al-Assad. Aujourd’hui, les Iraniens jouent un rôle essentiel dans la reprise de territoires pour le compte du gouvernement de Damas. Ils ont aussi dépensé des milliards de dollars en Syrie. Cet investissement, en plus de servir à soutenir l’armée, à payer le salaire des militaires, à acheter du pétrole, à créer des usines de fabrication d’armes et à assurer un soutien logistique à l’armée et aux forces alliées, a aussi permis de créer des usines de produits pharmaceutiques et de répondre à d’autres besoins sociaux et industriels en appui à l’économie syrienne, à un point tel que la présence iranienne s’étend à l’ensemble du territoire syrien. Tout cela est dû à la guerre. C’est que les États‑Unis avaient autorisé la CIA et les pays de la région (Arabie saoudite, Qatar et Turquie) à financer des extrémistes et à accorder un soutien militaire et non militaire sous différentes formes pour faire tomber le régime syrien. L’objectif était de faire sombrer le pays dans le chaos, de créer un État en déliquescence et d’alimenter une guerre sectaire, ouvrant ainsi la voie à des organisations terroristes qui ont déstabilisé le Levant et l’ensemble du Moyen‑Orient ultérieurement.

5.Les États-Unis se préparent en vue de l’ère post-Daech, notamment en ce qui concerne le Liban. La résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU a été de nouveau mise sur la table, avec des amendements proposés par Washington visant à élargir la mission des forces de l’ONU pour y inclure le contrôle de tous les passages frontaliers avec Israël au sud, et entre le Liban et la Syrie au nord. Cette proposition n’avait pas abouti en 2006 à l’issue de la guerre avec Israël, le Hezbollah l’ayant rejetée catégoriquement pour empêcher tout blocage éventuel de la voie d’approvisionnement militaire entre Téhéran et le Hezbollah.

Comment pourrait-il en être autrement en 2017, maintenant que le Hezbollah est beaucoup plus fort qu’en 2006, qu’il possède suffisamment d’expérience pour s’opposer à tout projet d’Israël et des USA dans la région, qu’il a été victorieux contre al-Qaeda en mettant fin à sa présence militaire au Liban (à l’exception de cellules dormantes qui sont devenues un problème de sécurité partout au Moyen-Orient et dans des pays occidentaux) et qu’il est devenu un acteur régional (il a pris part à la guerre en Irak et au Yémen).

Washington se berce d’illusions lorsqu’il tente de faire pression sur le Hezbollah, qui n’avait renoncé à rien lorsqu’il était plus faible qu’aujourd’hui, et qui n’a certainement pas l’intention de renoncer à quoi que ce soit au moment ou il ressort victorieux. Les USA ont tenté de lancer une campagne médiatique favorable à l’armée libanaise, en plus d’offrir les services de dizaines de conseillers militaires dans les casernes de la base de Riaq, dans le but d’orienter et de soutenir les batailles à venir contre Daech, dont le moment a été imposé par le Hezbollah lorsqu’il a attaqué al-Qaeda à Arsal en premier. Le Hezbollah a mis fin à la bataille d’Arsal, a expulsé tous les militants d’al-Qaeda et a pris position dans les collines qui dominent les positions de Daech, en étant prêt à quitter ces bastions stratégiques si l’armée libanaise est disposée à en assurer la protection.

La victoire du Hezbollah lors de la bataille d’Arsal a semé la confusion non seulement dans la société libanaise, en raison de l’immense soutien que lui a accordé la majorité des Libanais, mais aussi à l’ambassade des USA à Beyrouth, où les agents du renseignement qui s’y trouvent communiquent avec des politiciens libanais et leurs amis hostiles au Hezbollah, dans le but de discréditer l’organisation afin de mieux soutenir un nouveau discours anti-Hezbollah (ce qui a été confirmé par une communication qui a été interceptée). Les États-Unis tentent de démontrer que l’armée libanaise est assez forte pour libérer le territoire par ses propres moyens sans l’aide du Hezbollah, qui rendrait ainsi inutile la présence d’un Hezbollah armé par la suite, qui devrait donc rendre les armes.

Ce que Washington semble ignorer, c’est que le Hezbollah excelle aussi bien sur le plan militaire que sur la scène médiatique (il a plus de partisans que jamais au Liban), et que le chef d’État du Liban, le président Michel Aoun, ne permettra jamais que l’unité entre « l’armée – le peuple – la résistance », qui a été approuvée par le conseil des ministres en tant que fondement de l’entente nationale et qui assure la légitimité du Hezbollah comme résistance armée, ne soit mise en péril.

6.Le « projet takfiri » visant à diviser la région a échoué et est devenu un fardeau pour tout le monde. Daech et al-Qaeda subiront la défaite tant en Irak qu’en Syrie et leurs vestiges vont sans aucun doute se métamorphoser en cellules sans projet stratégique, en se bornant à recourir à des tactiques de guérilla. C’est ce qui a amené Washington et les pays de la région à cesser de tirer avantage de ces organisations (Daech et al-Qaeda à Idlib) et à abandonner le projet de « changement de régime » dont l’ex-secrétaire d’État Colin Powell avait menacé Damas lors de sa visite dans la capitale syrienne en 2003. Ce même objectif avait été repris par le président Barack Obama, mais sans donner les résultats escomptés une nouvelle fois. Cela démontre que les pays de la région ont perdu la guerre ainsi que les projets énergétiques (gaz Qatari vers l’Europe en passant par la Syrie) qui en avaient motivé plus d’un à s’impliquer dans la guerre en Syrie. Cela confirme aussi que le Moyen-Orient ne verra dorénavant plus de pays capables d’alimenter toute nouvelle guerre, après l’échec de leur tentative de morceler la Syrie et de diviser l’Irak. Sauf qu’ils sont parvenus malheureusement à détruire l’infrastructure de deux pays, à tuer des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants et à entraîner le déplacement de millions de gens, sans pour autant atteindre le moindre objectif stratégique.

7.Il est probable que les pays de la région se mobiliseront et paieront pour combattre le Hezbollah et soutenir les frappes israéliennes contre l’organisation. Sauf qu’il serait étonnant que Tel-Aviv s’engage dans une pareille aventure mal ficelée, car ce n’est plus au Hezbollah de l’an 2000 qu’il sera confronté, qui avait forcé Israël à se retirer du Liban, ni au Hezbollah de 2006, qui avait réussi à contrecarrer ses objectifs. C’est au Hezbollah de 2017 ou 2018 qu’il aura affaire, qui a acquis une expérience considérable et qui a formé des milliers de membres des forces spéciales qui ont pris part aux batailles les plus difficiles en Syrie et en Irak.

Il est vrai qu’Israël et le Hezbollah peuvent s’infliger des dommages graves de part et d’autre s’ils entrent en guerre. Les deux parties en sont d’ailleurs très conscientes. La question qui se pose est celle-ci : Combien vaut la destruction d’une ou plusieurs villes et la mort et les blessures d’un grand nombre d’Israéliens aux yeux du gouvernement de Tel-Aviv? Y a-t-il un prix équivalent? Le Hezbollah n’a pas hésité à déployer une partie de ses capacités militaires délibérément, pour qu’Israël comprenne le message (tout récemment sous la forme d’un missile de type Volcan capable de transporter 1 000 kg d’explosifs lors de la bataille contre Al-Qaeda à Arsal). En outre, il a révélé à des drones israéliens la présence de nouveaux missiles de précision à longue portée et de silos sous terre et dans les montagnes à la frontière syrienne, en laissant les Israéliens laisser libre cours à leur imagination au sujet des drones armés perfectionnés et des missiles antiaériens et antinavires en sa possession.

En Syrie, le Hezbollah a réduit sa présence sur les fronts le long de la frontière entre le Liban et la Syrie, et a mis fin à la bataille d’al-Badia (en reprenant toute la province de Suweida à l’Armée syrienne libre et al-Qaeda), afin de demeurer opérationnel dans la région rurale de Damas, à Raqqa, à al-Soukhna, à Deir Ezzor et à la frontière avec l’Irak. Son commandement a réduit la présence de ses forces permanentes en Syrie à moins de 5 000 aujourd’hui. Le Hezbollah a ainsi toute la latitude nécessaire pour répondre à une frappe aérienne israélienne sur ses convois à l’avenir, puisqu’il n’occupe plus une position précaire. Le Hezbollah mène ses opérations au sein d’une armée syrienne forte et renouvelée, en présence d’avions de chasse russes qui effectuent leurs manœuvres en parfaite synchronisation avec les forces terrestres, pendant que la diplomatie moscovite parvient avec succès à éteindre le brasier sur plusieurs fronts au nord et au sud, dans le but d’imposer un cessez-le-feu ou des zones de désescalade en Syrie.

L’Iran ne veut pas faire la guerre à Israël (malgré son opposition à l’entente Russie-USA-Israël au sud de la Syrie) ou aux États-Unis. Ce que Téhéran et ses alliés cherchent avant tout, c’est d’être considérés comme des partenaires dans la région et non plus comme des pions qui doivent assumer des coups pour se défendre. Si aucun signe de bonne volonté n’est démontré, « l’axe de la résistance » va se raffermir plus que jamais. Ni les États‑Unis, ni les pays de la région ne parviendront à obtenir en temps de paix ce qu’ils n’ont pas réussi à réaliser en six ans de guerre et en exploitant des organisations terroristes.

Washington a perdu sa domination unilatérale dans la région. Sa politique et sa volonté de changement de régimes ont amené une Russie très forte et déterminée à se rendre au Moyen‑Orient pour y rester, sans pouvoir revenir en arrière. Le « nouveau Moyen‑Orient » qui émerge n’est pas celui qu’avait conçu Condoleezza Rice, mais bien celui constitué de chaude lutte par le nouveau croissant formé de la Russie, de l’Iran, de l’Irak, de la Syrie et du Hezbollah.

 

What has the US got out of the war in Syria? A “new Middle East,” as seen by the “resistance crescent” and not the US

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Key words: US, Russia, Syria, Iran, Hezbollah, Turkey, Saudi Arabia, Qatar, ISIS, AQ.

By Elijah J. Magnier  –

The US is preparing for the post “Islamic State” (ISIS) era, where the Levant and Mesopotamia have changed to the point they no longer look like they were prior to 2011. Today the war between proxies is coming to an end and the countries involved, superpowers and regional powers, are fighting using their own soldiers and equipment. The US has lost important points: its main fear of the Iranian influence and danger of Tehran’s proxies threatening its allies in the region (the Arabs and Israel) is more powerful than ever and more justified than ever. Things have gone beyond the point of no return. After more than six years of war the result is as follows:

1. The war imposed on Syria has provoked the unprecedented presence of Russian forces in the heart of the Middle East (Levant and Mesopotamia): an area that was the US exclusive playground for decades. Washington was planning to change the regime in Syria but found itself sharing or even, in places, losing completely its influence to the benefit of Moscow.

2. Analysts, mainstream media and researchers describe the Syrian Army as “exhausted” and “reduced to a very small number” following six years of war. These also claimed that the Syrian Army had no urban warfare experience or the capability to take control of a city or to hold on to an area under attack. The lack of ground knowledge and insightful understanding of these media is producing an analysis which is not only misleading but erroneous. There is in fact a “new Syrian Army” today, with a new generation of soldiers who joined the Army during the war and were raised in the battlefield and in the heart of the storm of war- not in military barracks, as was the case in the first years of the war. These have experienced all kinds of conventional and guerrilla warfare, and faced the most violent and difficult battles the Syrian terrain has known. During the first few years of war, Al-Qaeda and ISIS were easily capturing and beheading dozens or even hundreds of Syrian soldiers, on video. Moreover, many soldiers and officers were defecting to the enemy ranks to avoid execution. Hezbollah used to start any battle with a large force to give an incentive to the Army to follow. There was no trust in leaving soldiers in a conquered position because, at the first exchange of fire, these would flee and desert their positions. Today, the “new Syrian Army” stands and fights, takes initiatives, and attacks rather than defends its position all the time. In many battles, the new Syrian Army refused to pull out even when outnumbered by attacking forces, and it has learned to fight like its enemies. The high morale of the new Army pushed Hezbollah into sending only a few officers into every battalion, rather than large forces of its own.

3. In past decades, Syria was never ready to fight Israel but was following diplomatic channels to negotiate the return of the Golan Heights occupied territories as the only weapon to the Syrian regime. Following over 6 years of war, the gloves have been taken off: the central government in Damascus has learned the art of war and adapted to devastating destruction to attain a strategic cause, pushing the politicians into a more belligerent frame of mind, ready to fight for the land, including the Golan. Actually Damascus gave the green light to form popular national units (mirroring Lebanon Hezbollah) as a future “resistance force” against Israel or indeed against any other force (Turkey and the US) occupying the land, once the Wahhabi Takfiri is no longer a danger.

4. The war in Syria generated an Iranian presence in the Levant differently and more intensively than in 1982 when thousands of troops came from Tehran to the Zabadani border region to support and establish training camps for the Lebanese Hezbollah with the approval of Hafez al-Assad’s government. Today, the Iranians have played an essential role in recovering territories for the benefit of the Damascus government, and they have spent billions of dollars in Syria. This investment not only supported the army, paid salaries to troops, bought oil, established factories to manufacture weapons, and provided logistical support to the army and allied force, it also built medicine factories and fulfilled other social and industrial needs to support the Syrian economy- to a point where Iran has a presence throughout the Syrian territory. All that because of the war: the United States allowed its CIA and the states of the region (Saudi Arabia, Qatar and Turkey) to fund extremists and offer different kinds of military and non-military support to overthrow the regime. The aim was to plunge the country into chaos, create a failed state, and try to fuel sectarian war, paving the way for the extremist organisations that destabilised the Levant and eventually the entire Middle East.

5. The United States is trying to prepare for the post-ISIS era, especially in relation to Lebanon: the UNSC resolution 1701 was put on the table again with proposed amendments from Washington to expand the mission of the UN forces to include the control of all border crossings with Israel to the south and between Lebanon and Syria to the north. This proposal failed in 2006 after the war with Israel because Hezbollah rejected it categorically to keep the military supply route between Tehran and Hezbollah flowing and interrupted.

How can it be, then, in 2017, that Hezbollah is: much stronger today than in 2006; has enough experience to confront Israel and any American project in the region; has won over al-Qaeda and ended its military presence (apart from sleeper cellsa security nature in any country in the Middle East or other Western countries) in Lebanon-it participated in the Iraqi and Yemen war and became a regional player.

Washington is the victim of its own illusions when it tries to put pressure on Hezbollah- which gave nothing when it was weaker than today and will certainly give away nothing while it is victorious. The US has tried to launch a media campaign supportive of the Lebanese army (LAF) and has provided dozens of military advisers at the military barracks in Riaq base to guide and support the forthcoming battles with ISIS- battles whose timing was imposed by “Hezbollah” when attacking al-Qaeda Arsal first. Hezbollah ended the battle of Arsal, expelled all al-Qaeda militants and took up position in the hills overlooking ISIS positions, ready to leave these strategic strongholds to the Lebanese army if willing to protect it.

Hezbollah’s victory in the battle of Arsal confused not only Lebanese society for the huge support it received among the majority of the Lebanese, but also the US, whose embassy intelligence officers in Beirut communicate with their Lebanese politicians and friends hostile to Hezbollah in order to discredit the organisation so that these could offer another anti-Hezbollah narrative (confirmed in a communication that was intercepted) . The United States is trying to show the Lebanese army as sufficiently powerful to liberate the territory on its own without any help from Hezbollah, and therefore there would be no need in the future for Hezbollah to remain armed: it therefore should be disarmed.

What Washington apparently does not know is that Hezbollah is excelling, both in military and in the media games-it has more supporters in Lebanon than ever- and that the head of state,President Michel Aoun, will never allow the unity between “the army – the people – the resistance” , approved by the council of ministers as a base to national understanding and a legitimacy to Hezbollah as armed resistance, to be disturbed.

6- The Takfiri“project” to divide the region failed, and it has become a burden on everyone. ISIS and al-Qaeda will be defeated in both Iraq and Syria, and their remnants will no doubt metamorphose into cells without any strategic project, limited to “hit and run and hide” tactics. This has prompted Washington and the countries of the region to stop taking advantage of these organisations (ISIS and al Qaeda in Idlib) and let go of the “regime change” project threatened by the ex-Secretary of State Colin Powell during his visit to Damascus in 2003.This same objective was later adopted by President Barack Obama but again, he failed to achieve it. This shows that the countries of the region lost the war and lost the energy projects (Qatari gas to Europe through Syria) that motivated many countries to get involved in the war in Syria. It also confirms that the Middle East will not now witness countries capable of fuelling any future war- they did not succeed in splitting Syria and they failed to divide Iraq. However they unfortunately did not fail to destroy the infrastructure of two countries, they permitted the killing of hundreds of thousands of men, women and children, and they failed to prevent the displacement of millions-all this without achieving a single strategic goal.

7. It is likely that the countries of the region will be mobilised and will pay money to fight Hezbollah and support Israel’s strike against it. But Tel Aviv is most unlikely to be involved in such an ill-conceived adventure because it is not confronting the Hezbollah of the year 2000 that forced Israel to pull out of Lebanon, or even a Hezbollah of the year 2006 that managed to prevent it from achieving its objectives. It is indeed confronting a Hezbollah of 2017 or 2018, which has built considerable experience and trained thousands of the special forces who took part in the most difficult battles in Syria and Iraq.

Yes, Israel and Hezbollah can inflict serious damage on each other in any future war, and this is what both parties are aware of. The question is: how much is the destruction of a city or cities and the killing and wounding of a large number of Israelis worth in the eyes of the government in Tel Aviv? Is there a price equal to that? Hezbollah has not hesitated to show many of its military capabilities deliberately, with the aim of sending messages understood by Israel (most recently a volcano rocket developed to carry 1000 kg of explosives used during the battle against Al Qaeda in Arsal). Moreover, it revealed to Israeli drones new precision long range missiles and silos underground and in the mountains on the Syrian border, and left the Israeli imagination to think about the advanced armed drones, and the anti-aircraft and anti-ship missiles.

As for Syria, Hezbollah has relaxed on the border fronts between Lebanon and Syria, and it has ended the battle of al-Badia (recovering the entire Suweida province from the Free Syrian Army and al-Qaeda) to remain operational in the Damascus rural area, Raqqa, Al-Sokhna, Deir Al-Zour and the borders with Iraq. Its command has reduced the number of permanent forces in Syria to less than 5,000 today. This gives Hezbollah the freedom to respond to any Israeli strike on its convoys in the future, because it is no longer in an uncomfortable position. It operates within a strong and renewed Syrian army with the presence of Russian jets fully coordinated with ground forces, while Moscow’s diplomacy is successfully working to close down several fronts north and south in order to impose a cease-fire or impose de-escalation zones in Syria.

Iran is not looking for a war against Israel (despite its opposition to the Russian-American-Israeli agreement in southern Syria) or a war against the United States. Most of what Tehran and its allies are looking for is to be considered as partners in the region and not as tools or as people who have to take the blows to defend themselves. If these signs of consideration are not forthcoming, then, the “axis of resistance” will be strengthened today more than ever. Neither America nor the countries of the region will be able to achieve in terms of peace what they have already failed to achieve in six years of war and by exploiting terrorist organisations.

Washington has lost its unilateral dominance of the region and, because of its policy and its intention to change regimes, has brought a very strong and determined Russia to the Middle East to stay, without being able to turn the clock back. It is indeed a “new Middle East”, not as it was once conceived by Condoleezza Rice, but as constructed and fought over by the new “Russian-Iranian-Iraqi-Syrian-Hezbollah” crescent.

 

L’“Etat Islamique” d’abord, les Etats-Unis ensuite violent les accords Sykes-Picot avec un objectif : la partition de la Syrie et de l’Irak

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Baghdad de Elijah J. Magnier : @ejmalrai

Il y a trois ans, en 2014, le groupe ”Etat Islamique” (ISIS) a violé la frontière désertique entre l’Irak et la Syrie : ses bulldozers ont traversé la frontière, allant des confins de l’Irak à Sinjar à la province d’al-Hasaka, à l’aide de Humvees fabriqués aux Etats-Unis (EU) et capturés lors de la prise de Mossoul. Il y a une semaine à peine, des centaines de Forces Opérationnelles américaines ont traversé la frontière d’Irak en Syrie avec leurs Humvees en convoi militaire, en suivant le même chemin qu’ISIS, violant ainsi le partage de l’Empire Ottoman décidé par les Français et les Anglais lors des accords secrets entre deux diplomates, Sir Mark Sykes et François Georges-Picot, au cours de la Première Guerre Mondiale. Le Président américain Donald John Trump n’a pas simplement demandé à ses troupes de traverser la frontière (sans demander l’accord des gouvernements centraux de Bagdad et Damas) : il a réalisé ce que le dirigeant d’ISIS Ibrahim Aw’wad Ibrahim Ali al-Badri al Samarrae’e, aka Abu Du’aa, aka Abu Bakr al-Baghdadi avait prophétisé en disant : “Cette avance bénie (des militants du Califat de l’Irak vers la Syrie) ne s’arrêtera pas avant que nous ayons planté le dernier clou dans le cercueil de la conspiration de Sykes-Picot ”.

En Octobre 2014, la Turquie a permis aux Peshmerga Kurdes d’Irak de traverser Suruc, une région turque, pour se joindre aux Kurdes de Syrie à Kobané (Ain al-Arab) et chasser ISIS qui occupait la plus grande partie de la ville. Cette fois, les forces américaines n’avaient pas besoin de demander la permission, après la défaite d’ISIS à Mossoul et Sinjar. Le convoi américain est passé d’Irak à al-Hasaka, en Syrie, où les EU ont gardé plusieurs aéroports et une base militaire dans le nord-est de Bilad al-Sham sous prétexte de “combattre le terrorisme”.

Comment le plan américain a-t-il réussi jusqu’à présent en Irak et partiellement en Syrie ?

Avant la bataille de Mossoul mi-2016, les militaires irakiens et la direction des Unités d’Hashd al-Sha’bi (Unités de Mobilisation Populaire qui font officiellement partie des forces de sécurité) ont suggéré au chef des forces armées, le Premier Ministre Haidar al-Abadi, de libérer dans un premier temps Babil, Wasit, Karbalaa, et Diyala, puis le cercle de Bagdad et Salahoddine dans un deuxième temps. La troisième étape serait alors de libérer al-Anbar totalement avant Kirkuk et Nineveh. Ces deux provinces septentrionales devaient être les dernière à être libérées d’ISIS.

Selon certains décideurs de Bagdad, le commandement militaire américain a rejeté l’idée de libérer totalement al-Anbar et refusé tout soutien aérien et de renseignement si Nineveh (Mossoul et al) n’était pas libérée avant Anbar. Un compromis a été obtenu, visant à libérer d’abord Fallujah et Ramadi dans al-Anbar mais de laisser le triangle al-Rutba, Ramadi, al-Qaem pour la fin, du moment que Hashd al-Sha’bi et les forces de sécurité irakiennes n’avaient pas le droit de s’aventurer le long de la frontière Syrie-Irak. Le commandement militaire a compris que l’objectif américain était de se préserver une grande mobilité sur le frontière, de pousser ISIS vers la Syrie en attaquant d’abord Mossoul depuis l’est (la rive gauche) et de réduire la pression sur les Kurdes irakiens en empêchant ISIS de fuir vers le nord et en les poussant vers l’ouest de l’Irak et l’est de la Syrie. Les Américains sont persuadés que la bataille de Nineveh durera des années pour défaire définitivement ISIS.

Si Bagdad avait décidé d’attaquer al-Anbar d’abord, ISIS aurait été délogé de la frontière syrienne et aurait connu une course facile vers le Kurdistan. Ceci aurait aidé l’armée du Président Bashar al-Assad en empêchant plus de militants d’ISIS d’entrer en Syrie et aurait pourri le plan américain visant à prendre al-Tanaf, Sinjar aurait été sous contrôle de l’armée irakienne, et non des Kurdes, et la frontière syrienne sous le contrôle d’Hashd al-Sha’bi, empêchant tout mouvement des troupes américaines entre les deux pays. Ceci aurait permis à l’armée irakienne d’avancer vers Kirkuk, et les troupes de Bagdad auraient eu accès à Erbil et auraient pu aider les Kurdes irakiens à combattre ISIS aux abords de la ville.

Les Américains ont rejeté ce plan de façon catégorique et le Premier Ministre Abadi a dû s’incliner devant la fermeté des Américains en créant une sorte de compromis. Il a choisi de bénéficier de l’aide militaire américaine limitée mais utile à l’Irak dans sa lutte contre le terrorisme. En fait, Abadi ne fait pas confiance aux intentions de Téhéran en ce qui le concerne, car pense que certains groupes au sein d’Hashd al-Sha’bi sont totalement fidèles à l’Iran au lieu de lui être loyaux. Certains pensent qu’Abadi est pro-Américain tandis que beaucoup de groupes dans Hashd ont combattu les forces américaines durant leur occupation de l’Irak et jusqu’à aujourd’hui. Après avoir accumulé une expérience considérable en combattant ISIS pendant trois ans, ils sont prêts à combattre les forces américaines en Irak et leurs plans pour diviser le pays. Hashd est prêt aussi à combattre les Kurdes s’ils décident d’implémenter le résultat attendu du référendum qui va clairement promouvoir l’indépendance du Kurdistan irakien.

Le Premier Ministre Abadi a vu plus loin : l’Irak a la priorité, même si cela conduit à la séparation du Kurdistan. Le gouvernement de Bagdad, comme je l’ai appris de beaucoup de décideurs dans la capitale irakienne, n’utilisera pas la force militaire contre Erbil, quelle que soit sa décision concernant l’indépendance. Après tout, le Kurdistan jouit d’une autonomie depuis des décennies et sa possible indépendance (car le Dirigeant Kurde Masoud Barzani affirme qu’il va faire un référendum le 25 Septembre à ce sujet) libérera à l’avenir le gouvernement de Bagdad de ses obligations financières envers les Kurdes.

Mais la traversée par les forces américaines à al-Hasaka est un acte illégal. Elle peut cependant devenir légale le jour où le Kurdistan irakien déclare son indépendance suivie par une indépendance des Kurdes syriens à al-Hasaka. Quand les officiels américains reconnaitront ces deux “Etats” (comme cela s’est déjà produit pour le Slovénie, la Croatie et la Bosnie dans les années 90), la présence militaire américaine en Syrie deviendra “officielle”. A vrai dire, la localisation géographique du Kurdistan irakien a du sens dès lors qu’il est uni, dans une même nation, au Kurdistan syrien, même s’il n’y a finalement pas d’union sous une même direction, en raison de différences d’idéologie et d’objectifs entre les deux pays.

Quand Thomas Friedman a écrit que les EU ne devraient pas combattre ISIS puisque leur but est de défaire le régime de Bachar al-Assad en Syrie – et ses alliés russe, Iranien et du Hezbollah – et de battre le régime pro-Iranien chiite en Irak, remplaçant tous deux par un « califat », il partageait une heure de vérité : ISIS sert les intérêts des EU d’Amérique. Friedman est en harmonie avec ce que le vice-Président américain Joe Biden a écrit “l’idée est de maintenir un Irak uni en le décentralisant, donnant à chaque groupe ethno-religieux – Kurdes, Arabes sunnites et Arabes chiites – la place nécessaire pour mener ses propres affaires, un plan établi par les militaires américains pour se retirer et se redéployer, un pacte régional de non-agression ”.

En fait, la Premier Ministre Abadi (selon des sources dignes de confiance à Bagdad) croit qu’il aura l’opportunité d’établir un équilibre dans cette situation déjà chaotique entre Bagdad et Téhéran en chassant les forces américaines si Washington décide de partager l’Irak. Une alternative possible est qu’Abadi justifie et soutienne les bases militaires américaines en Mésopotamie à condition que Trump rejette l’idée de partager l’Irak.

Mais l’Iran ne va peut-être pas réagir tout de suite contre les plans américains pour diviser l’Irak et la Syrie : la priorité est de défaire ISIS et les alliés des EU à al-Badiya (la steppe syrienne semi-désertique) et d’empêcher les Kurdes d’atteindre Deir al-Zour, al Mayadeen et le sud de Tabqa. Les EU essaient d’établir avec la Russie un plus grand nombre de zones sans conflit dans le nord-est, comme au sud, mais ceux-ci peuvent n’être que temporaires. L’“axe de la résistance” n’acceptera jamais la présence de troupes américaines à la fois en Syrie et en Irak, et il encouragera les tribus syriennes du nord à s’engager contre les alliés des EU au nord et au sud-est de la Syrie.

En Iraq, beaucoup de voix s’élèvent contre la présence américaine dans le pays, surtout après la défaite d’ISIS à Mossoul. Beaucoup de dirigeants irakiens demandent au Premier Ministre de tendre vers un retrait total et immédiat des forces américaines de Mésopotamie, d’autant plus qu’ISIS est parvenu à proliférer dans un environnement sectaire (encouragé par les EU), lequel n’existait pas avant 2003. La bataille de Mossoul est finie mais la guerre pour éliminer ISIS doit se prolonger encore pendant une année dans la province d’al-Anbar, en particulier autour d’al-Qaem où ISIS est bien installé depuis 2003. Pour gagner cette bataille, l’Irak a besoin des PMU (Hashd) et que le véto américain sur ces forces soit levé.

Le recrutement d’ISIS est en chute libre : la “capitale du Califat” (Mossoul) et son principal fief en Syrie (Raqqa) ne sont plus en mesure d’accueillir de nouveaux Moudjahidin et leur “pays de rêve”. L’âge d’or islamique n’est plus une réalité pour ce groupe et ses sympathisants dans le monde. Par conséquent, il est quasiment inévitable qu’ISIS finira comme groupe (comme al-Qaïda) sans lieu où aller (mais avec bien des grottes pour se cacher).

Les plans américains en Syrie et en Irak ont un autre ennemi : la Turquie. Washington a empêché Ankara de participer à la bataille de Raqqa et est sur le point d’établir deux “Etats” kurdes à sa porte, invitant les Kurdes de Turquie à suivre la même voie.

Il reste une question : comment un nouvel “Etat Kurde” pourrait-il survivre entre quatre pays qui l’entourent (Irak, Syrie, Turquie et Iran), et qui sont décidés à faire tout leur possible pour neutraliser un futur Etat Kurde en Mésopotamie et/ou Bilad al-Sham ? Les Kurdes croient-ils vraiment pouvoir faire confiance aux deux bases militaires américaines et à la base anglaise au Kurdistan Irakien avec les subsides saoudiens, ainsi qu’aux six bases américaines du nord de la Syrie pour imposer leur(s) “Etat(s)” ?

Il n’est peut-être pas impossible de changer la carte du Moyen-Orient, mais en pérenniser le changement est une autre affaire. Les EU sont en train de se faire de plus en plus d’ennemis en Irak et en Syrie, et ses nouveaux amis en Irak et en Syrie sont moins que ses ennemis en mesure de réaliser ces plans ambitieux avec une administration américaine dont le Président tient avant tout à garder la direction en raison des attaques internes qu’il subit en permanence. Une chose est certaine, l’instabilité ne cessera pas avec la défaite d’ISIS : ce sera le début d’un autre type d’instabilité, provoquée à la fois par des Etats (EU, Russie, Syrie, Irak, Iran et Turquie) et par des groupes non-gouvernementaux (ISIS et al-Qaïda).

 

Lire aussi:

Les Kurdes d’Irak et de Syrie : cheval de Troie pour diviser le Moyen-Orient: https://elijahjm.wordpress.com/2017/07/09/les-kurdes-dirak-et-de-syrie-cheval-de-troie-pour-diviser-le-moyen-orient/

 

 

 

First “Islamic State” and then the US breaches Sykes-Picot with one objective: the Partition of Syria and Iraq

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Key words: Kurds, Iraq, Syria, Turkey, Iran, US, Russia, Baghdad, Erbil, Hasaka, Ankara, Tehran, Damascus, ISIS, YPG, Peshmerga.

Baghdad, Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Three years ago, in 2014, the “Islamic State” terrorist group (ISIS) breached the deserted frontier between Iraq and Syria: its bulldozers crossed from the Iraqi borders on Sinjar into al-Hasaka province with US-made Humvees captured during the occupation of Mosul. Just a week ago, hundreds of US Special Operation Forces crossed Iraq into Syria with their Humvees in military convoy, following the same ISIS path breaching the British and French division of the Ottoman Empire secret agreement during the First World War by the two diplomats Sir Mark Sykes and François Georges-Picot. The US President Donald Trump didn’t just ask his troops to cross the borders (without asking the permission of the central governments in Baghdad and Damascus): he fulfilled what the same ISIS leader Ibrahim Aw’wad Ibrahim Ali al-Badri al Samarrae’e, aka Abu Du’aa, aka Abu Bakr al-Baghdadi prophesied when he said: “ This blessed advance (of the Caliphate militants from Iraq into Syria) will not stop until we knock the last nail into the coffin of the Sykes-Picot conspiracy”.

In October 2014, Turkey allowed the Iraqi Peshmerga Kurds to cross Suruc, a Turkish area to join the Syrian Kurds in Kobane (Ain al-Arab) and help drive out ISIS who occupied most of the city. This time, the US forces didn’t need to ask permission following the defeat of ISIS in Mosul and Sinjar. The US convoy crossed Iraq into al-Hasaka, Syria, where the US maintains several airports and a military base in the north-east of Bilad al-Sham under the cover of “fighting terrorism”.

How did the US plan succeed in Iraq and partially in Syria to date?

Before the battle of Mosul mid 2016, the Iraqi military and the Hashd al-Sha’bi Units leadership (Popular Mobilisation Units that are officially part of the security forces) suggested to the chief of the armed forces, the Prime Minister Haidar al-Abadi, to liberate Babil, Wasit, Karbalaa, and Diyala as a first plan, followed by the ring of Baghdad and Salahoddine as a second plan. The third step would be to liberate al-Anbar completely before Kirkuk and Nineveh. The two northern provinces were supposed to be the last areas to be liberated from ISIS.

According to decision makers in Baghdad, the US military command rejected the idea of fully liberating al-Anbar province and refused to offer any air and intelligence support if Nineveh (Mosul et al) was not liberated before Anbar. A compromise was reached to free Fallujah and Ramadi in al-Anbar and to leave the triangle al-Rutba, Ramadi, al-Qaem to the last, as long as the Hashd al-Sha’bi and the Iraqi security forces are not permitted to venture along the Syrian-Iraqi borders. The military leadership was aware of the US plan to have easy movement on the borders, push ISIS towards Syria by attacking Mosul first from the east (left Bank) and lift the pressure on the Iraqi Kurds by preventing ISIS from fleeing north and pushing these towards the west of Iraq, east of Syria. In the US mind, the battle of Nineveh may last years to defeat ISIS.

Had Baghdad decided to attack al-Anbar first, ISIS would have been dislodged from the Syrian borders and pushed all ISIS in free run towards Kurdistan. This act would have supported the President Bashar al-Assad’s Army by preventing further flock of ISIS militants into Syria and would have spoiled the US plan in taking al-Tanaf. Sinjar would have been under the Iraqi Army not the Kurds, and the borders with Syria would be under Hashd al-Sha’bi control preventing any US troop movement between the two countries. This would have allowed the Iraqi Army to advance towards Kirkuk, and Baghdad troops would have had access to Erbil to support the Iraqi Kurds and fight ISIS at the edge of the city.

The US rejected the plan categorically and Prime Minister Abadi had to bow to the American strongarm by creating a kind of compromise, choosing to continue enjoying the limited but useful US military Air and Intelligence support for Iraq in its war on terrorism. Actually Abadi doesn’t trust Tehran’s intention towards him in person, and believes some groups within al Hashd al-Sha’bi are totally dedicated to Iran rather than loyal to his command. Abadi is believed by some to be pro-American, whereas many groups within Hashd fought the US forces during their occupation in Iraq and today. Following the considerable military experience these have gathered during three years of fighting against ISIS, they are very much ready to fight the US forces in Iraq and spoil their pans to divide the country. Hashd is also willing to fight the Kurds if these decide to implement the expected results of the referendum that will definitely promote the independence of Kurdistan Iraq.

Prime Minister Abadi saw the bigger picture: Iraq has priority even if this would lead to the partition of Kurdistan. The government in Baghdad, as I learned from many decision makers in the Iraqi capital, will not use the military force against Erbil regardless their decision of independence. After all, Kurdistan has been enjoying autonomy for decades and its possible independence (as the Kurdish Leader Masoud Barzani is claiming setting a referendum on the 25th of September for this purpose) will liberate the central government in Baghdad from future financial obligation towards the Kurds.

But the crossing by US forces into al-Hasaka is an illegal act. However, it may become legal the day Kurdistan Iraq declares its independence followed by the Syrian Kurds independence in al-Hasaka. When the US officially recognises these two “states” (it has happened before in Slovenia, Croatia and Bosnia in the 90s), the US military presence in Syria becomes “official”. Actually the geographical location of Kurdistan Iraq makes sense when linked, under one nation, with Kurdistan Syria, even if both countries may not end up with a unified leadership due to their different ideology and objectives.

When Thomas Friedman wrote that the US should not fight ISIS because “its goal is to defeat Bashar al-Assad’s regime in Syria – plus its Russian, Iranian and Hezbollah allies – and to defeat the pro-Iranian Shiite regime in Iraq, replacing both with a caliphate”, he was sharing a truthful moment: ISIS serves the interest of the United States of America. Friedman is in harmony with what the then US vice President Joe Biden wrote that “the idea is to maintain a united Iraq by decentralising it, giving each ethno-religious group – Kurd, Sunni Arab and Shiite Arab – room to run its own affairs (..) a plan designed by the military for withdrawing and redeploying American Forces, and a regional nonaggression pact”.

In fact Premier Abadi (according to high-level sources in Baghdad) believes he will have the opportunity to create a balance within this already chaotic situation between Baghdad and Tehran by kicking out the US forces if Washington decides to divide Iraq. The alternative possibility is that Abadi will both justify and support the US military bases in Mesopotamia provided that Trump rejects the idea of splitting Iraq.

But Iran may not react immediately against the US plans to divide Iraq and Syria: the priority goes to defeating ISIS and the US proxies in al-Badiya (the Syrian semi-desert steppe) and to preventing the Kurds from reaching Deir al-Zour, al Mayadeen and south of Tabqah. The US is trying to establish with Russia more de-conflict zones in the north east, similar to the south, but these may only observe a temporary agreement. The “axis of the resistance” will never accept the presence of US troops in both Syria and Iraq, and it will support the Syrian tribes in the north to engage against the US proxies in the north and the south- east of Syria.

In Iraq, many voices are being raised against the US presence in the country, particularly following the defeat of ISIS in Mosul. Many Iraqi leaders are asking the Prime Minister to seek a total and immediate withdrawal of the US forces from Mesopotamia, especially as ISIS managed to proliferate in a sectarian setup, (encouraged by the US) which was absent before 2003. The battle of Mosul is over but the war to eliminate ISIS is still to be fought for another year in al-Anbar province and mainly around al-Qaem where ISIS is well established since 2003. To win this battle, Iraq needs to use the PMU (Hashd) and remove the US veto on these forces.

ISIS recruitment is in free fall: the “capital of the Caliphate” (Mosul) and the main base in Syria (Raqqah) are no longer available to receive new Mujahedeen in their “dream land”. The Islamic Golden age is no longer a reality for this group and its sympathisers around the globe. Therefore, it is almost inevitable that ISIS will become a group (like al-Qaeda) with no particular home to go to (but several caves to hide in).

The US plans in Syria and Iraq have another enemy: Turkey. Washington has prevented Ankara from taking part of the battle of Raqqah and is about to establish two Kurdish “states” on its borders, inviting the Kurds in Turkey to follow the same path.

The question remains: how can new Kurdistan states” survive with four countries surrounding it (Iraq, Syria, Turkey and Iran), all determined to do everything to neutralise a future Kurdish state in Mesopotamia and/or Bilad al-Sham? The Kurds really believe they can rely on two US and one British military bases in Kurdistan Iraq and on Saudi Arabia monies, and on six US military bases in the north of Syria to impose their “state”?

Changing the map of the Middle East may not be impossible, but sustaining it is another issue. The US is gathering more enemies in Iraq and Syria and its new friends in Iraq and Syria are less capable than its enemies to fulfil this ambitious plan with a US administration whose President is very concerned about keeping his own political head on his shoulders due to the internal attacks he is continuously facing. One thing is certain, this instability is not expected to end with the defeat of ISIS: it will be the beginning of another kind of instability, triggered by both states (US, Russia, Syria, Iraq, Iran, Turkey) and by non-state groups (ISIS and al-Qaeda).

 

Read also:

The Kurds in Iraq and Syria are being used by the US as a Trojan horse for the purpose of dividing th… https://elijahjm.wordpress.com/2017/07/09/the-kurds-in-iraq-and-syria-are-being-used-by-the-us-as-a-trojan-horse-for-the-purpose-of-dividing-the-middle-east/ via @EjmAlrai

 

Les Kurdes d’Irak et de Syrie : cheval de Troie pour diviser le Moyen-Orient

 

 

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Mots clé: Kurdes, Rojava, Kurdistan, Masoud Barzani, Irak, Syrie, Iran, Turkey, US, Russie, Arabie Saudite.

Titres:

Les Kurdes d’Irak et de Syrie servent de cheval de Troie dans le but de diviser le Moyen-Orient.

L’Iran, la Syrie et l’Irak croient que les USA et Israël s’organisent pour tirer parti des Kurdes en Syrie et en Irak.

Les pays de la région croient qu’il est prématuré de déclarer l’indépendance du Kurdistan, qui ne fera qu’accroître leurs graves difficultés.

Téhéran, Bagdad et Damas croient à tort que la stratégie des USA en Syrie et en Irak n’est pas claire.

Pour bien des raisons, les USA ont intérêt à déstabiliser Ankara, même si la Turquie est membre de l’OTAN.

Erdogan est considéré comme « hors de l’orbite des USA » depuis le coup d’État avorté et l’appui des USA à un Rojava indépendant.

La Turquie ne combattra pas les YPG qui sont sous la protection des USA, mais luttera contre les Kurdes à Afrin (de l’autre côté du Rojava).

Les USA appuient les Kurdes en Syrie et en Irak simultanément, pour voir qui créera un État en premier.

Le plan des USA de créer un État kurde en Irak et en Syrie ouvre la voie à la création d’un État sunnite en Irak, pays perçu comme un gouvernorat iranien.

Massoud exclut une proclamation immédiate d’indépendance et voit les choses comme le début d’un long dialogue pacifique avec Bagdad.

Les Kurdes ne survivront pas dans un État pouvant être encerclé par voie terrestre ou aérienne, qui n’a pas non plus d’accès direct à la mer.

Barzani a soutenu Bachar al-Assad pendant de nombreuses années, en envoyant hommes et armes en renfort à l’armée syrienne.

Les problèmes entre Damas et les Kurdes ont commencé quand les Américains ont débarqué au nord-est de la Syrie.

L’intervention des USA a amené les alliés de Moscou à s’éloigner de leur rôle de protecteurs des Kurdes, en laissant la Turquie attaquer Afrin.

Des responsables irakiens voient le référendum de Massoud comme une invitation aux sunnites et aux chiites radicaux à exiger leur propre État.

Massoud Barzani doit bien préparer le terrain avant de se lancer dans l’aventure d’un Kurdistan indépendant.

Elijah J. Magnier – @ejmalrai

Le dirigeant du Kurdistan irakien, le président Massoud Barzani, a annoncé la tenue d’un (second) référendum général sur l’indépendance, le 25 septembre de l’année en cours. Il est déterminé à concrétiser le rêve d’établir un État kurde au Moyen-Orient.

Cette annonce coïncide avec le soutien accordé par l’administration des USA aux Kurdes syriens dans les provinces de Hassaké, Raqqa et Deir ez‑Zor, au nord de la Syrie. L’objectif est de créer une autre fédération formée de Kurdes, qui pourront suivre la voie tracée par leurs « frères » irakiens et même les devancer.

Ce qui se passe en Irak et en Syrie en ce qui a trait aux Kurdes est lié, sans considération des frontières. N’empêche que les gouvernements des pays de la région directement concernés (Ankara, Téhéran, Bagdad et Damas) croient que les USA comptent remodeler la région et former un « nouveau Moyen-Orient » s’inspirant du modèle que Condoleeza Rice, l’ex-secrétaire d’État des USA sous le président George Bush, cherchait à promouvoir.

Les pays voisins des Kurdes vont-ils laisser les USA diviser le Moyen-Orient en tirant parti des 22 à 25 millions de Kurdes enthousiastes et dévoués qui rêvent d’avoir leur propre État?

Les Kurdes du Moyen-Orient constituent le plus grand groupe ethnique n’ayant pas eu d’État jusqu’à maintenant dans le monde. Ils sont répartis principalement en Irak, en Iran, en Turquie, en Syrie, en Azerbaïdjan, en Arménie et au Liban. Leur présence est moins forte ailleurs dans le monde. La création d’un État kurde en Irak et en Syrie ne repose certainement pas sur la bénédiction ou la stratégie des USA, mais bien sur le bon vouloir de la Turquie, de l’Irak, de l’Iran et de la Syrie.

Malheureusement pour les Kurdes, ces pays peuvent et vont surmonter leurs divergences et leurs objectifs contradictoires à propos de la Syrie, en s’unissant pour empêcher avant tout la création de cet État kurde. En fait, peu après que Massoud Barzani eut annoncé son intention de tenir un référendum général sur l’indépendance, des sources bien informées m’ont dit que des agents des services du renseignement et de la sécurité iraniens, turcs et syriens ont tenu une réunion au plus haut niveau pour discuter des « conséquences désastreuses » possibles d’un État kurde indépendant dans leurs pays respectifs et de ses effets au Moyen-Orient. Ces agents croient que les USA profitent du rêve kurde d’avoir un État pour mieux diviser le Moyen-Orient et voir comment les autres pays réagiront.

Du point de vue kurde, ce rêve est légitime. Les Kurdes ont le droit d’avoir leur propre État. Mais les pays de la région sont d’avis qu’il est prématuré de franchir ce pas, qui ne fera qu’augmenter les problèmes des Kurdes. Il devient donc essentiel d’enterrer ce « projet américain » le plus vite possible et de le repousser dans le temps, soit après la fin des guerres en Syrie et en Irak.

Des pays comme l’Iran, la Syrie et l’Irak croient que les USA et Israël sont derrière ce plan, qu’ils tirent parti de l’aspect émotif rattaché à l’idée de posséder un État pour les Kurdes, en ayant comme objectif la partition du Moyen-Orient. La domination de « l’axe de la résistance » s’exercerait ainsi sur des États faibles et divisés. Gardons toutefois à l’esprit que les plans visant à renverser le président syrien Bachar al-Assad (après six ans de guerre), à établir un califat gouverné par Daech et à faire en sorte que les conséquences naturelles de la guerre en Irak mènent à la création d’un autre Sunnistan ont tous échoué jusqu’à maintenant.

La Turquie est convaincue aussi que les USA ne voient pas d’un mauvais œil l’affaiblissement de la position du président Erdogan, pour le punir du rôle croissant qu’il exerce au Moyen-Orient, de sa participation directe en Syrie et de son opposition à la création d’un État kurde en Syrie (où les USA cherchent à construire une base militaire qui remplacerait Incirlik en temps et lieu). La Turquie considère que les USA encouragent la création d’un État kurde à la frontière turque dirigé par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), son ennemi juré. Il ne fait aucun doute que les Kurdes syriens vont probablement suivre la voie tracée par les Kurdes irakiens : les USA sont déjà en train de construire plusieurs bases et aéroports militaires au nord-est de la Syrie, avec l’intention d’occuper des parties du pays et de maintenir une présence américaine à long terme.

Des hauts responsables à qui j’ai parlé à Téhéran, Bagdad et Damas trouvent que la stratégie des USA en Syrie et en Irak n’est pas claire. Indépendamment de cette évaluation inexacte et en observant les événements qui se succèdent, l’administration américaine semble en fait avoir pas mal confiance en sa stratégie en Irak et en Syrie. Les forces d’occupation illégale des USA ont soutenu une attaque majeure dans le Badia (une zone semi-désertique de la Syrie riche en pétrole et en gaz naturel) par des groupes « modérés » syriens, de façon à étendre leur domination sur la steppe syrienne liée à la province d’Anbar (sunnite) en Irak et au désert jordano-saoudien. Elles ont occupé al-Tanaf et tenté d’exercer une pression énorme sur Bagdad (en vain) pour empêcher les Forces de mobilisation populaire (FMP) d’atteindre la frontière avec la Syrie. Elles ont attaqué Raqqa avec l’aide de leurs mandataires kurdes et sont sur le point de libérer cette ville de Daech. Enfin, elles ont préservé l’accès aux champs pétrolifères et aux barrages de la région rurale de Raqqa, afin de s’assurer qu’un futur « État » kurde syrien (ou fédération) puisse survivre indépendamment de Damas. Puis, comme si cela ne suffisait pas, elles fourbissent leurs mandataires kurdes en armes mortelles et en artillerie lourde. Tout amène à conclure que les USA cherchent à voir simultanément qui d’entre les Kurdes de Syrie et d’Irak parviendront en premier à se doter d’un État et à l’imposer aux gouvernements centraux comme un fait accompli, en sachant fort bien que cette politique encouragera les Kurdes d’ailleurs (Iran et Turquie) à suivre la même voie menant à l’indépendance.

Les USA ne se soucient pas de la réaction d’Erdogan et du gouvernement turc à leur plan en faveur d’un État kurde en Syrie et en Irak, car c’est dans leur intérêt de déstabiliser Ankara (pour un certain nombre de raisons), même si la Turquie est membre de l’OTAN. Aux yeux des Américains, Erdogan est considéré comme « hors du contrôle et de l’orbite des USA » depuis l’échec du coup d’État contre lui. La promotion des Kurdes syriens par les USA et leur soutien à un État indépendant éventuel le long de la frontière turco-syrienne le confirment. Le premier ministre turc et son ministre des Affaires étrangères ont déjà qualifié un éventuel Kurdistan d’« erreur irresponsable et grave ». La Turquie ne livrera pas bataille contre les Unités de protection du peuple kurde (YPG) pour le moment, parce que leurs combattants sont sous la protection des USA, mais elle va sûrement s’en prendre aux Kurdes à Afrin, à l’autre bout du Rojava.

L’Iran aussi, par l’entremise de son guide suprême Sayed Ali Khamenei, a précisé clairement qu’il ne tolérerait pas la présence d’un État kurde le long de sa frontière avec l’Irak. Cette position claire, manifeste et ferme envers les Kurdes n’est pas tant l’expression d’une animosité contre le peuple kurde. Elle est davantage due au fait que ce sont les USA qui ont choisi le moment et la stratégie pour mettre de l’avant le « projet d’indépendance », alors que la partition du Moyen-Orient demeure une possibilité très envisageable et à la suite de l’échec de Daech de parvenir à diviser le Levant et la Mésopotamie.

C’est ce qui explique pourquoi Erdogan a avancé ses forces combattantes de Jarablus à al-Bab, en faisant fi de la présence américaine, et a divisé le Rojava en deux parties. C’est aussi la raison pour laquelle l’Iran a avancé ses forces combattantes dans la Badia au nord-est d’al-Tanaf, bloquant ainsi la route aux USA dans cette direction, tout en progressant vers le sud-est, récupérant ainsi plus de 30 000 km2 dans la Badia, afin d’empêcher les USA et leurs mandataires d’étendre leur contrôle dans ce secteur. Pour Téhéran, Damas et Ankara, le plan des USA est de créer un État kurde en Irak et en Syrie et d’ouvrir la voie à la création d’un État sunnite en Irak, pays qu’ils considèrent comme un gouvernorat iranien. Si le « soulèvement sunnite » a échoué en Syrie, c’est parce que le pays compte plus de 70 % de sunnites qui contrôlent l’économie, tandis que les alawites en détiennent le commandement militaire.

Aux dires de certains décideurs dans la région, les Kurdes risquent de commettre une erreur monumentale en se mettant à dos les pays limitrophes, car un État pouvant être attaqué ou encerclé par voie terrestre ou aérienne, qui n’a pas non plus d’accès direct à la mer, ne peut survivre sans coopération.

Massoud Barzani croit bien sûr que le moment est parfait pour tenir son « référendum contraignant » (qui devrait sans doute donner plus de 90 % de votes en faveur d’un État indépendant) le 25 septembre. Il croit aussi que la population kurde accepte les risques liés à une telle décision. Massoud exclut une proclamation immédiate d’un État kurde indépendant, mais voit les choses comme le début d’un long dialogue et processus de négociation pacifique avec Bagdad pour répondre au souhait de la population kurde. Selon des sources haut placées au Kurdistan, Massoud ne veut pas encourager les Kurdes d’autres pays de lui emboîter le pas, car le programme et l’idéologie des Kurdes en Irak diffèrent de ceux des Kurdes de Syrie, de Turquie et d’Iran. Mais peu importe ce que le dirigeant kurde croit et dit, il n’existe pas de garantie ou de processus prévoyant accorder l’indépendance à une nation kurde dans un pays donné, mais pas aux autres. En réalité, Barzani ne peut garantir quelle sera la réaction des mêmes Kurdes irakiens à plus long terme, même si pour le moment ils se déclarent ouvertement en faveur de ses décisions. Mais derrière des portes closes, bien des Kurdes anti-Barzani expriment leur désaccord avec le référendum en ce moment critique au Moyen-Orient.

Bien des gens ignorent le fait que les Kurdes d’Irak et de Syrie n’ont pas adopté une position neutre dans les guerres en cours dans ces pays. Massoud Barzani a apporté un soutien militaire substantiel à Bachar al-Assad pendant de nombreuses années, en envoyant hommes et armes en renfort à l’armée syrienne. De plus, les Kurdes syriens ont accordé le même soutien aux villes syriennes bordant Afrin lorsqu’elles ont été assiégées par Al-Qaïda et ses alliés. Damas croit que les Kurdes doivent leur sécurité et leur bien-être à leurs voisins arabes et musulmans. Ce n’est certes pas en favorisant la partition du pays dans lequel ils vivent et en suivant la politique américaine qu’ils aideront leur cause. En fait, les problèmes entre Damas et Hassaké ont commencé quand les Américains ont débarqué au nord-est de la Syrie. C’est ainsi qu’à la suite de l’intervention illégale des USA en Syrie, Salih Muslim, président du Parti de l’union démocratique kurde (PYD), s’en est pris à l’Iran et a louangé le rôle de l’Arabie saoudite dans la région. Les USA prétendent combattre Daech, mais ont frappé aussi l’armée syrienne et ses alliés à maintes reprises. La relation entre les Kurdes syriens et Damas n’est toutefois pas parvenue à une impasse encore.

L’intervention américaine et l’attitude hostile des Kurdes à l’endroit des alliés syriens ont amené Damas, Moscou et l’Iran à s’éloigner de leur rôle de protecteurs des Kurdes (Moscou et l’armée syrienne avaient créé à l’origine une ligne de démarcation autour de Manbij pour soutenir à leur tour les Kurdes, les protéger et empêcher les Turcs de prendre la ville que les Kurdes avaient libérée de Daech). L’attitude des Kurdes a amené la Turquie à attaquer Afrin et ils ont perdu la « protection » dont ils jouissaient, ce qui a nui au plan américain d’occuper des parties de la Syrie et de diviser le pays.

On a observé de sérieuses contradictions ces dernières années dans la dynamique entourant la Turquie et les Kurdes, tant en Syrie qu’en Irak :

-La Turquie a permis aux Peshmergas de prêter main-forte à ses ennemis, les Kurdes syriens du YPG, à Kobané (ou Ain al-Arab ), quand Daech était sur le point de prendre possession de la ville. C’est cette même Turquie qui devra maintenant travailler fort pour empêcher que le Kurdistan ne déclare son indépendance en Irak, et qui fera tout ce qu’elle peut pour éviter que les Kurdes en Syrie ne créent leur État, le Rojava. Elle n’hésitera sûrement pas à frapper ceux qui sont devenus les mandataires des USA dans le Bilad al-Cham (les Forces démocratiques syriennes).

-En 2014, Massoud Barzani a fait l’éloge de Daech, en disant qu’il menait une « révolution des tribus », car il croyait que le groupe terroriste constituerait un Sunnistan, qui ouvrirait la porte à la création d’un Kurdistan indépendant dans un Irak divisé en trois États. Massoud a tôt fait de réaliser que le groupe extrémiste lorgnait Kirkouk, riche en pétrole. Il a attaqué Erbil et comptait réduire les Kurdes en esclavage. C’est à ce moment qu’il a changé sa position envers Daech, en joignant Bagdad dans sa lutte contre le terrorisme et en combattant aux côtés de l’armée irakienne pendant trois ans pour protéger l’unité de l’Irak. Aujourd’hui, le dirigeant kurde veut déclarer l’indépendance du Kurdistan à la suite du référendum qu’il compte tenir. Mais il ne devrait pas s’attendre à ce que la Turquie et l’Iran appuient son projet d’indépendance, qui ne manquera pas d’occasionner des troubles internes dans ces pays où vivent des millions de Kurdes qui revendiquent tous leur indépendance.

-L’Iran a soutenu les Kurdes en leur procurant des armes pour protéger leur fédération autonome en 2014, lorsque les Peshmergas ne disposaient que de vieux AK-47 et de quelques mortiers pour se défendre contre Daech, après la chute de Mossoul. Comme les USA repoussaient leur soutien militaire et la guerre contre le terrorisme en Irak, un lien solide s’est tissé entre Massoud Barzani et Téhéran (principalement avec Qassem Soleimani, le commandant des Forces al-Qods, les forces spéciales des Gardiens de la révolution islamique). En échange, les Peshmergas ont établi un couloir d’approvisionnement entre le Kurdistan et l’armée syrienne, alliée de Téhéran. C’est ce même Iran qui devra maintenant faire de son mieux pour empêcher la naissance d’un État indépendant au Kurdistan. L’Iran se joindra à la Turquie pour que pareille partition ne se réalise pas.

Les Kurdes irakiens sont en désaccord avec le PKK à Sinjar, qu’ils ont même combattu à quelques reprises. Ils ne s’entendent pas bien avec les YPG et le PKK en général, car leurs idéologies et leurs objectifs diffèrent. Mais lorsqu’il s’agit de lutter contre un danger, tous les Kurdes s’unissent et forment une seule identité nationale et ethnicité. Voilà pourquoi les pays du Moyen-Orient où vivent des Kurdes sont convaincus qu’une déclaration d’indépendance des Kurdes dans un pays fera boule de neige dans tous les autres pays. C’est principalement pour cette raison que bien des pays du Moyen-Orient vont faire tout en leur pouvoir pour empêcher leur indépendance.

Bagdad considère le Kurdistan comme une fédération autonome protégée par la constitution. Les responsables à Bagdad reconnaissent ne pas avoir fait appliquer la constitution. Ils n’ont pas réglé le problème des zones contestées ni rempli leurs engagements envers Erbil. Les responsables irakiens ne voient aucun intérêt à donner suite à un référendum sur l’indépendance du Kurdistan, car cela amènera les sunnites à vouloir leur État indépendant aussi, tout comme les chiites radicaux. L’idée pourrait se propager aussi parmi les chiites dans d’autres parties du Moyen-Orient.

L’on s’attend aussi à ce que Bagdad cesse toute forme de collaboration avec le Kurdistan si Massoud proclame un État indépendant. Les Kurdes qui relèvent du gouvernement central sont confrontés à un avenir incertain, même si la plupart des politiciens chiites au pouvoir ont des origines kurdes. Aucun nouveau soutien financier ne sera accordé et le gouvernement central à Bagdad pourrait empêcher tout avion de parvenir au Kurdistan, un État entouré de terre sans accès à la mer. Une guerre silencieuse sera livrée contre le Kurdistan, pendant que se poursuivra la vraie guerre livrée contre Daech. Il se pourrait même que les FMP empêchent les Peshmergas de récupérer les zones contestées, ce qui laissera à Erbil un État où régnera une insécurité persistante.

Les pays du Golfe soutiendront assurément une partition de l’Irak et de la Syrie, car cela leur donnerait ce qu’ils ont perdu dans le Bilad al-Cham et en Mésopotamie après de nombreuses années de guerre. L’Arabie saoudite n’est pas parvenue à diviser l’Irak en créant un État sunnite et a échoué dans sa tentative de renverser Bachar al-Assad en permettant à des extrémistes sunnites de prendre les commandes du pays.

Si les Kurdes déclarent leur indépendance, le Kurdistan devrait subir les effets d’une récession grave, mais des pays de la région, en premier lieu l’Arabie saoudite, seront heureux d’aider les Kurdes en les attirant dans leur orbite. Salih Muslim s’est d’ailleurs déjà engagé dans cette voie. Nous devrions bientôt entendre Barzani faire l’éloge de l’Arabie saoudite.

Massoud Barzani doit bien préparer le terrain avant de se lancer dans l’aventure du Kurdistan indépendant. Il envoie des émissaires à Bagdad, Téhéran, Ankara et au Conseil de coopération du Golfe (CCG) pour savoir ce qu’on pense de son projet d’indépendance. Il affirme aussi que la tenue du référendum ne signifie pas une déclaration d’indépendance immédiate : ce n’est qu’une question de temps. Sauf qu’une telle déclaration à un moment dangereusement prématuré pourrait empêcher la nouvelle génération de Kurdes de réaliser son rêve d’obtenir un État.

L’Arabie saoudite, Israël et les USA ne peuvent à eux seuls assurer la sécurité et la protection d’un État kurde prospère et pacifique, car le moment choisi – étonnamment perçu par Barzani comme idéal – ne pourrait être pire. La situation demeure tellement explosive que le moindre mouvement risque de tourner au drame et de remodeler tout le Moyen-Orient. Ce qu’il y a de commun entre le référendum du 25 septembre 2017 et le référendum de 2005, c’est que les deux devraient rester dans le fond d’un tiroir.

Traduction : Daniel G.